Maroc : cash en hausse, OCP en émission et rail 2035, les signaux économiques du 22 octobre
La monnaie fiduciaire atteint 513 milliards de DH, l'OCP lève 150 millions de dollars et le gouvernement annonce un nouveau programme ferroviaire. Trois dossiers qui dessinent les priorités économiques du Royaume.
Le Maroc traverse une séquence économique où les flux financiers, les investissements stratégiques et les grands projets d'infrastructure se télescopent. Trois dossiers émergent ce jeudi 22 octobre 2026 : la progression spectaculaire de la circulation fiduciaire, une nouvelle levée de fonds de l'OCP sur les marchés internationaux, et l'annonce d'un ambitieux programme ferroviaire pour 2030-2035. Autant de signaux qui révèlent les dynamiques à l'œuvre dans l'économie marocaine, entre résilience des ménages, besoins de financement des champions nationaux et vision long terme du développement territorial.
La monnaie fiduciaire accélère : 513 milliards de DH en circulation
La demande d'espèces au Maroc a connu une accélération marquée en 2025. Selon le rapport annuel de Bank Al-Maghrib sur les moyens de paiement, la circulation fiduciaire – billets et pièces en circulation plus encaisses des banques – a atteint 513 milliards de dirhams à fin décembre 2025, en hausse de 15,5 % sur un an. Ce rythme tranche avec les exercices précédents : +7,6 % en 2024, et une moyenne de 10,5 % en 2022-2023.
Plusieurs facteurs expliquent cette progression. Les retraits nets ont atteint des niveaux exceptionnels, notamment lors de l'été 2025 et du dernier trimestre, périodes traditionnellement marquées par une hausse des dépenses des ménages. La Coupe d'Afrique des Nations (CAN) de futsal, organisée au Maroc en 2025, a également contribué à stimuler la demande d'espèces, selon Bank Al-Maghrib. Paradoxalement, cette hausse intervient alors que les paiements électroniques progressent eux aussi à deux chiffres, signe d'une coexistence entre modernisation des moyens de paiement et persistance des habitudes de cash.
Cette dynamique interroge. Le cash reste un marqueur de résilience pour les ménages, notamment dans un contexte de hausse des prix et d'incertitudes économiques. Il reflète aussi les limites de l'inclusion financière, avec une partie de la population encore peu bancarisée ou méfiante envers les solutions digitales. Pour les autorités, cette tendance pose un défi : comment concilier la lutte contre l'économie informelle, qui prospère grâce aux transactions en espèces, avec la nécessité de ne pas brider la consommation des ménages ?
L'OCP lève 150 millions de dollars supplémentaires
Le géant marocain des phosphates a réalisé une nouvelle opération financière sur les marchés internationaux. L'OCP a levé 149,9 millions de dollars supplémentaires dans le cadre d'une "Tap Issue", une émission additionnelle assimilable à une tranche existante de son émission obligataire hybride d'avril 2026. Cette opération porte sur la tranche de 10,25 ans, initialement émise à hauteur de 500 millions de dollars.
Les fonds levés serviront à financer les besoins généraux du groupe, indique l'OCP. Cette levée s'inscrit dans une stratégie plus large de diversification des sources de financement, alors que le groupe poursuit ses investissements dans la production d'engrais, la logistique et les énergies renouvelables. En avril 2026, l'OCP avait déjà levé 1,5 milliard de dollars via une émission hybride, répartie sur deux tranches.
Cette opération témoigne de la confiance des investisseurs internationaux dans le modèle économique de l'OCP, malgré un environnement de taux d'intérêt élevés. Elle intervient aussi dans un contexte où le groupe accélère ses projets d'expansion en Afrique et en Amérique latine, avec l'objectif de sécuriser son approvisionnement en matières premières et de renforcer sa position sur le marché mondial des engrais.
Un nouveau programme ferroviaire pour 2030-2035
Le gouvernement a annoncé un nouveau programme ferroviaire pour la période 2030-2035, qui s'inscrit dans la continuité des investissements engagés dans le cadre du plan 2024-2030. Parmi les projets phares : le prolongement de la ligne à grande vitesse (LGV) vers Agadir, le raccordement d'Essaouira au réseau national, et une nouvelle ligne vers Béni Mellal.
Ce programme répond à plusieurs enjeux. D'abord, désenclaver les régions du sud et du centre du pays, où les infrastructures de transport restent insuffisantes. Ensuite, accompagner le développement économique et touristique de villes comme Essaouira, qui souffrent d'un manque de connectivité. Enfin, réduire la dépendance au transport routier, plus polluant et moins sûr.
L'annonce intervient alors que le Maroc a déjà engagé des investissements massifs dans son réseau ferroviaire, avec la LGV Tanger-Casablanca et les projets de modernisation des lignes existantes. Ce nouveau programme confirme la volonté des autorités de faire du rail un levier de développement territorial et de transition écologique.
L'opposition passe à l'attaque
Le Rassemblement National des Indépendants (RNI), désormais dans l'opposition, a choisi de marquer son retour en critiquant le programme gouvernemental. Par la voix de Mohamed Bakouri, président du groupe à la Chambre des conseillers, le parti a livré une lecture critique lors de la séance plénière du 21 octobre. Une prise de parole qui préfigure les débats à venir à la Chambre des représentants, où le programme sera discuté ce jeudi 22 octobre.
Le RNI, qui a dirigé le gouvernement pendant plusieurs années, pointe notamment les lacunes du plan en matière de création d'emplois et de réduction des inégalités. Cette offensive politique intervient dans un contexte de tensions sociales persistantes, alors que le pays peine à absorber les effets de la crise économique post-pandémie.
Ce qu'il faut retenir
Trois dynamiques se dégagent de ces annonces. D'abord, la persistance d'une économie duale, où le cash reste un pilier pour les ménages, malgré les progrès du digital. Ensuite, la capacité des champions nationaux comme l'OCP à mobiliser des financements internationaux, même dans un environnement économique difficile. Enfin, la volonté des autorités de poursuivre les grands projets d'infrastructure, avec une attention particulière portée au désenclavement des régions.
Ces signaux dessinent une économie marocaine en mouvement, où les défis de court terme (inflation, pouvoir d'achat) coexistent avec des ambitions de long terme (transition écologique, développement territorial). Reste à savoir si ces investissements parviendront à créer les emplois et la croissance nécessaires pour répondre aux attentes d'une population de plus en plus exigeante.