Maroc : pêche en déclin, budget 2030 et logistique, les défis économiques du 18 octobre

Baisse des débarquements de pêche à Al Hoceima, feuille de route budgétaire fixée par Fouzi Lekjaa, et priorités logistiques d'Abdessamad Kayouh : les signaux économiques du Maroc ce 18 octobre.

Maroc : pêche en déclin, budget 2030 et logistique, les défis économiques du 18 octobre
Photo de Artan sur Unsplash

Le Maroc aborde la dernière ligne droite de 2026 avec des signaux économiques contrastés. Entre un secteur halieutique en difficulté, des orientations budgétaires ambitieuses et une relance des infrastructures logistiques, les chantiers ouverts ce week-end dessinent les priorités d’un pays en pleine transition. Tour d’horizon des enjeux qui comptent.


Pêche à Al Hoceima : un déclin qui interroge

Les chiffres publiés samedi par l’Office national des pêches (ONP) confirment une tendance préoccupante pour le port d’Al Hoceima. Avec 1 655 tonnes débarquées à fin septembre 2026, soit une baisse de 14 % en un an, et une valeur marchande en recul de 17 % (90,64 millions de dirhams), le secteur côtoie une crise structurelle. Les poissons pélagiques, pilier de l’activité locale, enregistrent une chute de 23 % des volumes, tandis que les espèces blanches résistent mieux (+10 %). Ces disparités révèlent une pression accrue sur les ressources, aggravée par des conditions climatiques défavorables et une concurrence régionale croissante.

Pour les pêcheurs artisanaux de la région, déjà fragilisés par la hausse des coûts du carburant et la saturation des marchés, cette baisse s’ajoute à une précarité chronique. "Les filets reviennent à moitié vides, et les prix ne suivent pas", témoignait en août dernier un marin de la coopérative de Cala Iris, interrogé par Hespress. L’ONP, qui mise sur des programmes de modernisation des ports et de traçabilité des captures, peine à inverser la tendance. À l’heure où le Maroc négocie des accords de pêche avec l’Union européenne et explore des partenariats avec l’Afrique de l’Ouest, la question de la durabilité des stocks devient centrale. Sans une gestion plus stricte des quotas et un soutien accru aux petits pêcheurs, le risque est de voir s’effriter un secteur qui emploie près de 700 000 personnes, selon les données du Haut-Commissariat au Plan.


Budget 2030 : Fouzi Lekjaa trace la voie

La passation de pouvoirs entre Nadia Fettah Alaoui et Fouzi Lekjaa, samedi au ministère de l’Économie et des Finances, a marqué le coup d’envoi d’une nouvelle ère budgétaire. Dans un message sobre mais ferme, le nouveau ministre a fixé l’horizon 2030 comme cadre de référence, évoquant des "défis complexes" sans les détailler. Son discours, centré sur la "performance publique" et la "rigueur institutionnelle", laisse entrevoir une continuité dans la gestion des finances, mais avec une inflexion vers l’efficacité.

Parmi les priorités implicites : la maîtrise du déficit, actuellement estimé à 4,5 % du PIB pour 2026, et la réduction de la dette publique, qui frôle les 70 % du PIB. Lekjaa a salué le travail de son prédécesseure, notamment sur la digitalisation des services fiscaux et la réforme des subventions énergétiques, mais n’a pas précisé si ces chantiers seraient accélérés. Un silence qui contraste avec les attentes des milieux d’affaires, en quête de visibilité sur les investissements publics dans les secteurs stratégiques (énergies renouvelables, dessalement, industries vertes).

Autre enjeu de taille : l’harmonisation des politiques budgétaires avec les engagements internationaux du Maroc, notamment ceux liés à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). "Le Maroc ne peut plus se contenter d’une croissance tirée par la demande intérieure", estime un économiste basé à Casablanca, qui souligne la nécessité d’exporter davantage vers l’Afrique subsaharienne. La feuille de route de Lekjaa devra trancher entre austérité et relance, dans un contexte marqué par des tensions inflationnistes persistantes et une demande sociale en hausse.


Logistique : Kayouh mise sur le rail et le maritime

Reconduit à la tête du ministère du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh a réuni samedi les acteurs du secteur pour fixer les priorités de la prochaine décennie. Au programme : l’accélération des projets ferroviaires, le développement de Royal Air Maroc (RAM), et une réflexion sur la constitution d’une flotte maritime nationale. Des annonces qui dépassent le cadre de la Coupe du monde 2030, co-organisée par le Maroc, et s’inscrivent dans une vision à long terme.

Le volet ferroviaire concentre les attentes. Avec seulement 2 110 km de voies exploitées, le réseau marocain reste en deçà des standards régionaux. Kayouh a insisté sur la nécessité d’achever les lignes à grande vitesse (LGV) en cours, notamment la liaison Marrakech-Agadir, et d’étendre le réseau conventionnel vers les zones industrielles et portuaires. "Le rail doit devenir l’épine dorsale de notre logistique", a-t-il déclaré, citant l’exemple du port de Tanger Med, dont le succès repose en partie sur sa connexion ferroviaire.

Côté aérien, RAM, en pleine restructuration après la crise du Covid, se voit confier un rôle clé dans la connectivité africaine. Le ministre a évoqué des partenariats avec des compagnies du continent pour renforcer les liaisons intra-africaines, dans la lignée de la stratégie "Ciel unique africain". Enfin, la question d’une flotte maritime nationale, évoquée pour la première fois de manière officielle, suscite des interrogations. Avec seulement une dizaine de navires battant pavillon marocain, le pays dépend largement des armateurs étrangers pour ses échanges commerciaux. Une situation que Kayouh juge "incompatible avec notre ambition de hub logistique régional".


Ce qu’il faut retenir

  1. La pêche en crise : Le déclin des débarquements à Al Hoceima (-14 % en un an) révèle les fragilités d’un secteur clé pour l’emploi et la sécurité alimentaire. Sans une réforme des quotas et un soutien aux pêcheurs artisanaux, la tendance pourrait s’aggraver.
  2. Un budget sous contraintes : Fouzi Lekjaa hérite d’une équation délicate : réduire le déficit tout en finançant les transitions écologique et numérique. Son approche, axée sur la "performance publique", devra concilier rigueur et relance.
  3. Logistique : le rail comme priorité : Abdessamad Kayouh mise sur les infrastructures ferroviaires pour désenclaver les zones industrielles et renforcer l’attractivité du Maroc. La flotte maritime, parent pauvre du secteur, pourrait faire l’objet d’une stratégie plus ambitieuse.
  4. 2030, année charnière : Que ce soit pour le budget, les transports ou la Coupe du monde, l’horizon 2030 s’impose comme une échéance clé. Reste à savoir si les moyens suivront les ambitions.

Dans un contexte marqué par des tensions sociales et des incertitudes climatiques, ces dossiers économiques dessinent les contours d’un Maroc en quête d’équilibre. Entre préservation des ressources, modernisation des infrastructures et maîtrise des finances publiques, les choix des prochains mois seront déterminants.