Biodiversité, résistance et cinéma : les fronts culturels et écologiques du 19 octobre
La COP17 biodiversité s'ouvre en Arménie, Lucie Aubrac racontée par ses archives, et l'acteur Denis Ménochet évoque ses choix de rôles engagés. Trois sujets qui lient mémoire, art et urgence écologique.
La semaine s’ouvre sur des rendez-vous où se croisent l’urgence écologique, la transmission historique et les choix artistiques qui interrogent notre époque. Entre une conférence internationale pour sauver le vivant, la publication d’archives inédites sur une figure de la Résistance, et le parcours d’un acteur qui lie engagement et métier, trois sujets dessinent les contours d’une actualité où culture et environnement ne sont plus des domaines étanches, mais des champs d’action complémentaires.
COP17 biodiversité : l’Arménie accueille un sommet sous pression
Ce lundi 19 octobre s’ouvre à Erevan, en Arménie, la 17e Conférence des parties (COP) de la Convention sur la diversité biologique. Jusqu’au 30 octobre, 196 pays tenteront de concrétiser des engagements pris il y a deux ans à Montréal, où avait été adopté le Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal. Objectif affiché : protéger 30 % des terres et des océans d’ici à 2030, restaurer les écosystèmes dégradés et réduire de moitié l’usage des pesticides. Des cibles ambitieuses, mais dont la mise en œuvre accuse déjà des retards, comme le soulignent les observateurs.
Pourquoi cette COP compte-t-elle ? Parce qu’elle intervient dans un contexte de crise accélérée du vivant. Selon le dernier rapport de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité), près d’un million d’espèces sont menacées d’extinction, et les écosystèmes s’effondrent à un rythme sans précédent. En France, la situation n’est guère plus rassurante : l’Office français de la biodiversité (OFB) alertait en 2025 sur le déclin des populations d’oiseaux communs, avec une chute de 30 % en trente ans pour certaines espèces. Pourtant, les financements promis par les États peinent à se matérialiser. Le Fonds mondial pour la biodiversité, créé en 2022, n’a réuni que 20 % des 200 milliards de dollars annuels nécessaires, selon les estimations de l’ONU.
Cette COP17 sera aussi l’occasion de mesurer l’engagement des pays du Sud, souvent en première ligne face à la déforestation ou à la surpêche, mais aussi les plus vulnérables aux conséquences du réchauffement climatique. L’Arménie, pays hôte, mise sur ce sommet pour attirer l’attention sur les enjeux régionaux, comme la protection du Caucase, l’une des zones les plus riches en biodiversité d’Eurasie. Reste à savoir si les déclarations d’intention se traduiront par des actes concrets – ou si cette conférence rejoindra la longue liste des rendez-vous internationaux où les promesses restent lettre morte.
Lucie Aubrac : des archives pour raconter la Résistance autrement
Le 21 octobre sortira Lucie Aubrac par Lucie (Albin Michel), un ouvrage qui éclaire le parcours de la résistante à travers des archives familiales inédites, réunies par l’artiste et historien Pascal Convert. Ce livre, construit comme un dialogue entre les documents et les souvenirs, offre une plongée rare dans l’intimité d’une femme dont le nom est associé à l’une des opérations les plus audacieuses de la Résistance : l’évasion de son mari, Raymond Aubrac, en 1943.
Mais au-delà de l’anecdote héroïque, l’ouvrage révèle une figure plus complexe, marquée par les contradictions de son époque. Les archives montrent notamment comment Lucie Aubrac, alors institutrice, a perçu dès 1940 la montée de l’antisémitisme en France. Dans une lettre citée dans le livre, elle écrit : « On sentait l’antisémitisme qui montait. Il fallait faire quelque chose. » Une prise de conscience précoce, qui la poussera à s’engager dans le mouvement Libération-Sud, aux côtés d’Emmanuel d’Astier de La Vigerie.
Le livre met aussi en lumière son combat pour la mémoire des femmes résistantes, souvent éclipsées par leurs homologues masculins. Dans les années 1980, Lucie Aubrac milite pour que les noms des femmes mortes sous l’Occupation soient gravés sur les monuments aux morts, une démarche qui aboutira partiellement. « Elle refusait l’idée que la Résistance soit une affaire d’hommes », explique Pascal Convert. Les archives révèlent enfin un épisode moins connu : la traque de son premier fils, Jean-Pierre, par la Gestapo, qui le soupçonnait d’être le fils de Raymond Aubrac. Une menace qui pesa sur toute la famille jusqu’à la Libération.
À l’heure où les débats sur la transmission de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale resurgissent, ce livre rappelle que les archives ne sont pas de simples documents, mais des outils pour comprendre comment des individus ordinaires deviennent des acteurs de l’Histoire.
Denis Ménochet : l’acteur qui choisit ses combats
Dans un entretien accordé à Libération, Denis Ménochet revient sur sa carrière et ses choix de rôles, qui en font l’une des figures les plus discrètes – et les plus engagées – du cinéma français contemporain. Connu pour ses prestations dans The Northman (Robert Eggers), As Bestas (Rodrigo Sorogoyen) ou encore la série The New Look (Apple TV+), l’acteur de 50 ans explique comment il sélectionne ses projets : « Je cherche des histoires qui parlent de la société, de ses fractures, de ses injustices. Pas pour faire la morale, mais pour montrer ce qui nous traverse. »
Son parcours illustre cette démarche. En 2024, il incarnait un agriculteur breton en lutte contre un projet éolien dans Les Algues vertes (Pierre Jolivet), un film inspiré de faits réels. Un rôle qui lui a valu des menaces de la part d’extrémistes, mais aussi une reconnaissance accrue pour son engagement écologique. « On me propose souvent des rôles de flic ou de militaire. Je préfère ceux qui posent des questions », confie-t-il. Cette année, il a tourné dans La Zone, un film sur les violences policières en banlieue, réalisé par le documentariste David Dufresne.
Pour Ménochet, le cinéma est un prolongement de ses convictions. « Je ne veux pas être un acteur qui se contente de jouer. Je veux que mes rôles aient un écho, qu’ils fassent réfléchir. » Une posture qui tranche avec l’image d’un cinéma français parfois critiqué pour son manque de prise de risque. Pourtant, l’acteur assume ses choix, même quand ils dérangent. « Si un film ne fait pas débat, c’est qu’il ne sert à rien. »
Son prochain projet ? Un biopic sur l’écrivain et résistant Jean Prévost, mort en 1944. Un retour aux sources, en quelque sorte, pour celui qui revendique l’héritage d’un cinéma à la fois populaire et exigeant.
Ce qu’il faut retenir
Trois sujets, trois échelles de temps. La COP17 biodiversité nous rappelle que les décisions prises aujourd’hui engageront les décennies à venir – et que les promesses, pour l’instant, peinent à se traduire en actes. Les archives de Lucie Aubrac, elles, nous ramènent à un passé qui résonne avec les débats contemporains sur la mémoire et l’engagement. Quant à Denis Ménochet, il incarne cette génération d’artistes qui refusent de dissocier leur métier de leurs convictions, prouvant que la culture peut être un levier de transformation sociale.
Dans un contexte marqué par les crises – écologiques, mémorielles, politiques –, ces trois fronts montrent que les réponses ne viendront pas seulement des institutions, mais aussi des individus, qu’ils soient résistants, scientifiques ou artistes. Reste à savoir si ces initiatives, aussi fortes soient-elles, suffiront à inverser des tendances qui, pour l’instant, semblent inexorables.
- La biodiversité a aussi sa COP, on vous explique pourquoi c'est important — Reporterre, le média de l'écologie
- La vie de la résistante Lucie Aubrac racontée à travers ses archives : « On sentait l’antisémitisme qui montait en 1940. Il fallait faire quelque chose » — Le Monde des livres
- Denis Ménochet, acteur : tenir la distance — Libération