Maroc : industrie en hausse, tensions sanitaires et campagne électorale s'intensifient
L'industrie marocaine montre des signes de reprise en juillet 2026, tandis que des tensions sanitaires et une campagne électorale serrée marquent la rentrée sociale.
Une industrie marocaine en reprise, mais inégale
L’enquête de conjoncture de Bank Al-Maghrib pour juillet 2026 révèle une amélioration de l’activité industrielle, avec une hausse de la production et des ventes, ainsi qu’un taux d’utilisation des capacités de production (TUC) atteignant 81 %. Cette dynamique, mesurée entre le 3 août et le 4 septembre auprès de 55 % des entreprises interrogées, masque cependant des disparités sectorielles marquées.
L’agroalimentaire et la chimie-parachimie tirent leur épingle du jeu, enregistrant des progressions tant en production qu’en ventes. À l’inverse, le textile et le cuir stagnent, tandis que la mécanique et la métallurgie accusent un recul. Ces contrastes reflètent les défis structurels d’une économie en transition, où certains secteurs peinent à s’adapter aux nouvelles normes européennes, comme l’a souligné la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) lors de son dernier conseil d’administration.
Pour Mehdi Tazi, président de la CGEM, ces résultats confirment la nécessité de placer l’investissement privé et la compétitivité au cœur des priorités économiques. La confédération a d’ailleurs fixé cinq axes d’action pour la rentrée : soutien aux TPME, développement des exportations, emploi, innovation et attractivité des investissements. Des enjeux qui résonnent particulièrement à l’approche des élections législatives du 23 septembre, où les partis devront proposer des solutions concrètes pour relancer une croissance encore fragile.
Santé publique : des hôpitaux sous tension dans le Haut Atlas
La situation sanitaire dans certaines régions du Maroc suscite des inquiétudes croissantes. Le bureau régional du Syndicat national de la santé publique (SNSP) a tiré la sonnette d’alarme concernant les hôpitaux de Tahanaout et Aït Ourir, dans la province d’Al Haouz. Selon le syndicat, ces établissements souffrent de « dysfonctionnements graves » dans leur gestion administrative, affectant directement la qualité des soins.
Parmi les problèmes signalés, le bloc opératoire de l’hôpital de Tahanaout serait paralysé depuis plusieurs semaines, une situation que le SNSP attribue à des « décisions de gestion contestables ». Les patients, notamment ceux provenant des zones montagneuses, se retrouvent ainsi privés de soins essentiels, aggravant des conditions d’accès déjà précaires. Le syndicat pointe également des lacunes dans la gouvernance, évoquant un « manque de vision stratégique » qui menace les acquis obtenus grâce aux efforts du personnel soignant.
Ces tensions interviennent dans un contexte où le système de santé marocain fait face à des défis majeurs, entre pression migratoire, enjeux climatiques et besoins croissants d’une population en augmentation. Si le Maroc a réalisé des progrès significatifs ces dernières années, notamment en matière de couverture médicale, ces dysfonctionnements locaux rappellent la nécessité d’une réforme plus globale, intégrant à la fois les dimensions infrastructurelles et managériales.
Élections législatives : treize jours pour convaincre
La campagne électorale pour les législatives du 23 septembre entre dans sa phase finale, avec seulement treize jours pour convaincre les électeurs. Pour Mohamed Chouki, président du Rassemblement national des indépendants (RNI), cette période représente l’aboutissement d’un travail de terrain mené depuis cinq ans. « Le populisme est l’option la plus facile, mais construire la crédibilité est le défi le plus difficile », a-t-il déclaré lors d’un meeting à Médiouna, soulignant l’importance d’un programme « concret et réalisable ».
Cette approche contraste avec celle de certains partis qui, selon des observateurs, auraient bâti leur campagne dans l’urgence, sans véritable ancrage territorial. Pour le RNI, la bataille se joue notamment dans la région de Casablanca-Settat, où le parti espère conserver sa première place. Les enjeux sont multiples : pouvoir d’achat, emploi, santé, éducation et sécurité figurent parmi les priorités des électeurs, dans un contexte marqué par des tensions sociales et économiques persistantes.
La campagne s’annonce serrée, avec des partis aux stratégies divergentes. Certains misent sur des promesses ambitieuses, tandis que d’autres, comme le RNI, insistent sur leur bilan et leur proximité avec les citoyens. Dans tous les cas, le scrutin du 23 septembre s’annonce comme un test majeur pour la stabilité politique du pays, à un moment où les défis internes et externes se multiplient.
Migration irrégulière : le Maroc maintient la pression
Face à une pression migratoire croissante, le Maroc a poursuivi ses efforts pour lutter contre l’émigration irrégulière en 2025. Selon les données officielles, 73 640 tentatives de passage ont été déjouées, un chiffre qui témoigne de l’intensité des flux et de la résilience des dispositifs de surveillance mis en place. Plus de 300 réseaux de trafic ont été démantelés, illustrant l’adaptation constante des autorités aux nouvelles stratégies des passeurs, qui diversifient leurs activités criminelles.
En parallèle, 13 595 migrants ont été secourus en mer et pris en charge, bénéficiant d’une assistance médicale et d’un hébergement temporaire. Ces opérations, souvent périlleuses, soulignent les risques encourus par les candidats à l’exil, mais aussi l’engagement humanitaire du Maroc dans un contexte régional marqué par l’instabilité.
La question migratoire reste un enjeu majeur pour le pays, à la fois point de départ, de transit et de destination. Les autorités marocaines continuent de plaider pour une approche globale, combinant sécurité, coopération internationale et développement des régions d’origine. Un équilibre délicat, alors que les tensions en Afrique de l’Ouest et au Sahel alimentent des flux toujours plus importants.
Ce qu’il faut retenir
La rentrée 2026 au Maroc est marquée par des dynamiques contrastées. Sur le plan économique, l’industrie montre des signes de reprise, mais les disparités sectorielles rappellent la nécessité d’une transition plus inclusive. Dans le domaine de la santé, les tensions locales à Tahanaout et Aït Ourir révèlent des fragilités structurelles qui appellent des réformes urgentes. Politiquement, la campagne électorale entre dans sa phase décisive, avec des enjeux cruciaux pour l’avenir du pays. Enfin, la question migratoire reste un défi permanent, entre sécurité et humanisme.
Ces sujets, loin d’être isolés, dessinent les contours d’un Maroc en mouvement, où les défis du présent croisent les promesses de l’avenir.