Maroc : pêche en déclin, théâtre universitaire et ambitions logistiques, les innovations discrètes

Baisse des débarquements à Al Hoceima, relance du FITUT à Tanger et feuille de route 2030 pour les transports : trois chantiers qui redessinent l'économie et la culture marocaines, loin des projecteurs.

Maroc : pêche en déclin, théâtre universitaire et ambitions logistiques, les innovations discrètes
Photo de Glenn Case sur Unsplash

La pêche marocaine à l’épreuve des chiffres

À Al Hoceima, les débarquements de pêche côtière et artisanale ont chuté de 14 % en un an, selon les dernières statistiques de l’Office national des pêches (ONP). Fin septembre 2026, le port n’a enregistré que 1 655 tonnes de prises, contre plus de 1 900 tonnes à la même période en 2025. La valeur marchande suit la même tendance, avec un recul de 17 %, passant de 109 millions de dirhams (MDH) à 90,64 MDH. Les poissons pélagiques, comme la sardine ou le maquereau, sont les plus touchés : leurs volumes ont diminué de 23 %, pour une valeur de 10,16 MDH, contre 12,29 MDH l’an dernier.

Cette baisse n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un contexte plus large de pression sur les ressources halieutiques, entre surpêche, changement climatique et concurrence des flottes industrielles. Pourtant, certains segments résistent : les débarquements de poissons blancs ont progressé de 10 %, atteignant 266 tonnes. Un signe, peut-être, d’une adaptation des pêcheurs aux nouvelles réalités du marché.

Pour l’économie locale d’Al Hoceima, ces chiffres interrogent. La pêche artisanale y emploie des milliers de personnes et structure des filières de transformation et de commercialisation. Sans une réponse coordonnée – quotas renforcés, diversification des espèces ciblées, soutien à la modernisation des embarcations –, le risque est une précarisation accrue des communautés côtières.


Le théâtre universitaire, laboratoire culturel méconnu

Du 26 au 30 octobre, Tanger accueillera la 19e édition du Festival international du théâtre universitaire (FITUT). Un rendez-vous discret, mais qui joue un rôle clé dans l’écosystème culturel marocain. Contrairement aux grands festivals de Marrakech ou d’Essaouira, le FITUT mise sur la création émergente, en offrant une plateforme aux étudiants et jeunes professionnels du théâtre.

Cette année, le festival met l’accent sur les échanges interculturels, avec la participation de troupes venues d’Afrique et d’Europe. L’objectif ? Faire de Tanger un carrefour artistique, en s’appuyant sur son histoire de ville ouverte et cosmopolite. Le jury, composé de figures du théâtre marocain, évaluera les performances selon des critères à la fois techniques et conceptuels – une manière de préparer les jeunes talents aux exigences du métier.

Pourtant, le FITUT reste un événement de niche. Peu médiatisé, il souffre d’un manque de visibilité auprès du grand public et des institutions. Son budget, modeste, limite les ambitions : pas de cachets pour les participants, des décors minimalistes, une diffusion restreinte. Pourtant, son impact est réel. Plusieurs anciens lauréats ont intégré des troupes professionnelles ou lancé leurs propres compagnies. À l’heure où le Maroc mise sur son soft power culturel, des initiatives comme le FITUT pourraient bien être les incubateurs de demain.


Transport et logistique : une feuille de route ambitieuse, mais floue

Abdessamad Kayouh, reconduit à la tête du ministère du Transport et de la Logistique, a présenté samedi ses priorités pour 2030. Au programme : l’accélération des projets ferroviaires et aéroportuaires, le développement de Royal Air Maroc (RAM), la modernisation du transport routier et la réflexion sur une flotte maritime nationale. Des annonces qui s’inscrivent dans la continuité des plans sectoriels précédents, mais avec une échéance resserrée – la Coupe du monde de football de 2030, coorganisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal.

Parmi les projets phares, la modernisation des aéroports de Casablanca, Marrakech et Tanger, ainsi que l’extension du réseau ferroviaire à grande vitesse. Kayouh a également évoqué la nécessité de renforcer la compétitivité de RAM, dans un contexte de concurrence accrue avec les compagnies du Golfe et d’Europe. Enfin, la création d’une flotte maritime nationale – un serpent de mer depuis des années – est relancée, sans que les modalités de financement ou les partenariats envisagés ne soient précisés.

Ces ambitions se heurtent à des réalités complexes. Le secteur ferroviaire, par exemple, dépend largement des financements publics et des partenariats internationaux, dans un contexte budgétaire tendu. Quant à la flotte maritime, son développement nécessiterait des investissements colossaux et une coopération avec des armateurs privés – un défi de taille pour un pays qui importe encore l’essentiel de ses besoins en transport maritime.

Pourtant, le timing est stratégique. La Coupe du monde de 2030 pourrait servir de catalyseur, en attirant des financements et en accélérant les chantiers. Reste à savoir si les promesses se traduiront par des actes concrets – et si les retombées profiteront à l’ensemble du secteur, ou seulement à quelques grands projets vitrines.


Ce qu’il faut retenir

Trois dynamiques, trois échelles. La baisse des débarquements à Al Hoceima rappelle l’urgence d’une gestion durable des ressources halieutiques, sous peine de fragiliser des économies locales déjà vulnérables. Le FITUT de Tanger, lui, illustre le potentiel – et les limites – des initiatives culturelles portées par des acteurs indépendants, loin des grands circuits institutionnels. Enfin, la feuille de route logistique d’Abdessamad Kayouh dessine les contours d’une ambition nationale, mais son succès dépendra de la capacité à concilier vision stratégique et contraintes budgétaires.

Dans les trois cas, l’innovation ne se mesure pas seulement à l’aune des grands projets ou des technologies de pointe. Elle se niche aussi dans l’adaptation des filières traditionnelles, la valorisation des talents émergents et la transformation progressive – mais réelle – des infrastructures. Des chantiers discrets, mais essentiels pour l’avenir du pays.