Maroc : une nouvelle équipe gouvernementale face aux défis économiques et numériques
Le remaniement ministériel marocain du 16 octobre 2026 place l'intelligence artificielle et le commerce extérieur au cœur des priorités. Analyse des enjeux pour l'économie nationale.
Une équipe resserrée pour des priorités ciblées
Le Maroc entre dans une nouvelle phase de gouvernance avec la nomination, vendredi 16 octobre, d'une équipe ministérielle recentrée sur les défis structurels du pays. Parmi les 32 membres du gouvernement El Mansouri, plusieurs portefeuilles clés ont été redessinés pour refléter les priorités économiques et technologiques du royaume.
L'intelligence artificielle et la transformation numérique font leur entrée au plus haut niveau de l'État avec la création d'un ministère dédié, confié à Ahmed Rahhou. Cet ingénieur polytechnicien, ancien président du Conseil de la concurrence, hérite d'un périmètre élargi qui inclut également la réforme de l'administration. Son parcours, marqué par des expériences dans la banque, l'industrie et la diplomatie, suggère une approche pragmatique des enjeux technologiques.
L'IA comme levier de compétitivité
La nomination de Rahhou intervient dans un contexte où le Maroc cherche à positionner son économie sur des secteurs à haute valeur ajoutée. Selon les dernières données de la Banque mondiale, le secteur des technologies de l'information représentait 3,2% du PIB marocain en 2025, avec une croissance annuelle de 8% depuis 2020. Le nouveau ministre devra concilier plusieurs impératifs :
- Accélérer l'adoption des technologies numériques dans les PME, qui représentent 95% du tissu économique national
- Renforcer la souveraineté numérique face à la domination des géants américains et chinois
- Former une main-d'œuvre qualifiée pour répondre aux besoins du marché
Le défi est d'autant plus complexe que le Maroc doit composer avec des infrastructures inégales et une fracture numérique persistante entre zones urbaines et rurales. Les investissements dans les data centers et les réseaux 5G, annoncés dans le cadre du plan "Maroc Digital 2030", devront être accélérés pour soutenir cette ambition.
Le commerce extérieur dans une économie mondialisée
Omar Hejira prend les rênes du commerce extérieur avec une mission claire : diversifier les partenariats économiques du Maroc. Le pays reste fortement dépendant de l'Union européenne, qui absorbe 65% de ses exportations. Les tensions commerciales récurrentes avec l'Espagne, premier partenaire commercial, ont montré la vulnérabilité de ce modèle.
Plusieurs pistes se dessinent pour réduire cette dépendance :
- Le développement des échanges avec l'Afrique subsaharienne, où le Maroc a multiplié les accords commerciaux ces dernières années
- L'approfondissement des relations avec les pays du Golfe, notamment dans les secteurs de l'énergie et des infrastructures
- La valorisation des produits à haute valeur ajoutée, comme les phosphates transformés ou les composants automobiles
Hejira devra également gérer les conséquences des récentes tensions avec l'Algérie, qui pèsent sur les échanges régionaux. Le dossier du Sahara occidental, régulièrement évoqué par Alger à l'ONU, reste un point de friction qui pourrait influencer les relations économiques.
Inclusion économique et cohésion sociale
La nomination de Jalal Charaf au ministère du Tourisme, de l'Artisanat et de l'Économie solidaire marque une volonté de renforcer les secteurs créateurs d'emplois locaux. Avec un taux de chômage des jeunes dépassant 30% dans certaines régions, l'économie solidaire apparaît comme un levier pour réduire les inégalités territoriales.
Plusieurs initiatives pourraient être relancées ou amplifiées :
- Le développement des coopératives dans les zones rurales
- La promotion du tourisme interne, encore sous-exploité
- La modernisation de l'artisanat traditionnel pour le rendre plus compétitif à l'export
Le défi sera de concilier ces objectifs avec les impératifs de compétitivité internationale, alors que le secteur touristique reste marqué par une forte saisonnalité.
Ce qu'il faut retenir
- Priorité à l'innovation : La création d'un ministère dédié à l'IA et au numérique reflète une volonté de modernisation accélérée de l'économie marocaine.
- Diversification économique : Le commerce extérieur devra réduire la dépendance aux marchés européens en développant de nouveaux partenariats, notamment en Afrique.
- Inclusion territoriale : L'économie solidaire et l'artisanat sont placés au cœur de la stratégie de création d'emplois, particulièrement dans les zones défavorisées.
- Défis structurels : Le nouveau gouvernement devra composer avec des contraintes persistantes : fracture numérique, dépendance aux exportations traditionnelles et tensions régionales.
L'équipe ministérielle dispose d'un mandat clair pour transformer ces défis en opportunités. Son succès dépendra de sa capacité à articuler les réformes structurelles avec les attentes immédiates d'une population confrontée à des difficultés économiques persistantes.
- Youns Bjijou, nouveau ministre de la Santé et de la Protection sociale — Hespress Français
- Sahara : les contradictions du discours algérien face aux réalités de Tindouf — Hespress Français