Maroc : pêche en déclin, théâtre universitaire et biodiversité, les équilibres du 18 octobre
Al Hoceima enregistre une baisse de 14% des débarquements de pêche. Le FITUT de Tanger et le Jardin Zoologique de Rabat mettent en lumière la culture et la biodiversité. Analyse des enjeux.
Le Maroc aborde ce week-end d’octobre avec des signaux contrastés, où les défis économiques côtoient des initiatives culturelles et environnementales porteuses d’avenir. Entre la baisse des captures à Al Hoceima, la vitalité du théâtre universitaire à Tanger et l’enrichissement des collections du Jardin Zoologique de Rabat, trois dynamiques se dessinent : la fragilité des ressources marines, la jeunesse comme acteur culturel et la préservation d’un patrimoine naturel méconnu.
Al Hoceima : la pêche artisanale en recul, un symptôme national
Les chiffres publiés par l’Office national des pêches (ONP) pour le port d’Al Hoceima à fin septembre 2026 confirment une tendance inquiétante. Avec 1 655 tonnes débarquées, soit une baisse de 14 % par rapport à 2025, et une valeur marchande en repli de 17 % (90,64 millions de dirhams), le secteur de la pêche côtière et artisanale montre des signes d’essoufflement. Les poissons pélagiques, pilier de l’activité locale, accusent un recul de 23 % en volume, tandis que les poissons blancs résistent mieux (+10 %), sans pour autant compenser les pertes.
Ces données, bien que limitées à un seul port, reflètent des pressions plus larges. La surpêche, les changements climatiques affectant les écosystèmes méditerranéens et la concurrence des flottes industrielles pèsent sur les communautés côtières. À Al Hoceima, où la pêche emploie directement ou indirectement des milliers de personnes, la baisse des revenus menace un équilibre social déjà précaire. L’ONP souligne dans son rapport que cette situation pourrait s’étendre à d’autres ports si des mesures de régulation et de diversification ne sont pas renforcées. Le Maroc, qui mise sur son économie bleue pour atteindre ses objectifs de développement durable, se trouve ainsi confronté à un paradoxe : comment concilier exploitation et préservation dans un contexte de raréfaction des ressources ?
Tanger : le théâtre universitaire, laboratoire d’une jeunesse créative
Du 26 au 30 octobre, Tanger accueillera la 19e édition du Festival international du théâtre universitaire (FITUT), un rendez-vous qui, depuis près de deux décennies, offre une plateforme aux étudiants et aux jeunes professionnels du spectacle. Cette année, le festival met l’accent sur les échanges interculturels et la valorisation du théâtre comme espace de dialogue, dans une ville où les influences africaines, européennes et méditerranéennes se croisent.
Le choix de Tanger n’est pas anodin. La ville, souvent perçue comme un carrefour historique et économique, peine à affirmer son identité culturelle face à des métropoles comme Casablanca ou Marrakech. Le FITUT, en donnant la parole à des créateurs émergents, contribue à redynamiser le paysage artistique local. Comme le souligne le communiqué des organisateurs, l’objectif est double : « promouvoir la création théâtrale universitaire » et « favoriser l’ouverture sur différentes expériences artistiques ». Le jury, composé de figures du théâtre marocain, aura la lourde tâche de distinguer des projets qui, souvent, manquent de moyens mais regorgent d’audace.
Dans un pays où les inégalités d’accès à la culture persistent, des initiatives comme le FITUT jouent un rôle clé. Elles offrent aux jeunes talents une visibilité rare et rappellent que la culture n’est pas un luxe, mais un levier de cohésion sociale et de développement local.
Rabat : le Jardin Zoologique s’enrichit, une vitrine de la biodiversité africaine
Le Jardin Zoologique National (JZN) de Rabat a accueilli 72 nouveaux spécimens, représentant 21 espèces de reptiles et d’amphibiens africains. Parmi eux, le Varan du Nil, le Python d’Anchieta ou encore le Caméléon panthère, des animaux qui illustrent la diversité des écosystèmes du continent. Cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large de sensibilisation du public à la conservation de la faune, alors que de nombreuses espèces sont menacées par la destruction de leurs habitats et le trafic illégal.
Le JZN, qui attire chaque année des centaines de milliers de visiteurs, se positionne comme un acteur clé de l’éducation environnementale. En mettant en avant des espèces souvent méconnues du grand public, il contribue à changer le regard sur les reptiles et les amphibiens, trop souvent associés à des clichés négatifs. Comme le souligne la direction du zoo, ces animaux « jouent un rôle écologique crucial », que ce soit dans la régulation des populations d’insectes ou dans la chaîne alimentaire.
Cette diversification des collections intervient dans un contexte où les zoos sont de plus en plus critiqués pour leur impact sur le bien-être animal. Le JZN, qui a engagé ces dernières années des travaux d’aménagement pour améliorer les conditions de vie de ses pensionnaires, semble vouloir concilier conservation et éthique. Reste à savoir si ces efforts suffiront à répondre aux attentes croissantes du public en matière de protection de la biodiversité.
Ce qu’il faut retenir
Trois enjeux se dégagent de cette actualité :
- La pêche, un secteur à repenser : La baisse des débarquements à Al Hoceima n’est pas un cas isolé, mais le symptôme d’un modèle économique à bout de souffle. Le Maroc devra arbitrer entre préservation des ressources et maintien des emplois, dans un contexte où la demande mondiale en produits de la mer ne faiblit pas.
- La culture comme levier de développement : Le FITUT de Tanger rappelle que les jeunes générations ne sont pas seulement des consommateurs de culture, mais aussi des créateurs. Dans un pays où près de 30 % de la population a moins de 15 ans, investir dans des espaces d’expression comme le théâtre universitaire, c’est préparer l’avenir.
- La biodiversité, un patrimoine à protéger : L’enrichissement des collections du Jardin Zoologique de Rabat est une bonne nouvelle, mais elle ne doit pas occulter les défis plus larges de la conservation. Avec des espèces africaines de plus en plus menacées, le Maroc a un rôle à jouer, à la fois comme sanctuaire et comme ambassadeur de la protection de la faune.
Ces dynamiques, bien que distinctes, dessinent une même réalité : celle d’un pays en quête d’équilibres, entre tradition et modernité, exploitation et préservation, jeunesse et héritage.
- ONP : baisse de 14% des débarquements de pêche au port d'Al Hoceima — Hespress Français
- Tanger : le FITUT revient pour sa 19è édition — Hespress Français
- Le JZN de Rabat accueille de nouveaux reptiles et amphibiens africains — Hespress Français