Maroc : Bourse, Sahara et chocolat contrefait, les signaux économiques du 20 octobre

La Bourse de Casablanca recule légèrement, le Sahara reste un enjeu diplomatique avant le vote de la Minurso, et une affaire de contrefaçon secoue l’agroalimentaire. Les priorités économiques du gouvernement El Mansouri.

Maroc : Bourse, Sahara et chocolat contrefait, les signaux économiques du 20 octobre
Photo de Yasmine Arfaoui sur Unsplash

La journée du 19 octobre 2026 a dessiné les contours d’une actualité économique marocaine à plusieurs vitesses. Entre les fluctuations d’un marché boursier en quête de stabilité, les tensions diplomatiques autour du Sahara, et une affaire judiciaire qui ébranle un secteur agroalimentaire déjà fragilisé, les signaux sont contrastés. À cela s’ajoute le premier grand discours de Fatima-Zahra El Mansouri devant le Parlement, où la cheffe du gouvernement a esquissé une feuille de route ambitieuse pour les cinq prochaines années. Tour d’horizon des enjeux qui façonnent l’économie du pays.


La Bourse de Casablanca en léger recul, un marché en attente de catalyseurs

La séance du 19 octobre s’est refermée sur une note légèrement négative pour la Bourse de Casablanca. Le MASI, indice phare du marché, a cédé 0,13 % pour s’établir à 16 975,82 points, dans un volume d’échanges modeste de 113,96 millions de dirhams (MDH). Les valeurs les plus actives ont été Addoha et Attijariwafa bank, reflétant l’appétit des investisseurs pour des secteurs aussi divers que l’immobilier et la finance.

Ce repli, bien que marginal, s’inscrit dans un contexte de prudence persistante. Depuis plusieurs semaines, les opérateurs attendent des signaux plus clairs sur la trajectoire des taux d’intérêt, après les dernières décisions de Bank Al-Maghrib, ainsi que sur l’évolution des réformes structurelles promises par le gouvernement. Les résultats semestriels des grandes entreprises, publiés au cours des dernières semaines, n’ont pas suffi à rassurer pleinement les marchés. Si les bénéfices restent solides pour certaines valeurs, comme Maroc Telecom ou la Banque Centrale Populaire, les investisseurs semblent hésiter à s’engager davantage en l’absence d’une visibilité accrue sur les perspectives macroéconomiques.

Pour les analystes, cette atonie pourrait se prolonger tant que les incertitudes géopolitiques – notamment autour du conflit au Sahara – et les défis internes, comme la maîtrise de l’inflation ou la relance de l’investissement, ne seront pas levés. Une chose est sûre : la Bourse de Casablanca, souvent perçue comme un baromètre de la confiance des acteurs économiques, reste en quête de dynamisme.


Sahara : à l’approche du vote sur la Minurso, la diplomatie marocaine en première ligne

Moins de trois semaines avant le vote du Conseil de sécurité de l’ONU sur le renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso), les discussions s’intensifient en coulisses. Une rencontre récente entre Massad Boulos, conseiller de Donald Trump pour les affaires arabes et africaines, et Alexander Ivanko, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU et chef de la Minurso, a remis sur la table l’objectif d’un « règlement durable » du conflit.

Pour le Maroc, cette échéance est cruciale. Depuis l’adoption en 2020 du plan d’autonomie sous souveraineté marocaine, Rabat mise sur une reconnaissance internationale croissante de sa position. Les récentes avancées diplomatiques, comme la normalisation des relations avec Israël ou le renforcement des partenariats avec l’Afrique subsaharienne, ont permis au royaume de consolider son influence. Pourtant, le dossier sahraoui reste un point de friction, notamment avec l’Algérie, qui soutient le Front Polisario.

Les enjeux économiques ne sont pas absents de cette équation. Le Sahara représente un territoire stratégique pour le Maroc, tant sur le plan des ressources naturelles (phosphates, énergies renouvelables) que des infrastructures (ports, zones franches). Un statu quo prolongé ou une escalade des tensions pourraient freiner les investissements étrangers dans la région, déjà fragilisée par des décennies de conflit. À l’inverse, une résolution durable ouvrirait la voie à des projets structurants, comme le développement du port de Dakhla ou l’exploitation des gisements éoliens et solaires du désert.

Pour l’heure, le Maroc mise sur une approche pragmatique, combinant pression diplomatique et ouverture au dialogue. Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits lors du prochain vote à New York.


Contrefaçon : le groupe Sebbar remporte une bataille judiciaire contre Finetti et Marochoc

L’industrie agroalimentaire marocaine vient d’être secouée par une décision de justice qui pourrait faire jurisprudence. Le tribunal de première instance a condamné les sociétés Finetti et Marochoc International pour contrefaçon de la célèbre barre chocolatée Maruja, produite par le groupe Sebbar. Cette affaire, qui oppose deux acteurs majeurs du secteur de la confiserie, révèle les tensions croissantes autour de la propriété intellectuelle dans un marché en pleine expansion.

Le groupe Sebbar, déjà en proie à des litiges bancaires, voit dans ce jugement une victoire symbolique. La contrefaçon, souvent perçue comme un fléau marginal, pèse en réalité lourdement sur l’économie marocaine. Selon les estimations de l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC), les pertes annuelles liées à la contrefaçon s’élèveraient à plusieurs milliards de dirhams, touchant des secteurs aussi variés que le textile, l’électronique ou l’agroalimentaire.

Pour les entreprises locales, cette décision envoie un signal fort : la protection des marques et des brevets devient une priorité. Elle intervient dans un contexte où le Maroc cherche à attirer davantage d’investissements étrangers, notamment dans les industries à haute valeur ajoutée. Pourtant, les défis restent nombreux. Les circuits informels, la porosité des frontières et le manque de moyens des autorités douanières compliquent la lutte contre les produits contrefaits.

Cette affaire pourrait aussi avoir des répercussions sur les relations commerciales entre le Maroc et l’Espagne, où Finetti est basée. Le groupe Sebbar, qui exporte une partie de sa production vers l’Europe, pourrait être tenté de saisir les instances européennes pour faire valoir ses droits. Une nouvelle bataille judiciaire se profile donc à l’horizon.


Le gouvernement El Mansouri mise sur une croissance de 5 % pour relancer l’économie

Pour son premier grand oral devant le Parlement, Fatima-Zahra El Mansouri a présenté un programme gouvernemental ambitieux, articulé autour de sept priorités. Au cœur de cette feuille de route : une croissance moyenne de 5 % par an sur la période 2027-2031, un objectif qui tranche avec les performances modestes des dernières années.

La cheffe du gouvernement a insisté sur trois leviers principaux pour y parvenir : le pouvoir d’achat, l’investissement et l’organisation des marchés. Sur le front social, le gouvernement promet des mesures concrètes pour atténuer l’impact de la hausse des prix, notamment via des mécanismes de régulation des produits de première nécessité. L’accent sera également mis sur l’emploi, avec des dispositifs ciblant les jeunes et les femmes, deux catégories particulièrement touchées par le chômage.

Côté investissement, El Mansouri a évoqué une série de réformes visant à simplifier les procédures administratives et à attirer les capitaux étrangers. Le Maroc mise notamment sur les secteurs des énergies renouvelables, de la logistique et des technologies numériques, où il dispose d’atouts comparatifs. La modernisation des infrastructures portuaires et ferroviaires, ainsi que le développement des zones franches, figurent parmi les priorités.

Enfin, l’organisation des marchés sera revue pour lutter contre les distorsions de concurrence et les pratiques monopolistiques. Un chantier sensible, alors que certains secteurs, comme la grande distribution ou l’agroalimentaire, sont régulièrement pointés du doigt pour leur manque de transparence.

Reste à savoir si ces annonces se traduiront par des actes. Les précédents gouvernements ont souvent buté sur la mise en œuvre des réformes, en raison de résistances bureaucratiques ou de blocages politiques. Pour El Mansouri, l’enjeu est double : convaincre les marchés de la crédibilité de son programme, et rassurer une population éreintée par des années de crise.


Ce qu’il faut retenir

  • Bourse de Casablanca : Un marché en attente de catalyseurs, avec des volumes d’échanges modestes et une prudence des investisseurs.
  • Sahara : Le vote sur la Minurso approche, et le Maroc mise sur une résolution durable pour débloquer des investissements dans la région.
  • Contrefaçon : Une décision de justice rappelle l’importance de la propriété intellectuelle, dans un contexte où les pertes économiques liées à la contrefaçon se chiffrent en milliards.
  • Programme gouvernemental : Une croissance de 5 % en ligne de mire, avec des mesures ciblant le pouvoir d’achat, l’investissement et la régulation des marchés.

Dans les prochains jours, les regards se tourneront vers les réactions des partenaires internationaux du Maroc, ainsi que sur les premières mesures concrètes du gouvernement. Une chose est sûre : l’économie marocaine reste à la croisée des chemins.