Maroc : un gouvernement remanié face aux défis sociaux et numériques
Le roi Mohammed VI nomme trois nouveaux ministres et deux délégués, dont Ahmed Rahhou à l'IA et Kouloub Faitah aux relations avec le Parlement. Un remaniement ciblé pour accélérer les réformes sociales et numériques.
Un remaniement ministériel ciblé sur les réformes structurelles
Le Maroc entre dans une nouvelle phase de son calendrier politique avec le remaniement partiel du gouvernement annoncé vendredi 16 octobre par le roi Mohammed VI. Cinq nominations viennent compléter l’équipe dirigée par Fatima-Zahra El Mansouri, avec une attention particulière portée aux secteurs de l’intelligence artificielle, de l’inclusion sociale et de l’aménagement du territoire. Selon les décrets royaux publiés par Hespress, ces ajustements interviennent alors que le pays fait face à des défis persistants en matière de cohésion sociale et de modernisation administrative.
Parmi les nouveaux visages, Ahmed Rahhou, ancien président du Conseil de la concurrence, hérite d’un portefeuille inédit : le ministère de l’Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l’administration. Une création de poste qui reflète la priorité accordée à la souveraineté technologique, dans un contexte où le Maroc cherche à se positionner comme un hub régional en matière d’innovation. Rahhou, polytechnicien de formation, apporte une expérience variée, ayant occupé des fonctions dans la banque, l’industrie et la diplomatie. Son arrivée coïncide avec les premières initiatives européennes en matière de régulation de l’IA, un sujet sur lequel le Maroc devra définir sa propre doctrine.
L’inclusion sociale et l’urbanisme au cœur des priorités
Le remaniement met également l’accent sur les enjeux sociaux, avec la nomination de Rachid Hamouni au poste de ministre délégué chargé de l’Inclusion sociale. Ce nouveau département, rattaché au ministère de la Jeunesse, de la Culture et des Sports, s’inscrit dans la continuité des efforts pour réduire les fractures territoriales et générationnelles. Hamouni, dont la biographie officielle souligne une carrière dans l’administration locale, devra concrétiser des politiques publiques ciblant les populations marginalisées, un défi de taille dans un pays où les inégalités spatiales restent marquées.
L’aménagement du territoire, quant à lui, revient à Samir Belfkih, qui cumule les fonctions de ministre et de porte-parole du gouvernement. Ce natif de Sefrou, ancien directeur de l’École Nationale Supérieure d’Arts et Métiers de Rabat, hérite d’un dossier complexe, à l’intersection des enjeux urbains, du logement et de la politique de la ville. Son expérience au sein du Conseil Supérieur de l’Éducation et son engagement politique local pourraient faciliter la coordination entre les différents acteurs institutionnels, alors que le Maroc peine à maîtriser l’étalement urbain et la spéculation foncière.
Commerce extérieur et dialogue parlementaire : des leviers pour l’économie
Le commerce extérieur fait également l’objet d’une attention particulière avec la nomination d’Omar Hejira, ancien maire d’Oujda et secrétaire d’État dans le précédent gouvernement. Ce pharmacien de formation, élu local expérimenté, devra renforcer la position du Maroc sur les marchés internationaux, dans un contexte de tensions commerciales persistantes. Son profil, à la fois technique et politique, pourrait faciliter les négociations avec les partenaires européens et africains, alors que le pays mise sur les accords de libre-échange pour dynamiser son économie.
Enfin, Kouloub Faitah, avocate spécialisée en droit de la famille et députée de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, prend la tête du ministère délégué chargé des Relations avec le Parlement et la Société civile. Son parcours, marqué par un engagement associatif et parlementaire, en fait une interlocutrice clé pour fluidifier le dialogue entre l’exécutif et les acteurs de la société civile. Dans un contexte où les réformes sociales et économiques suscitent des débats houleux, sa nomination pourrait contribuer à apaiser les tensions et à renforcer la légitimité des décisions gouvernementales.
Ce qu’il faut retenir
Ce remaniement ministériel, bien que limité en nombre de postes, envoie un signal clair : le Maroc mise sur des profils hybrides, alliant expertise technique et expérience politique, pour accélérer ses réformes structurelles. L’accent mis sur l’intelligence artificielle et la transformation numérique reflète une volonté de rattraper le retard technologique, tandis que les nominations dans les domaines social et territorial visent à répondre aux attentes d’une population de plus en plus exigeante en matière de justice spatiale et d’accès aux services publics.
Reste à voir comment ces nouveaux ministres parviendront à concilier les impératifs de modernisation avec les réalités socio-économiques du pays, dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires et des attentes citoyennes croissantes. Une chose est certaine : les cent premiers jours de ce gouvernement remanié seront scrutés de près, tant par les observateurs nationaux qu’internationaux.