Déficit budgétaire marocain : une baisse historique qui interroge l'économie du Royaume

Le déficit budgétaire marocain a chuté à 33,1 milliards de dirhams à fin septembre 2026, contre 52,4 milliards un an plus tôt. Une performance portée par des recettes fiscales en hausse, mais qui soulève des questions sur la soutenabilité des dépenses publiques.

Déficit budgétaire marocain : une baisse historique qui interroge l'économie du Royaume
Photo de refargotohp sur Unsplash

Le Maroc enregistre une amélioration spectaculaire de ses comptes publics. Selon les dernières données du ministère de l'Économie, des Finances et de la Performance publique, le déficit budgétaire s'est établi à 33,1 milliards de dirhams (MMDH) au terme des neuf premiers mois de 2026, contre 52,4 MMDH sur la même période en 2025. Une baisse de près de 37 % qui marque un tournant dans la gestion des finances publiques du Royaume, mais qui invite aussi à en analyser les ressorts et les limites.

Une dynamique portée par les recettes fiscales

Cette performance s'explique d'abord par une progression significative des recettes ordinaires, qui ont augmenté de 43,7 MMDH en un an, dépassant la hausse des dépenses (+24,5 MMDH). Les recettes fiscales, en particulier, ont connu une croissance de 11 % pour atteindre 292,3 MMDH, avec un taux de réalisation de 78,3 % par rapport aux prévisions de la loi de finances 2026. Les droits de douane et la TVA à l'importation ont particulièrement contribué à cette dynamique, reflétant une reprise des échanges commerciaux et une meilleure efficacité dans le recouvrement.

L'amélioration du solde des comptes spéciaux du Trésor a également joué un rôle clé. Ces comptes, qui regroupent des fonds dédiés à des dépenses spécifiques (comme les investissements publics ou les subventions), ont vu leur situation s'équilibrer, réduisant ainsi la pression sur le déficit global. Cette évolution suggère une gestion plus rigoureuse des flux financiers, même si elle interroge sur la capacité du Maroc à maintenir ce rythme sans sacrifier certains projets structurants.

Des dépenses publiques sous contrôle, mais des défis persistants

Si la maîtrise des dépenses est indéniable, elle soulève des questions sur sa soutenabilité. Les dépenses globales ont certes augmenté de 24,5 MMDH, mais cette hausse reste inférieure à celle des recettes, ce qui explique en partie la réduction du déficit. Cependant, cette modération pourrait aussi traduire un ralentissement des investissements publics, notamment dans des secteurs clés comme les infrastructures ou les services sociaux.

Par ailleurs, la progression des recettes fiscales, bien que positive, masque des disparités. Les impôts directs (comme l'impôt sur les sociétés ou l'IR) ont progressé moins vite que les impôts indirects (TVA, droits de douane), ce qui pourrait indiquer une pression fiscale accrue sur les ménages et les petites entreprises. Une tendance qui, si elle se confirmait, pourrait peser sur la consommation et la croissance à moyen terme.

Un contexte économique plus large

Cette amélioration des comptes publics intervient dans un contexte marqué par plusieurs facteurs. D'une part, la stabilité relative du dirham et la reprise progressive du tourisme ont soutenu les recettes en devises, réduisant les tensions sur la balance des paiements. D'autre part, les réformes structurelles engagées ces dernières années, comme la digitalisation des services fiscaux ou la lutte contre la fraude, commencent à porter leurs fruits.

Cependant, des risques subsistent. La dépendance aux recettes fiscales, notamment celles liées aux échanges extérieurs, expose le Maroc aux fluctuations des prix des matières premières et à la conjoncture internationale. De plus, la hausse des dépenses sociales, prévue dans le cadre du projet de loi de finances 2027, pourrait peser sur les équilibres budgétaires dans les mois à venir.

Ce qu'il faut retenir

La réduction du déficit budgétaire marocain est une bonne nouvelle pour les finances publiques du Royaume, mais elle ne doit pas occulter les défis qui persistent. Si la maîtrise des dépenses et l'amélioration des recettes fiscales sont des signes encourageants, elles interrogent aussi sur la capacité du Maroc à concilier rigueur budgétaire et investissements nécessaires pour soutenir la croissance et répondre aux attentes sociales.

Dans un contexte économique encore incertain, marqué par les tensions géopolitiques et les aléas climatiques, cette performance budgétaire offre une marge de manœuvre précieuse. Mais elle devra être mise à profit pour engager des réformes structurelles, comme la diversification des recettes fiscales ou l'optimisation des dépenses publiques, afin d'assurer une croissance durable et inclusive.