Maroc : cannabis légal, carburants et patrimoine urbain, les équilibres du 16 octobre
La filière du cannabis légal progresse avec 1 100 hectares récoltés, tandis que les prix des carburants baissent modestement. À Casablanca, un nouveau cimetière et des tensions urbaines révèlent les défis d’aménagement.
La filière du cannabis légal entre récolte et régulation
La campagne agricole 2026 marque une étape dans la structuration de la filière légale du cannabis au Maroc. Selon les données de l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC), 1 100 hectares ont été récoltés dans les trois provinces autorisées – soit 60 % de la superficie dédiée à la variété locale « beldia ». À Taounate, la récolte de cette variété est achevée à 92 %, signe d’une organisation progressive des acteurs locaux.
Pourtant, cette avancée s’accompagne d’un durcissement des contrôles. L’ANRAC a retiré 1 490 autorisations pour non-respect des procédures, touchant aussi bien les cultivateurs que les transformateurs et les distributeurs. Une mesure qui illustre la volonté des autorités de cadrer strictement une filière encore en rodage, où les écarts entre pratiques informelles et cadre légal restent fréquents.
Cette régulation intervient dans un contexte où le Maroc cherche à positionner son cannabis légal sur les marchés internationaux, notamment pour un usage médical et industriel. Reste à savoir si ces contrôles suffiront à rassurer les investisseurs et à garantir une production conforme aux standards exigés.
Carburants : une baisse modeste dans un marché tendu
Les automobilistes marocains bénéficient d’un léger répit à la pompe. À partir de minuit dans la nuit du 15 au 16 octobre, le gasoil baissera de 20 centimes le litre, tandis que le prix de l’essence sans plomb restera stable. Une décision qui intervient deux semaines après une hausse significative – +80 centimes pour le gasoil et +39 centimes pour l’essence – et qui laisse les prix à des niveaux élevés.
Selon les estimations, le gasoil devrait s’afficher autour de 15,61 dirhams le litre, contre 15,81 dirhams auparavant. L’essence, elle, se maintiendrait à environ 15,33 dirhams. Sur le terrain, les relevés effectués à Casablanca montrent cependant des variations, avec des prix oscillant entre 16,10 et 16,30 dirhams pour le gasoil – bien au-dessus des tarifs officiels.
Cette stabilité relative masque une réalité plus complexe. Les fluctuations des cours internationaux du pétrole, couplées aux tensions géopolitiques, continuent de peser sur le pouvoir d’achat des ménages. Si la baisse du gasoil est une bonne nouvelle, elle reste insuffisante pour compenser les hausses répétées des derniers mois.
Casablanca : entre cimetière géant et tensions urbaines
À Casablanca, les défis d’aménagement urbain se heurtent aux réalités sociales. Le cimetière Al Ihsane, inauguré dans la commune de Sidi Hajjaj Oued Hassar, illustre cette équation complexe. Avec une superficie de 118 hectares, ce projet vise à désengorger les cimetières existants et à répondre aux besoins des quarante prochaines années. Une visite de terrain, menée par le président du Conseil de la région Casablanca-Settat, Abdellatif Maâzouz, le wali Mohamed Mhidia et le gouverneur de Médiouna, Ali Salem Chagaf, a permis d’en mesurer l’avancement.
Pourtant, à quelques kilomètres de là, la commune de Sidi Bouothmane fait face à des tensions persistantes autour de la gestion de l’espace public. Des habitants ont appelé les autorités locales à poursuivre les opérations de libération du domaine public, entamées il y a quelques semaines. Si des structures illégales ont été démolies, certaines zones, notamment dans le quartier administratif, restent occupées par des constructions anarchiques. Les riverains réclament non seulement la poursuite des démolitions, mais aussi la réhabilitation des trottoirs et des sols endommagés lors des interventions.
Ces deux exemples, bien que distincts, révèlent les contradictions d’une métropole en pleine expansion. D’un côté, des projets structurants comme Al Ihsane répondent à des besoins vitaux ; de l’autre, la pression foncière et les occupations illégales compliquent la tâche des urbanistes. Entre régulation et inclusion, Casablanca cherche encore son équilibre.
Ce qu’il faut retenir
La journée du 16 octobre dessine les contours d’un Maroc en mouvement, où les avancées économiques et sociales se heurtent à des défis persistants. La filière du cannabis légal, en pleine structuration, doit composer avec des exigences réglementaires strictes pour gagner en crédibilité. Sur le front des carburants, la baisse du gasoil, bien que modeste, offre un répit temporaire dans un contexte de tensions inflationnistes. Enfin, à Casablanca, les projets d’aménagement urbain, qu’il s’agisse du cimetière Al Ihsane ou de la libération du domaine public, illustrent les difficultés à concilier développement et équité spatiale.
Ces dynamiques, à la fois locales et sectorielles, rappellent que le Maroc avance par ajustements successifs – entre innovation et tradition, entre régulation et laisser-faire. Une équation qui, pour l’heure, reste ouverte.