Israël, Draghi, Taiwan : les trois fronts géopolitiques qui redessinent les équilibres
En Israël, les révélations sur les alertes ignorées avant le 7-Octobre secouent Netanyahou. Mario Draghi impose sa vision à l’UE, tandis que Pékin teste les défenses de Taïwan. Analyse des tensions qui ébranlent les alliances.
Israël : les alertes ignorées avant le 7-Octobre fragilisent Netanyahou
Un livre à paraître, cité par Le Monde, révèle que Benyamin Netanyahou aurait été informé dix jours avant l’attaque du 7 octobre 2023 que le chef du Hamas, Yahya Sinouar, préparait une « opération majeure » contre Israël. L’information, transmise par le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed, n’aurait pas été suivie d’effets. Ces révélations, qualifiées de « séisme politique » par le quotidien, relancent les critiques contre la gestion de la crise par le Premier ministre israélien, déjà sous pression pour son incapacité à obtenir la libération des otages restants à Gaza.
Le contexte est explosif : alors que la guerre entre dans son deuxième année, les tensions internes en Israël s’exacerbent. Les familles des otages manifestent régulièrement, et l’opposition accuse Netanyahou de privilégier sa survie politique à la sécurité du pays. Ces nouvelles accusations pourraient affaiblir davantage sa coalition, déjà fragilisée par des divergences sur la stratégie à adopter face au Hamas et à l’Autorité palestinienne.
Mario Draghi : l’ombre tutélaire de l’Union européenne
À 79 ans, Mario Draghi n’occupe plus aucune fonction officielle, mais son influence sur les politiques européennes reste déterminante. Ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) et ex-Premier ministre italien, il incarne une forme de continuité dans une Union en quête de leadership. Le Monde le décrit comme un « sphinx », capable de s’adresser aussi bien aux dirigeants politiques qu’aux marchés financiers, et dont les avis pèsent lourd dans les débats sur la dette, la transition énergétique ou la défense commune.
Son rôle est d’autant plus crucial que l’UE traverse une période de turbulences : montée des partis eurosceptiques, tensions avec la Hongrie et la Pologne, et divisions sur l’aide à l’Ukraine. Draghi, qui a reçu en mai le prix international Charlemagne pour son engagement européen, semble jouer un rôle de médiateur informel, rappelant aux États membres les principes fondateurs de l’Union. Son approche, à la fois pragmatique et ambitieuse, contraste avec les discours plus clivants de certains dirigeants actuels.
Taïwan : Pékin teste les limites de la dissuasion américaine
Les exercices militaires menés par l’Armée populaire de libération (APL) autour de Taïwan ces derniers jours marquent une escalade dans la stratégie chinoise de pression sur l’île. Dans un entretien accordé à Libération, l’expert en sécurité maritime Benjamin Blandin souligne que ces manœuvres, bien que moins spectaculaires que celles de 2022, sont devenues « banales » aux yeux de Pékin. Pourtant, elles constituent des signaux d’alerte majeurs pour les États-Unis et leurs alliés, qui y voient une tentative de normaliser une présence militaire chinoise dans le détroit.
Blandin explique que la Chine tire les leçons des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, où les rapports de force ont été redéfinis par des technologies comme les drones ou les missiles hypersoniques. Pour Taïwan, cette évolution est inquiétante : alors que l’île renforce ses capacités de défense, Pékin semble adopter une approche plus insidieuse, combinant intimidation militaire et pression diplomatique. Les États-Unis, engagés dans un soutien croissant à Taipei, pourraient être contraints de clarifier leur position en cas d’escalade, au risque d’un affrontement direct avec la Chine.
Ce qu’il faut retenir
Trois dynamiques géopolitiques se dégagent en ce début septembre 2026 :
- Israël est plongé dans une crise politique et morale, où les révélations sur les défaillances avant le 7-Octobre pourraient ébranler durablement la légitimité de Netanyahou. La question n’est plus seulement militaire, mais aussi institutionnelle : comment reconstruire la confiance dans un pays profondément divisé ?
- L’Union européenne navigue entre fragmentation et recherche d’unité, avec des figures comme Mario Draghi jouant un rôle de stabilisateur. Son influence rappelle que, même sans mandat officiel, certains acteurs parviennent à façonner les décisions européennes par leur expertise et leur réseau.
- La tension autour de Taïwan illustre une nouvelle phase dans la rivalité sino-américaine, où la Chine teste les limites de la dissuasion sans franchir le seuil de la guerre ouverte. Pour les démocraties occidentales, le défi est double : éviter une escalade tout en maintenant une crédibilité stratégique face à Pékin.
Ces trois fronts, bien que distincts, dessinent une carte géopolitique où les alliances traditionnelles sont mises à l’épreuve, et où les équilibres de pouvoir se recomposent sous l’effet des crises et des calculs stratégiques.