Forêts méditerranéennes et pêche artisanale : les chantiers méconnus du Maroc
Le Maroc accueille un atelier international sur la génétique forestière tandis que la pêche côtière de Lamhiriz affiche une reprise contrastée. Deux dossiers clés pour l'environnement et l'économie locale.
Quand Ifrane devient le laboratoire des forêts méditerranéennes
Le parc national d’Ifrane accueille ce mardi 20 octobre le premier atelier de formation des formateurs du projet MEDFORGEN, une initiative européenne visant à préserver les ressources génétiques forestières en Méditerranée. Pendant deux jours, des experts venus du Maroc, d’Algérie, de Tunisie et d’autres pays du bassin méditerranéen échangeront sur les méthodes d’inventaire forestier intégrant des critères génétiques. L’enjeu ? Mieux évaluer la diversité des espèces et leur capacité d’adaptation face aux changements climatiques.
Organisé par l’Institut européen des forêts (EFI) en partenariat avec l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), cet atelier s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération régionale. Le Maroc, avec ses écosystèmes variés – des cèdres de l’Atlas aux arganiers du Souss –, joue un rôle central dans cette démarche. "Les forêts méditerranéennes sont des réservoirs de biodiversité, mais aussi des outils de résilience face aux sécheresses et aux incendies", souligne un responsable de l’ANEF. Pourtant, ces écosystèmes restent peu étudiés sous l’angle génétique, un angle crucial pour anticiper leur évolution.
Le projet MEDFORGEN, financé par l’Union européenne, vise à combler ce manque en formant des experts locaux capables de mener des inventaires forestiers plus précis. Une première étape avant la mise en place de stratégies de conservation ciblées, notamment pour les espèces endémiques menacées.
Lamhiriz : la pêche côtière en ordre dispersé
À 1 200 kilomètres au sud d’Ifrane, le port de Lamhiriz, dans la région de Dakhla-Oued Ed-Dahab, enregistre des résultats contrastés pour la pêche côtière et artisanale. Selon les dernières données de l’Office national des pêches (ONP), les débarquements ont atteint 2 327 tonnes à fin septembre 2026, en hausse de 42 % par rapport à la même période l’an dernier. En valeur, cette progression est encore plus marquée : +51 %, pour un total de 56,45 millions de dirhams (MDH).
Mais derrière ces chiffres globaux se cachent des disparités inquiétantes. Les poissons pélagiques, comme la sardine ou l’anchois, voient leurs débarquements chuter de 29 %, tandis que les poissons blancs reculent de 18 %. À l’inverse, les céphalopodes – poulpes, seiches et calamars – tirent leur épingle du jeu avec une progression de 35 % en volume et de 42 % en valeur. "Cette tendance reflète une mutation des écosystèmes marins, mais aussi des choix des pêcheurs, qui se tournent vers des espèces plus rentables", explique un analyste de l’ONP.
La région de Dakhla-Oued Ed-Dahab, où se situe Lamhiriz, est l’une des principales zones de pêche du Maroc. Pourtant, les défis y sont nombreux : surpêche, concurrence des chalutiers industriels, et pression climatique sur les stocks. L’ONP mise sur des quotas et des périodes de repos biologique pour préserver les ressources, mais ces mesures peinent à s’imposer face aux réalités économiques locales.
Ce qu’il faut retenir
- Un tournant pour la recherche forestière : L’atelier MEDFORGEN à Ifrane marque une étape dans la coopération méditerranéenne pour la préservation des forêts. Le Maroc, avec ses écosystèmes uniques, devient un acteur clé de cette dynamique, mais les défis restent immenses : financements, coordination entre pays, et adaptation aux changements climatiques.
- La pêche artisanale entre reprise et fragilité : Les chiffres de Lamhiriz montrent une reprise en trompe-l’œil. Si les céphalopodes se portent bien, les espèces traditionnelles comme les sardines ou les poissons blancs continuent de décliner. Une situation qui interroge la durabilité du modèle de pêche côtier.
- Deux dossiers, une même urgence : Que ce soit pour les forêts ou les océans, la question de la préservation des ressources naturelles se pose avec acuité. Le Maroc, à la croisée des influences sahariennes et méditerranéennes, est en première ligne. Les solutions passeront par une meilleure connaissance scientifique, mais aussi par des politiques publiques plus ambitieuses.