Géopolitique : l'ONU en crise, le Pérou en état d'urgence et les défis du Maroc
L'Assemblée générale de l'ONU s'ouvre dans un contexte de paralysie, tandis que le Pérou décrète l'état d'urgence autour de ses prisons. Au Maroc, une opération sécuritaire à Al Hoceima et les résultats du PISA soulèvent des enjeux nationaux.
L’Assemblée générale des Nations unies s’est ouverte mardi 8 septembre dans un climat de tension inédit. Alors que l’organisation internationale traverse une crise profonde, marquée par des blocages politiques et des difficultés financières, la question de la succession d’António Guterres, dont le mandat s’achève fin décembre, s’impose comme un enjeu majeur. Au même moment, à l’autre bout du monde, le Pérou a pris une décision radicale en déclarant l’état d’urgence autour de cinq de ses plus grandes prisons, une mesure qui interroge sur la stabilité politique du pays. Plus près du Maroc, une opération sécuritaire à Al Hoceima a rappelé les défis persistants en matière de criminalité organisée, tandis que les résultats du programme PISA soulignent les défis de la réforme éducative en cours.
L’ONU à l’épreuve de ses divisions
L’ouverture de la 81e Assemblée générale de l’ONU a été marquée par un constat sans appel : l’organisation est paralysée. Les grandes puissances, divisées par des conflits géopolitiques et des rivalités stratégiques, peinent à trouver un terrain d’entente, tandis que les finances de l’institution sont menacées par des arriérés de paiement. Dans ce contexte, la désignation du prochain secrétaire général s’annonce comme un processus complexe, où les États-Unis conserveront un rôle déterminant.
La procédure de sélection, traditionnellement opaque, repose sur une série de consultations informelles entre les membres permanents du Conseil de sécurité. Si le nom d’António Guterres avait émergé en 2016 après un compromis entre les grandes puissances, la situation actuelle semble plus tendue. Les tensions entre Washington, Moscou et Pékin, exacerbées par la guerre en Ukraine et les rivalités en Afrique et au Moyen-Orient, pourraient compliquer la recherche d’un candidat consensuel.
Pourtant, l’ONU reste un acteur incontournable dans la gestion des crises mondiales, qu’il s’agisse des conflits armés, des migrations ou du changement climatique. Son affaiblissement progressif interroge sur la capacité de la communauté internationale à répondre aux défis globaux dans un monde de plus en plus fragmenté.
Pérou : l’état d’urgence, symptôme d’une crise plus large
La décision de la présidente péruvienne Keiko Fujimori de décréter l’état d’urgence autour de cinq prisons du pays a suscité des réactions contrastées. Officiellement, cette mesure vise à faciliter les opérations des forces de l’ordre face à la criminalité organisée et aux risques d’évasion. Mais elle intervient dans un contexte politique déjà tendu, marqué par des accusations de dérive autoritaire et une polarisation croissante.
Les prisons péruviennes, souvent surpeuplées et contrôlées par des gangs, sont devenues des zones de non-droit où la violence et le trafic prospèrent. En suspendant certains droits fondamentaux des détenus, le gouvernement espère reprendre le contrôle de ces établissements. Pourtant, les organisations de défense des droits humains craignent que cette mesure ne serve de prétexte à des abus, dans un pays où les institutions judiciaires sont régulièrement critiquées pour leur manque d’indépendance.
Cette décision s’inscrit dans une séquence politique plus large. Depuis son arrivée au pouvoir, Keiko Fujimori, figure de l’extrême droite péruvienne, a multiplié les mesures sécuritaires, au risque de s’aliéner une partie de la population. Son gouvernement est également confronté à des accusations de corruption et à une défiance croissante envers les élites politiques. Dans ce contexte, l’état d’urgence pourrait bien être perçu comme une tentative de détourner l’attention des problèmes structurels du pays.
Al Hoceima : une opération sécuritaire qui interroge
Au Maroc, une intervention des forces de l’ordre à Al Hoceima a tourné au drame le 7 septembre. Un policier a été tué et deux gendarmes ainsi qu’un civil ont été blessés lors d’une tentative d’interpellation d’un suspect recherché pour trafic de drogue, immigration clandestine et tentative de meurtre. L’individu, touché par balle, a finalement été arrêté et placé sous surveillance médicale.
Selon le procureur général du Roi près la Cour d’appel d’Al Hoceima, l’opération visait un criminel présumé à la tête d’un réseau actif à l’échelle nationale. L’usage d’un fusil de chasse par le suspect lors de son interpellation a justifié une réponse armée des forces de sécurité. Cet incident rappelle les défis persistants auxquels le Maroc est confronté en matière de criminalité organisée, notamment dans les régions frontalières et les zones côtières.
Pourtant, au-delà de l’aspect sécuritaire, cette affaire soulève des questions sur l’efficacité des stratégies de lutte contre le crime. Les réseaux de trafic, qu’il s’agisse de drogue, d’armes ou d’immigration clandestine, continuent de prospérer, profitant des failles dans la coordination entre les différentes forces de l’ordre et des disparités économiques entre les régions. À Al Hoceima, comme dans d’autres villes du nord du pays, la pauvreté et le chômage alimentent un terreau favorable à ces activités illicites.
PISA 2025 : les résultats qui confirment l’urgence éducative
Les résultats de l’édition 2025 du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) ont été publiés cette semaine, et ils ne laissent guère de place à l’optimisme. Selon le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, ces chiffres reflètent principalement les lacunes de l’ancien système éducatif marocain, avant la mise en œuvre de la réforme actuelle.
Le ministère insiste sur un point crucial : ces résultats ne doivent pas être interprétés comme une évaluation de la Feuille de route 2022-2026, qui vise à transformer en profondeur le modèle éducatif du pays. Pourtant, ils confirment l’ampleur des défis à relever. Les élèves marocains continuent de peiner dans des domaines clés comme les mathématiques, les sciences et la lecture, avec des écarts significatifs par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE.
La réforme en cours, centrée sur la maîtrise des apprentissages fondamentaux dès l’école primaire, tente de répondre à ces enjeux. Mais son succès dépendra de plusieurs facteurs : la formation des enseignants, l’adaptation des programmes, et surtout, la capacité à réduire les inégalités entre les zones urbaines et rurales. Comme le soulignait récemment un éditorial d’Aujourd’hui le Maroc, la transformation de l’école marocaine ne se limite pas à des investissements matériels. Elle exige une refonte profonde de la pédagogie et une mobilisation de l’ensemble des acteurs, des enseignants aux parents, en passant par les collectivités locales.
Ce qu’il faut retenir
La journée du 9 septembre a été marquée par des développements géopolitiques et nationaux qui illustrent les tensions actuelles. À l’ONU, la paralysie institutionnelle et les divisions entre grandes puissances soulignent les limites du multilatéralisme dans un monde en crise. Au Pérou, l’état d’urgence autour des prisons reflète les dérives sécuritaires d’un gouvernement sous pression, tandis qu’au Maroc, l’opération d’Al Hoceima rappelle les défis persistants en matière de criminalité.
Sur le front éducatif, les résultats du PISA 2025 confirment l’urgence d’une réforme ambitieuse, mais aussi les obstacles qui restent à surmonter. Dans un contexte où les attentes des citoyens sont fortes, les autorités marocaines devront prouver que la transformation en cours peut produire des résultats concrets, au-delà des discours.