Brésil, Argentine, précarité : les visages contrastés de l'économie mondiale en 2026
Entre croissance brésilienne tirée par les matières premières et crise argentine sous Milei, l'économie mondiale révèle des dynamiques opposées. En France, la précarité alimentaire s'aggrave, malgré des initiatives locales.
La semaine écoulée a révélé les fractures d’une économie mondiale aux trajectoires divergentes, où les matières premières dopent le Brésil tandis que l’Argentine s’enfonce dans une expérience ultralibérale controversée. En France, la précarité alimentaire s’installe durablement, malgré des réponses locales qui peinent à endiguer le phénomène.
Le Brésil, entre croissance et désillusions politiques
L’économie brésilienne affiche une croissance soutenue, portée par la hausse des cours mondiaux des matières premières. Pourtant, ce dynamisme ne profite guère au gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva, dont la popularité s’effrite à l’approche du second tour de la présidentielle, prévu le 25 octobre. Selon l’économiste chilien Andrés Velasco, cité par Le Monde, cette situation illustre l’échec d’une gauche incapable de répondre aux défis immédiats des Brésiliens : inflation persistante et insécurité croissante, alimentée par le crime organisé.
Les marchés, eux, restent prudents. Si les exportations de soja et de minerai de fer soutiennent la balance commerciale, les investissements étrangers tardent à se matérialiser, freinés par l’incertitude politique. « Le Brésil reste un géant aux pieds d’argile », résume un analyste de la Banque interaméricaine de développement, soulignant que cette croissance ne se traduit pas par une amélioration tangible du pouvoir d’achat pour les classes populaires.
L’Argentine de Milei : une expérience économique sous haute tension
À l’autre extrémité du spectre, l’Argentine poursuit sa descente aux enfers sous la houlette de Javier Milei, dont les réformes ultralibérales suscitent l’inquiétude des institutions financières internationales. Maria Julia Giménez et Stéphane Boisard, spécialistes des extrêmes droites néolibérales en Amérique latine, dénoncent dans Le Monde une politique économique déconnectée de la réalité, où la « réalité alternative » promue par le président argentin masque une crise sociale et monétaire sans précédent.
Les indicateurs sont alarmants : inflation annuelle dépassant les 200 %, pauvreté touchant près de 50 % de la population, et un peso argentin en chute libre face au dollar. Pourtant, Milei persiste dans sa stratégie de « dollarisation » de l’économie, un pari risqué qui divise même au sein de son propre camp. « Les Argentins paient le prix d’une idéologie qui nie les mécanismes les plus élémentaires de l’économie réelle », estiment les deux chercheurs.
En France, la précarité alimentaire s’installe
Sur le front intérieur, la crise du pouvoir d’achat continue de peser sur les ménages les plus modestes. À Alès, dans le Gard, une cantine solidaire illustre l’ampleur du phénomène : depuis le début de la crise énergétique, le lieu associatif, qui propose des repas à quelques euros, voit affluer un nouveau public. « Beaucoup de gens ne mangeraient pas s’ils ne venaient pas là », confie une bénévole à Le Monde. Dans cette sous-préfecture où 30 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, les files d’attente s’allongent, signe d’une précarité qui s’enracine.
Cette situation contraste avec les discours politiques sur la reprise économique. Si les chiffres du chômage s’améliorent légèrement, la fracture sociale se creuse, comme en témoignent les mobilisations du 17 octobre. À Bordeaux, La Rochelle ou Bayonne, des milliers de manifestants ont défilé, parfois dans un climat de tension extrême. À Paris, la place de la République a été le théâtre de violences et de pillages, reflétant une exaspération grandissante face à des inégalités qui ne cessent de se creuser.
Accidents du travail : un fléau ignoré
Autre sujet de préoccupation, la hausse des accidents du travail mortels en France. Selon l’Assurance-maladie, leur nombre a encore augmenté en 2025, malgré les alertes répétées des associations. En Charente, un rassemblement organisé par une association de familles de victimes a rappelé l’urgence d’agir. « Les accidents du travail sont traités comme un fait social mineur, alors qu’ils tuent chaque année des centaines de personnes », déplore un représentant de la CGT, présent lors d’une opération de sensibilisation à Lyon en avril dernier.
Les secteurs les plus touchés restent le BTP, l’agriculture et la logistique, où la pression sur les cadences et le manque de moyens de prévention aggravent les risques. Pourtant, aucune mesure forte n’a été prise au niveau national pour inverser la tendance. « On compte les morts, mais on ne change rien », résume une famille de victime, venue témoigner lors du séminaire en Charente.
Ce qui ressort de ces dynamiques, c’est l’écart persistant entre les indicateurs macroéconomiques et la réalité vécue par les populations. Que ce soit au Brésil, où la croissance ne profite pas aux plus pauvres, en Argentine, où l’idéologie prime sur les réalités sociales, ou en France, où la précarité s’installe malgré une reprise économique fragile, le défi reste le même : traduire les chiffres en amélioration concrète du quotidien. À six mois de l’élection présidentielle, cette équation sera au cœur des débats.
- « Javier Milei préfère la réalité alternative à celle, beaucoup moins reluisante, de l’économie réelle en Argentine » — Économie
- « L’économie du Brésil est en croissance grâce au niveau élevé des cours mondiaux des matières premières plus qu’à un succès du gouvernement Lula » — Économie
- « Beaucoup de gens ne mangeraient pas s’ils ne venaient pas là » : à Alès, une cantine solidaire contre la vie chère — Économie
- Place de la République piégée sous les lacrymos, des cortèges partout, et des pillages : un 17 octobre chaotique à Paris — Libération
- Morts au travail : en Charente, un rassemblement pour continuer d’alerter sur un fait social — Économie
- Mobilisation du 17 octobre : à Bayonne, au moins 5 000 personnes manifestent pacifiquement avant que des incidents n’éclatent dans la soirée — Sud Ouest Éco