Maroc 2026 : l'économie à deux vitesses et les angles morts du gouvernement

Le Maroc affiche une croissance concentrée dans trois régions, tandis que 72% des pauvres vivent en milieu rural. Le gouvernement promet des réformes, mais les chèques-vacances et la lutte contre la corruption patinent.

Maroc 2026 : l'économie à deux vitesses et les angles morts du gouvernement
Photo de Colin White sur Unsplash

Quand la croissance ignore les campagnes

Le Maroc se targue d’une croissance économique résiliente, mais les chiffres cachent une réalité plus crue : 58,5% du PIB se concentre dans trois régions seulement – Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Pendant ce temps, 72% des pauvres vivent en milieu rural, selon un rapport du Centre de prospective économique et sociale. Ces disparités ne sont pas nouvelles, mais elles persistent, creusant un fossé entre un Maroc urbain qui attire investissements et infrastructures, et un Maroc rural laissé pour compte.

Le gouvernement en a conscience. Lors de la séance plénière de la Chambre des représentants ce lundi, la question centrale portera sur "le rôle du système d’éducation et de formation dans l’édification du Maroc émergent". Une manière de reconnaître que sans une main-d’œuvre qualifiée et une redistribution plus équitable des richesses, les fractures territoriales risquent de s’aggraver. Mais entre les discours et les actes, le décalage reste béant.

Chèques-vacances : le serpent de mer du tourisme intérieur

Présenté comme une solution miracle pour dynamiser le tourisme local, le projet des chèques-vacances accumule les reports. Initialement prévu pour cet été, il ne verra pas le jour avant les prochaines élections législatives, selon une source de la Confédération nationale du tourisme (CNT). Les professionnels du secteur, qui ont participé à son élaboration, n’ont plus été consultés depuis des mois.

Pourquoi ce retard ? Officiellement, des "détails techniques" bloquent le déploiement. Officieusement, c’est une question de priorités. Le gouvernement préfère miser sur le tourisme international, plus rentable à court terme, plutôt que sur une mesure sociale qui bénéficierait d’abord aux Marocains. Résultat : le tourisme intérieur reste le parent pauvre d’une industrie qui représente pourtant 7% du PIB.

Corruption : l’innovation au service de l’opacité

L’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC) organise son premier "Nazahathon", un hackathon censé mobiliser l’intelligence collective pour renforcer l’intégrité publique. Sur le papier, l’initiative est louable : 25 équipes, dont 14 issues du secteur public, planchent sur des solutions technologiques pour traquer les fraudes.

Mais derrière cette vitrine moderne se cache une réalité moins reluisante. L’INPPLC elle-même est critiquée pour son manque d’indépendance et son inefficacité. Les affaires de corruption qui éclatent régulièrement – dernière en date, le scandale des marchés publics truqués dans le secteur de la santé – montrent que les outils technologiques ne suffisent pas. Sans une volonté politique forte et des sanctions exemplaires, le "Nazahathon" risque de rester un coup d’épée dans l’eau.

Ce qu’il faut retenir

Le Maroc de 2026 est un pays à deux vitesses, où la croissance économique profite à une minorité urbaine tandis que les campagnes s’enfoncent dans la précarité. Le gouvernement promet des réformes, mais les mesures concrètes se font attendre. Les chèques-vacances, censés relancer le tourisme intérieur, sont une nouvelle fois reportés, et la lutte contre la corruption peine à dépasser le stade des annonces.

La séance plénière de lundi à la Chambre des représentants sera un test. Si les débats se limitent à des généralités sur "l’éducation et la formation", sans engagement financier ni calendrier précis, les fractures territoriales continueront de s’élargir. Le Maroc a les moyens de ses ambitions, mais il lui manque une chose : la volonté politique de les concrétiser.