Sahara : le Polisario en crise interne à l'approche du vote de l'ONU
Un enregistrement attribué à Bachir Mustapha Sayed révèle des fractures au sommet du Polisario avant la résolution du Conseil de sécurité sur le Sahara marocain.
Une crise de leadership qui tombe au pire moment
Un enregistrement audio attribué à Bachir Mustapha Sayed, frère du fondateur du Polisario et président de son "Conseil national", circule depuis lundi dans les milieux diplomatiques. Le document, dont l'authenticité n'a pas été officiellement confirmée mais que plusieurs sources proches du mouvement considèrent comme crédible, révèle une lutte de pouvoir interne d'une rare intensité. Bachir Mustapha Sayed y critique ouvertement Brahim Ghali, actuel chef du front séparatiste, et annonce son intention de briguer la direction du mouvement.
Cette crise intervient alors que le Conseil de sécurité de l'ONU doit examiner dans les prochains jours une nouvelle résolution sur le Sahara marocain. Selon des diplomates occidentaux cités par RFI, "le timing est particulièrement mauvais pour le Polisario, qui voit ses divisions exposées au moment où il a besoin d'une position unifiée face à la communauté internationale".
Le Maroc maintient sa position diplomatique
À Rabat, les autorités observent ces développements avec une prudence calculée. Le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a rappelé mardi que "la question du Sahara est une question de souveraineté nationale et d'intégrité territoriale, et non une question de négociations avec des factions en crise". Cette déclaration intervient alors que plusieurs pays africains ont récemment réaffirmé leur soutien à l'initiative marocaine d'autonomie sous souveraineté.
La position marocaine bénéficie d'un soutien croissant sur le continent. Selon un décompte établi par le ministère des Affaires étrangères, 37 pays africains reconnaissent désormais la souveraineté marocaine sur le Sahara, contre 28 en 2020. Cette évolution s'inscrit dans une stratégie diplomatique plus large qui vise à renforcer les liens économiques et politiques avec l'Afrique subsaharienne.
L'ONU face à un dossier complexe
Le Conseil de sécurité doit examiner le renouvellement du mandat de la MINURSO (Mission des Nations Unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental) d'ici la fin du mois. La précédente résolution, adoptée en octobre 2025, avait déjà marqué un tournant en reconnaissant les "efforts sérieux et crédibles" du Maroc pour résoudre le conflit.
Plusieurs éléments pourraient influencer le vote :
- La crise interne du Polisario, qui affaiblit sa position de négociation
- Le soutien croissant des pays africains à la position marocaine
- Les pressions américaines pour une solution pragmatique
- Les tensions persistantes dans les camps de Tindouf
Un diplomate européen en poste à New York a confié à Hespress que "la communauté internationale semble de plus en plus convaincue que le statu quo n'est plus tenable. La question n'est plus de savoir si le plan d'autonomie marocain sera accepté, mais quand et sous quelle forme".
Les enjeux humanitaires en arrière-plan
La crise politique au sein du Polisario s'accompagne de préoccupations humanitaires croissantes dans les camps de Tindouf. Selon un rapport du Programme alimentaire mondial (PAM) publié en septembre, près de 40% des habitants des camps souffrent d'insécurité alimentaire, une situation aggravée par la réduction des aides internationales.
Le Maroc a récemment proposé d'étendre son programme d'aide humanitaire aux populations des camps, une offre qui a été rejetée par le Polisario mais qui pourrait gagner en attractivité dans un contexte de divisions internes et de difficultés économiques croissantes.
Ce qu'il faut retenir
- Une crise de leadership : Le Polisario traverse une période de tensions internes majeures, avec des accusations croisées entre ses dirigeants historiques.
- Un contexte diplomatique favorable : Le Maroc bénéficie d'un soutien croissant sur le continent africain et d'une position de force à l'ONU.
- Un calendrier serré : La résolution du Conseil de sécurité sur le Sahara est attendue dans les prochains jours, dans un contexte particulièrement tendu.
- Des enjeux humanitaires : La situation dans les camps de Tindouf reste préoccupante, avec des risques de dégradation accrus par les divisions politiques.
La question du Sahara reste l'un des derniers conflits de décolonisation non résolus en Afrique. Les prochaines semaines pourraient marquer un tournant dans ce dossier, avec des implications majeures pour la stabilité régionale et les équilibres géopolitiques en Afrique du Nord et au Sahel.