Hakimi, Bounou, CAN : le football marocain à l'épreuve des millions saoudiens
Achraf Hakimi et Yassine Bounou, stars des Lions de l'Atlas, au cœur des tractations saoudiennes. Entre enjeux sportifs et financiers, le Maroc prépare la CAN 2027 dans un mercato transformé.
Le football marocain vit un tournant. Alors que les Lions de l'Atlas préparent la Coupe d'Afrique des Nations 2027, deux de leurs joueurs phares, Achraf Hakimi et Yassine Bounou, se retrouvent au centre de convoitises saoudiennes qui redessinent les équilibres du mercato international. Ces mouvements, loin d'être anecdotiques, interrogent la capacité du Maroc à conserver ses talents face à l'attractivité financière croissante de la Saudi Pro League.
Hakimi et Bounou : deux destins, un même défi
Achraf Hakimi, latéral droit du Paris Saint-Germain, est l'objet d'une offre chiffrée à 120 millions d'euros de la part d'Al-Hilal, selon le média espagnol Fichajes. Le club parisien, lié au joueur jusqu'en 2029, n'a pas encore répondu officiellement, mais l'intérêt saoudien confirme une tendance : les stars marocaines sont devenues des cibles prioritaires pour les clubs du Golfe. Hakimi, qui a disputé l'intégralité des trois premières journées de Ligue 1 cette saison, reste un pilier de l'équipe parisienne. Son éventuel départ poserait la question de son temps de jeu à l'approche de la CAN, un enjeu crucial pour le sélectionneur Walid Regragui.
Yassine Bounou, gardien d'Al-Hilal, incarne une autre facette de cette dynamique. Blessé à l'échauffement avant un match contre Neom SC, le portier marocain a dû céder sa place à Mohammed Al-Owais. Si son indisponibilité semble temporaire – une atteinte au muscle ischio-jambier –, elle rappelle la fragilité des joueurs exposés à des calendriers chargés. Bounou, finaliste de la Coupe du Monde 2022, est un élément clé de la défense marocaine. Son absence, même momentanée, pourrait peser sur la préparation des Lions de l'Atlas.
La Saudi Pro League, un nouveau terrain de jeu
Ces deux cas illustrent l'influence grandissante de la Saudi Pro League sur le football africain. Le championnat saoudien, dopé par des investissements massifs, attire désormais des joueurs en pleine maturité, comme Hakimi (25 ans) ou Bounou (33 ans). Pour les clubs européens, ces offres représentent à la fois une aubaine financière et un casse-tête sportif. Pour le Maroc, l'enjeu est double : maintenir ses joueurs dans des championnats compétitifs tout en évitant une fuite des talents vers des ligues où l'exposition internationale est moindre.
Le sélectionneur Walid Regragui a déjà exprimé ses réserves sur les transferts vers l'Arabie saoudite, soulignant que le niveau de la Saudi Pro League ne rivalisait pas encore avec celui des grands championnats européens. Pourtant, les salaires proposés – souvent multipliés par trois ou quatre – rendent ces offres difficiles à refuser. Le défi pour la Fédération royale marocaine de football (FRMF) sera de concilier les ambitions individuelles de ses joueurs avec les objectifs collectifs, à moins de deux ans de la CAN 2027.
CAN 2027 : une préparation sous tension
La Coupe d'Afrique des Nations 2027, que le Maroc co-organisera avec l'Algérie et la Tunisie, s'annonce comme un tournant pour les Lions de l'Atlas. Après leur parcours historique en Coupe du Monde 2022 (demi-finale), les attentes sont immenses. Or, la préparation de cette compétition pourrait être perturbée par les aléas du mercato. La FRMF devra composer avec des joueurs évoluant dans des championnats aux rythmes et aux exigences très différents.
Le cas de Hakimi est emblématique : s'il rejoint Al-Hilal, son temps de jeu en compétition officielle pourrait diminuer, affectant sa forme physique et mentale. À l'inverse, un maintien au PSG lui assurerait une exposition régulière en Ligue des Champions, mais au prix d'un calendrier chargé. Pour Bounou, la priorité sera de retrouver sa pleine capacité après sa blessure, dans un club où la concurrence est déjà féroce.
Un modèle à réinventer ?
Le football marocain a longtemps reposé sur un équilibre entre formation locale (via l'Académie Mohammed VI) et exportation de talents vers l'Europe. L'émergence de la Saudi Pro League bouleverse ce schéma. Les joueurs marocains, désormais courtisés par des clubs capables de rivaliser financièrement avec les grands d'Europe, ont de nouvelles options. Cette situation pourrait inciter la FRMF à repenser sa stratégie, en renforçant par exemple les partenariats avec des clubs européens pour garantir des prêts ou des transferts prioritaires à ses internationaux.
Pour l'heure, une certitude : le mercato 2026 marque un tournant. Entre les millions saoudiens et les ambitions africaines, le Maroc devra naviguer avec prudence pour ne pas sacrifier son projet sportif sur l'autel des intérêts financiers. La CAN 2027 sera un test grandeur nature.