Maroc : pouvoir d’achat, grèves et IA, les tensions économiques du 10 septembre
Entre revendications sociales, contestation des transporteurs et déploiement de l’IA, l’économie marocaine fait face à des défis structurels alors que les élections législatives approchent.
Le Maroc aborde une rentrée économique sous tension, où les revendications sociales, les défis technologiques et les échéances politiques s’entremêlent. Ce jeudi 10 septembre 2026, trois dossiers cristallisent les interrogations sur la trajectoire du pays : la protection du pouvoir d’achat, la grogne des professionnels du transport, et l’accélération des programmes d’intelligence artificielle. Autant de sujets qui révèlent les fragilités d’une économie en transition, alors que les élections législatives du 7 octobre approchent.
Pouvoir d’achat : le PAM accuse la majorité de bloquer ses propositions
Le Parti authenticité et modernité (PAM) a relancé le débat sur le pouvoir d’achat en accusant ses partenaires de la majorité gouvernementale d’avoir rejeté ses propositions lors des années de sécheresse. Selon Mohamed Mehdi Bensaid, membre de la direction collégiale du parti, ces mesures – aujourd’hui au cœur du programme électoral du PAM – visaient à atténuer l’impact de la crise climatique sur les ménages. « Nos propositions ont été rejetées dans leur ensemble », a-t-il déclaré, sans préciser leur contenu exact, mais en insistant sur leur caractère « urgent » face à la hausse des prix.
Ce positionnement intervient dans un contexte où le pouvoir d’achat reste un enjeu central pour les électeurs. Les dernières données disponibles, datant de 2025, montraient une stagnation des salaires réels, tandis que l’inflation, bien que modérée (autour de 2,5 % en moyenne annuelle), avait particulièrement touché les produits alimentaires et l’énergie. La sécheresse prolongée, qui a affecté les récoltes et fait flamber les prix des denrées de base, a exacerbé les tensions. Pour le PAM, cette question devient un levier politique à quelques semaines du scrutin, alors que les sondages placent le parti en position de force pour peser sur la future coalition gouvernementale.
Transport routier et taxis : la contestation s’organise
Les professionnels du transport routier de marchandises ont annoncé une grève à partir du 14 septembre, en réponse à ce qu’ils qualifient de « silence » des autorités face à leurs revendications. Leur dossier comprend plusieurs points de friction, dont le coût du carburant, les charges fiscales et les conditions de travail. Selon les transporteurs, l’aide gouvernementale de 0,50 dirham par litre de gazole – mise en place pour atténuer la hausse des prix – reste insuffisante pour couvrir l’ensemble des coûts d’exploitation. « Nous ne demandons pas des subventions, mais une reconnaissance de notre rôle dans l’économie », a déclaré un représentant du secteur, cité par Hespress.
Parallèlement, les chauffeurs de taxis dénoncent une baisse des aides publiques, sans annonce officielle préalable. Leur colère s’ajoute à celle des routiers, créant un front commun de mécontentement dans un secteur clé pour l’approvisionnement du pays. Les grèves dans le transport pourraient avoir des répercussions immédiates sur les prix des produits de première nécessité, déjà sous pression en raison des aléas climatiques.
Cette mobilisation intervient alors que le gouvernement tente de moderniser le secteur, notamment via des incitations à l’électrification des flottes et à la digitalisation des services. Mais pour les professionnels, ces mesures restent insuffisantes face à l’urgence économique.
Génération AIoT : le Maroc mise sur l’intelligence artificielle pour sa souveraineté numérique
Six mois après son lancement, le programme national « Génération AI & IoT » franchit une nouvelle étape. Porté par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, ce dispositif s’inscrit dans la feuille de route « AI Made in Morocco » et vise à former les compétences locales en intelligence artificielle et en Internet des objets (IoT). L’objectif : réduire la dépendance aux technologies étrangères et positionner le Maroc comme un hub régional dans ces domaines.
Le programme, qui cible en priorité les jeunes et les professionnels en reconversion, mise sur des partenariats avec des acteurs publics et privés pour déployer des formations adaptées aux besoins du marché. « Il s’agit de préparer l’économie marocaine aux défis de demain, tout en créant des emplois qualifiés », a souligné un responsable du ministère. Cette initiative s’aligne sur les ambitions de Maroc Digital 2030, qui prévoit d’investir massivement dans les infrastructures numériques et la formation.
Pourtant, le déploiement de l’IA au Maroc suscite aussi des interrogations. Comme le souligne le départ récent d’un chercheur britannique de la startup américaine Anthropic – qui a quitté l’industrie en dénonçant les risques d’une course technologique incontrôlée –, les enjeux éthiques et sécuritaires restent prégnants. Le Maroc, qui a adopté une approche pragmatique en matière de régulation, devra trouver un équilibre entre innovation et protection des citoyens.
Ce qu’il faut retenir
À trois semaines des élections législatives, l’économie marocaine est traversée par des tensions multiples. Le pouvoir d’achat, déjà fragilisé par les sécheresses successives, devient un enjeu politique majeur, tandis que les professionnels du transport menacent de paralyser un secteur essentiel. Parallèlement, le pays accélère sa transition numérique, avec des programmes ambitieux comme « Génération AIoT », mais doit composer avec les défis éthiques et sociaux posés par l’intelligence artificielle.
Ces dossiers illustrent les contradictions d’une économie en mutation : entre urgence sociale et nécessité de modernisation, le prochain gouvernement devra trancher. Pour les électeurs, le choix sera aussi celui d’une vision économique – entre protection des ménages et attractivité des investissements.