Rentrée scolaire et santé : les réformes qui transforment le Maroc
Plus de 8 millions d'élèves reprennent le chemin de l'école avec une réforme éducative en cours, tandis que le système de santé inaugure 15 centres de soins primaires.
La rentrée scolaire 2026 marque un tournant pour le système éducatif marocain. Plus de 8 millions d’élèves ont repris les cours cette semaine, dans un contexte où la réforme des « établissements pionniers » entre dans sa quatrième année. Parallèlement, le secteur de la santé franchit une étape avec l’inauguration de 15 centres de soins primaires, tandis que les résultats du dernier rapport PISA soulignent l’urgence des transformations en cours.
Une réforme éducative qui change la donne
Lancée en 2023, la réforme des « établissements pionniers » vise à repenser en profondeur l’acte d’apprentissage au Maroc. Contrairement aux précédentes initiatives, qui se concentraient sur l’amélioration des infrastructures ou l’injection de moyens matériels, cette réforme s’attaque au cœur du système : la manière dont les élèves apprennent. « Elle ne se limite pas à améliorer le cadre, mais transforme la conception même de l’enseignement », explique une source proche du ministère de l’Éducation nationale.
Les premiers résultats de cette approche se dessinent dans les établissements concernés, où les méthodes pédagogiques ont été repensées pour favoriser l’autonomie des élèves et l’acquisition des compétences fondamentales. Pourtant, les défis restent immenses. Les résultats de l’enquête PISA 2025, publiés mardi, révèlent que le Maroc se situe toujours en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE en mathématiques, compréhension de l’écrit et sciences. Le ministère a toutefois souligné que ces résultats reflétaient principalement les performances des élèves formés sous l’ancien modèle éducatif, et non celles des établissements pionniers, dont l’impact ne sera mesurable qu’à moyen terme.
Santé : des avancées concrètes sur le terrain
Le secteur de la santé a également connu des développements significatifs cette semaine. Le ministère de la Santé et de la Protection sociale a annoncé la mise en service de 15 nouveaux établissements de soins primaires dans six régions du Royaume : Casablanca-Settat, Guelmim-Oued Noun, Béni Mellal-Khénifra, l’Oriental, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et Marrakech-Safi. Ces centres, réhabilités et équipés, s’inscrivent dans le cadre de la feuille de route 2022-2026, qui vise à rapprocher les soins des citoyens et à renforcer l’offre sanitaire, notamment dans les zones rurales et périurbaines.
Cette initiative intervient dans un contexte où les tensions persistent dans certains établissements hospitaliers. À Casablanca, les étudiants en médecine dentaire du CHU Ibn Rochd ont suspendu leurs stages depuis mardi, dénonçant des conditions de formation jugées inadéquates. Ils réclament des locaux plus spacieux et une prise en charge durable des équipements et consommables, essentiels à leur apprentissage clinique. Le Bureau des étudiants en médecine dentaire a annoncé que cette suspension durera jusqu’à ce que des solutions concrètes soient apportées.
Inégalités et défis persistants
Malgré ces avancées, des inégalités subsistent, notamment pour les élèves en situation de handicap. Le branche marrakchie de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) a alerté sur le risque d’« exclusion systémique » de ces élèves, qui se voient privés d’accès à l’enseignement secondaire qualifiant. Selon l’association, plusieurs élèves ayant obtenu leur certificat d’études collégiales en 2025-2026 se heurtent à l’absence de classes adaptées dans les lycées de Marrakech, menaçant leur parcours scolaire. L’AMDH a saisi le ministère de l’Éducation nationale pour demander la création de sections dédiées, afin de garantir la continuité de leur scolarité.
Par ailleurs, des dysfonctionnements locaux continuent de perturber la rentrée. À Marrakech, des familles d’élèves de la commune d’Akfay ont obtenu gain de cause après avoir dénoncé un projet de transfert de leurs enfants vers d’autres établissements, loin de leur domicile. Une commission de la Direction régionale de l’éducation nationale a finalement annulé cette décision, assurant que les élèves, notamment ceux préparant le baccalauréat, pourraient poursuivre leur scolarité dans leur établissement d’origine.
Ce qu’il faut retenir
La rentrée 2026 illustre les progrès et les défis du Maroc en matière d’éducation et de santé. D’un côté, les réformes engagées, comme celle des établissements pionniers ou le déploiement de centres de soins primaires, montrent une volonté de transformation structurelle. De l’autre, les résultats du PISA et les tensions locales rappellent que ces changements nécessitent du temps et des ajustements constants.
Pour les élèves, les enseignants et les professionnels de santé, cette année scolaire s’annonce comme un test grandeur nature des nouvelles orientations du pays. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’impact réel de ces réformes sur le terrain.