Maroc : santé, éducation et transparence, les chantiers sociétaux du 21 octobre

Diphtérie, enseignement préscolaire et lutte contre la corruption : le Maroc affronte des défis sanitaires, éducatifs et administratifs majeurs en cette fin octobre 2026.

Maroc : santé, éducation et transparence, les chantiers sociétaux du 21 octobre
Photo de Vitaly Gariev sur Unsplash

Diphtérie : Rabat renforce la vigilance sanitaire

Le Maroc organise, du 22 au 24 octobre à l’hôpital d’enfants de Rabat, une masterclass dédiée à la détection et à la prise en charge de la diphtérie. Cette initiative, portée par le groupement sanitaire territorial de Rabat-Salé-Kénitra (GST-RSK), s’inscrit dans une stratégie de préparation aux urgences sanitaires, alors que la maladie, rare mais potentiellement mortelle, connaît une résurgence dans plusieurs régions du monde.

Selon le GST-RSK, cette formation vise à « améliorer les capacités des professionnels de santé à reconnaître précocement les cas suspects, à déclencher les dispositifs d’alerte appropriés et à assurer une prise en charge rapide et efficace ». La diphtérie, transmise par voie respiratoire, peut entraîner des complications graves, notamment des obstructions des voies aériennes ou des atteintes cardiaques et neurologiques. Bien que le Maroc n’ait pas enregistré de cas récents, les autorités sanitaires misent sur la prévention, dans un contexte marqué par la mobilité internationale et les risques épidémiologiques accrus.

Cette démarche s’aligne sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui souligne l’importance de la surveillance active et de la formation continue des équipes médicales pour contenir les maladies à prévention vaccinale. Le Maroc, qui a maintenu un taux de couverture vaccinale élevé pour la diphtérie (plus de 95 % chez les enfants), renforce ainsi ses dispositifs de veille, alors que les défis logistiques et les inégalités territoriales persistent dans l’accès aux soins.


Enseignement préscolaire : les syndicats face au ministère

Le ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Nabil Benabdellah, a convoqué mercredi 22 octobre les représentants des syndicats de l’enseignement préscolaire pour une réunion au siège du ministère à Rabat. Cette rencontre intervient après plusieurs semaines de tensions, marquées par des sit-in et des actions de protestation devant le Parlement, menés par des enseignants et enseignantes du secteur.

Les revendications portent notamment sur les conditions de travail, la reconnaissance du statut des éducateurs préscolaires et l’amélioration des infrastructures. Le secteur, en pleine expansion depuis la généralisation progressive de l’enseignement préscolaire public, souffre d’un manque de moyens humains et matériels, selon les syndicats. « Les éducateurs travaillent souvent dans des locaux inadaptés, avec des effectifs pléthoriques et des salaires qui ne reflètent pas l’importance de leur mission », a déclaré un représentant syndical à Hespress.

Le ministère, qui a fait de l’enseignement préscolaire une priorité nationale, a lancé en 2025 un plan ambitieux visant à scolariser 100 % des enfants de 4 à 5 ans d’ici 2030. Cependant, les acteurs du terrain soulignent que les objectifs quantitatifs ne doivent pas occulter les défis qualitatifs, notamment en matière de formation des enseignants et d’adaptation des programmes pédagogiques. La réunion de mercredi pourrait marquer un tournant dans les négociations, alors que le gouvernement cherche à éviter une escalade des mouvements sociaux à l’approche de la rentrée scolaire.


Corruption et opacité administrative : l’INPPLC tire la sonnette d’alarme

L’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC) a mis en garde, mardi 20 octobre, contre les risques que fait peser l’opacité des procédures administratives sur le climat des affaires au Maroc. S’exprimant lors d’une rencontre à Rabat, son président, Mohammed Benalilou, a souligné que « l’insécurité procédurale face aux entreprises alimente directement la corruption et ouvre la voie aux marchandages ».

Benalilou a rappelé que la corruption ne se limite pas à un enjeu juridique ou pénal, mais constitue une menace pour la confiance des investisseurs et la pérennité du tissu économique. « Les entreprises, en particulier les PME, sont souvent contraintes de naviguer dans un environnement marqué par des délais imprévisibles, des exigences floues et des interlocuteurs multiples, ce qui les expose à des pratiques corruptrices », a-t-il expliqué. L’INPPLC plaide pour une simplification des démarches administratives et une transparence accrue dans les relations entre l’État et les acteurs économiques.

Cette intervention intervient dans un contexte de réformes structurelles, où le Maroc cherche à améliorer son attractivité économique et à se positionner comme une plateforme régionale pour les investissements. Cependant, les progrès restent inégaux : si des secteurs comme les énergies renouvelables ou les technologies numériques bénéficient d’un cadre réglementaire clair, d’autres, comme l’immobilier ou les marchés publics, restent perçus comme des zones à risque.

Le président de l’INPPLC a également insisté sur la nécessité d’une « culture de l’intégrité » au sein des entreprises, appelant à une responsabilisation accrue des dirigeants et à une collaboration renforcée avec les institutions de contrôle. « La lutte contre la corruption ne peut être efficace que si elle est portée par l’ensemble des acteurs, publics et privés », a-t-il conclu.


Peine de mort : le CNDH plaide pour un débat « humanisé »

La présidente du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), Amina Bouayach, a appelé mardi à Rabat à « humaniser le débat sur la peine de mort », estimant que cette approche « refuse de considérer la privation de la vie comme un instrument pour rendre justice ». Intervenant lors d’une conférence de presse, elle a souligné que le Maroc, qui observe un moratoire de facto sur les exécutions depuis 1993, se trouve à un carrefour décisif.

Bouayach a rappelé que le débat sur l’abolition de la peine capitale ne se limite pas à une question juridique, mais touche à des enjeux éthiques et sociétaux profonds. « Il s’agit de savoir quel type de société nous voulons construire : une société qui punit par la mort, ou une société qui protège la vie tout en sanctionnant les crimes les plus graves », a-t-elle déclaré. Le CNDH, qui milite depuis plusieurs années pour l’abolition totale de la peine de mort, plaide pour une approche progressive, incluant des consultations nationales et une sensibilisation accrue de l’opinion publique.

Le Maroc figure parmi les pays « abolitionnistes en pratique », selon Amnesty International, mais la peine capitale reste inscrite dans le code pénal pour des crimes comme le terrorisme, le meurtre avec préméditation ou la trahison. En 2025, une proposition de loi visant à supprimer la peine de mort pour les crimes de droit commun avait été déposée au Parlement, mais elle n’a pas abouti, faute de consensus politique. Le CNDH espère relancer le débat dans les mois à venir, en s’appuyant sur des exemples régionaux, comme la Tunisie, qui a aboli la peine de mort en 2026.


Ce qu’il faut retenir

Le Maroc aborde cette fin octobre 2026 avec des défis sociétaux qui mêlent urgences sanitaires, enjeux éducatifs et réformes structurelles. La masterclass sur la diphtérie, organisée à Rabat, rappelle que la vigilance épidémiologique reste un impératif, même pour des maladies que le pays a su maîtriser. Dans le secteur de l’éducation, les tensions autour de l’enseignement préscolaire illustrent les difficultés à concilier expansion quantitative et qualité pédagogique, alors que le gouvernement mise sur ce levier pour réduire les inégalités sociales.

Sur le front de la transparence administrative, l’alerte lancée par l’INPPLC met en lumière un paradoxe marocain : alors que le pays affiche des ambitions économiques fortes, des obstacles persistants freinent son attractivité. Enfin, le débat sur la peine de mort, relancé par le CNDH, interroge la capacité du Maroc à concilier tradition juridique et évolution des droits humains. Ces chantiers, aussi divers soient-ils, dessinent une société en mouvement, où les avancées côtoient encore des résistances.