Géopolitique : recrutement russe en Ukraine, Trump en campagne, la France face aux fractures postcoloniales
Recrutement controversé en Ukraine, promesses électorales de Trump, tensions franco-algériennes : trois fronts géopolitiques qui révèlent les fractures actuelles.
La géopolitique de ce 10 septembre 2026 se dessine autour de trois dynamiques majeures : l’exploitation des vulnérabilités par la Russie en Ukraine, la remobilisation de l’électorat américain par Donald Trump, et les tensions persistantes entre la France et l’Algérie, qui interrogent les héritages postcoloniaux. Ces sujets, bien que distincts, révèlent une même tendance : l’instrumentalisation des crises pour servir des agendas politiques, qu’ils soient militaires, électoraux ou mémoriels.
La Russie recrute des combattants étrangers : une stratégie de guerre hybride
Amnesty International a publié jeudi un rapport accablant sur les méthodes de recrutement de la Russie en Ukraine. L’ONG y décrit deux filières principales : l’une ciblant des migrants en Russie, souvent en situation irrégulière, l’autre approchant des étrangers dans leur pays d’origine avec de fausses promesses d’emplois civils ou de contrats humanitaires. Ces pratiques, qualifiées de « crime de traite des êtres humains » par l’organisation, s’inscrivent dans une stratégie plus large de contournement des sanctions et de pression sur les ressources ukrainiennes.
Le rapport souligne que ces recrues, une fois enrôlées, sont envoyées au front sans formation adéquate, souvent dans des unités de première ligne. Cette tactique n’est pas nouvelle – la Russie a déjà utilisé des mercenaires du groupe Wagner ou des prisonniers pour combler ses pertes – mais elle prend une dimension systémique. Selon des sources militaires occidentales citées par Le Monde, ces combattants étrangers représenteraient désormais près de 15 % des effectifs déployés par Moscou en Ukraine. Une proportion qui reflète à la fois l’épuisement des réserves russes et la volonté de minimiser l’impact politique des pertes parmi les conscrits nationaux.
Cette approche pose une question centrale : jusqu’où la Russie est-elle prête à aller pour maintenir son effort de guerre ? Le recours à des étrangers, souvent issus de pays en crise économique, suggère une logique de guerre d’usure où les coûts humains sont externalisés. Pour Kiev, cette stratégie complique la distinction entre combattants légitimes et victimes de trafic, tout en alimentant les tensions diplomatiques avec les pays dont les ressortissants sont recrutés.
Trump en campagne : 5 000 dollars par Américain, une promesse qui interroge
À deux mois des élections de mi-mandat, Donald Trump a choisi Dallas pour un discours-fleuve destiné à remobiliser l’électorat républicain. Au cœur de son intervention : une promesse choc, celle de verser 5 000 dollars à chaque Américain en cas de victoire en novembre. Une proposition qui, au-delà de son caractère spectaculaire, révèle les fractures économiques et idéologiques du pays.
Cette annonce s’inscrit dans une stratégie de communication rodée, mêlant populisme fiscal et critique des élites. Trump a justifié cette mesure par la nécessité de « redistribuer les fruits de la croissance », tout en accusant l’administration démocrate d’avoir « saigné les classes moyennes ». Pourtant, les économistes s’interrogent sur la faisabilité d’un tel plan. Selon le Committee for a Responsible Federal Budget, un versement de 5 000 dollars à chaque adulte américain coûterait environ 1 300 milliards de dollars – soit près de 5 % du PIB. Une somme qui, sans réforme fiscale majeure, creuserait davantage le déficit public, déjà alourdi par les dépenses liées à la transition énergétique et aux tensions géopolitiques.
Au-delà des chiffres, cette promesse pose une question plus large : celle de la crédibilité des engagements électoraux dans un contexte de polarisation extrême. Les républicains, divisés entre modérés et trumpistes, peinent à proposer un projet cohérent pour 2026. Les démocrates, de leur côté, misent sur les faiblesses de Trump – notamment ses démêlés judiciaires – pour limiter l’hémorragie électorale. Mais avec un taux d’approbation présidentiel sous les 40 % et une inflation persistante, le terrain reste favorable à une rhétorique anti-système, même si elle repose sur des promesses difficilement tenables.
France-Algérie : l’accord de 1968 dans le viseur, un débat qui dépasse les symboles
Les relations entre Paris et Alger sont de nouveau sous tension, cette fois autour d’un sujet hautement sensible : l’accord franco-algérien de 1968, qui régit la circulation et le séjour des ressortissants algériens en France. Dans une note publiée par l’Institut Montaigne, l’ancien ambassadeur Michel Duclos propose une sortie de cet accord, tout en maintenant des canaux de dialogue. Une position qui, si elle était adoptée, marquerait un tournant dans la politique migratoire française.
L’accord de 1968, souvent présenté comme un héritage des accords d’Évian, accorde aux Algériens un statut dérogatoire par rapport au droit commun des étrangers. Il facilite notamment l’obtention de visas et de titres de séjour, tout en limitant les possibilités d’expulsion. Pour ses détracteurs, ce texte est devenu anachronique, voire contre-productif, dans un contexte où la France cherche à harmoniser sa politique migratoire avec celle de l’Union européenne. Pour ses défenseurs, il reste un symbole des liens historiques entre les deux pays, et une garantie contre les discriminations.
Le débat dépasse largement la question juridique. Il touche à des enjeux mémoriels, économiques et sécuritaires. D’un côté, l’Algérie, en pleine transition politique, voit dans cet accord un rempart contre une remise en cause unilatérale de ses relations avec la France. De l’autre, une partie de la classe politique française, notamment à droite et à l’extrême droite, y voit un obstacle à une politique migratoire plus restrictive. Le gouvernement français, lui, navigue entre ces deux pôles, conscient que toute remise en cause de l’accord pourrait être perçue comme une provocation à Alger.
Michel Duclos, dans sa note, propose une voie médiane : une renégociation progressive, assortie de contreparties économiques et sécuritaires. Une approche qui, si elle était suivie, pourrait apaiser les tensions, mais qui nécessiterait un dialogue de haut niveau – chose difficile dans un contexte où les deux pays peinent déjà à s’entendre sur des sujets comme les visas ou la restitution des archives coloniales.
Ce qu’il faut retenir
Trois fronts, trois défis pour la stabilité internationale. La Russie, en recrutant massivement des combattants étrangers, montre qu’elle est prête à jouer la carte de la guerre hybride pour contourner ses propres limites. Aux États-Unis, la promesse de Trump révèle une campagne qui mise sur le mécontentement économique, quitte à proposer des solutions irréalistes. Enfin, entre la France et l’Algérie, le débat sur l’accord de 1968 rappelle que les héritages coloniaux restent un sujet explosif, où chaque mot compte.
Ces dynamiques, bien que distinctes, ont un point commun : elles illustrent comment les crises – qu’elles soient militaires, électorales ou mémorielles – sont souvent instrumentalisées pour servir des agendas politiques. Dans un monde où les alliances se recomposent et où les populismes progressent, la géopolitique de 2026 se joue autant sur les champs de bataille que dans les urnes et les salles de négociation.