Violences sexuelles, Panthéon, Ehpad : la France face à ses urgences étouffées
La convention citoyenne sur le périscolaire à Paris propose le retour à la semaine de 4 jours après des révélations de violences sexuelles. Pendant ce temps, le Panthéon accueille Marc Bloch et les Ehpad peinent face à la canicule.
La France étouffe ses urgences sous des couches de symboles et de demi-mesures. Ce 24 juin 2026, trois dossiers le prouvent : les violences sexuelles dans le périscolaire parisien, l’entrée de Marc Bloch au Panthéon, et la mort silencieuse des personnes âgées en Ehpad. Trois sujets qui devraient occuper l’espace public, mais que le pouvoir traite en mode gestion de crise – quand il ne les enterre pas purement et simplement.
Périscolaire à Paris : quand la protection de l’enfance devient un calcul politique
La convention citoyenne lancée par Emmanuel Grégoire, maire adjoint de Paris, vient de rendre son verdict : le retour à la semaine de quatre jours dans les écoles parisiennes. Officiellement, c’est une réponse aux violences sexuelles révélées dans le périscolaire. Officieusement, c’est un aveu d’échec – et une manœuvre politique.
Les faits sont accablants. Depuis des mois, des signalements s’accumulent : agressions, harcèlements, négligences dans les accueils de loisirs. Pourtant, la mairie a traîné des pieds. Pourquoi ? Parce que la semaine de 4,5 jours, instaurée en 2013, était un marqueur de gauche, une fierté sociale-démocrate. Y renoncer, c’est admettre que le système est défaillant. Alors on bricole : une convention citoyenne, des promesses de "chiffrage des scénarios", et surtout, l’argument budgétaire. Comme si la sécurité des enfants était une variable d’ajustement.
Résultat ? Moins d’un tiers des parents soutiennent le maintien du rythme actuel. Mais la mairie, elle, semble surtout soucieuse de ne pas froisser son électorat. Pendant ce temps, les enfants continuent de payer le prix de l’inertie.
Marc Bloch au Panthéon : un hommage qui sonne comme un aveu d’impuissance
L’entrée de Marc Bloch au Panthéon, ce 23 juin, était censée être un moment de communion nationale. Un hommage à l’historien résistant, fusillé par les nazis en 1944. Sauf que le discours d’Emmanuel Macron a transformé la cérémonie en réquisitoire contre… la France d’aujourd’hui.
"L’esprit de défaite imprègne notre vie publique", a lancé le président. Une phrase choc, mais qui résonne comme un aveu. Car si la France célèbre ses héros, elle semble incapable de s’inspirer de leur courage. Vichy, l’antisémitisme, la collaboration : Macron a rappelé ces pages sombres, mais sans jamais nommer les responsables contemporains de cette "défaite" qu’il dénonce.
Pourquoi ce décalage ? Parce que le Panthéon, aujourd’hui, est moins un lieu de mémoire qu’un outil de communication. On y enterre des figures consensuelles (Simone Veil, Joséphine Baker) pour éviter les polémiques. Marc Bloch, lui, dérange : il était juif, résistant, et son œuvre interroge encore les failles de la République. Alors on célèbre son sacrifice, mais on oublie ses combats. Comme si la France préférait les symboles aux actes.
Ehpad et canicule : la mort lente des invisibles
91 % des Ehpad n’ont pas de chambres climatisées. Ce chiffre, révélé par une étude récente, résume à lui seul l’abandon des personnes âgées en France. Chaque été, des milliers d’entre elles meurent de la chaleur, et chaque été, les pouvoirs publics promettent des "plans canicule" qui ne changent rien.
Pourquoi ? Parce que la climatisation coûte cher, et que les Ehpad sont déjà en crise financière. Parce que les résidents, souvent dépendants, n’ont pas voix au chapitre. Parce que la mort des vieux, en France, est une tragédie silencieuse – moins médiatique qu’un accident de la route, moins politique qu’une réforme des retraites.
Les chiffres sont là : en 2025, plus de 3 000 décès liés à la canicule ont été recensés dans les Ehpad. En 2026, les prévisions sont pires. Pourtant, rien ne bouge. Les directeurs d’établissements réclament des aides, les familles se mobilisent, mais l’État regarde ailleurs. Comme si la vieillesse était une fatalité, et non une responsabilité collective.
Loi Ripost : quand la répression remplace la prévention
Pendant ce temps, le gouvernement durcit les sanctions. Le projet de loi Ripost, examiné à l’Assemblée, prévoit des interdictions administratives de conduire pour les rodéos sauvages, des peines alourdies pour les violences dans les stades, et une traque accrue du protoxyde d’azote.
Une bonne nouvelle ? Pas vraiment. Car cette loi, comme tant d’autres, mise sur la répression plutôt que sur la prévention. Les rodéos urbains ? Un symptôme de l’abandon des quartiers populaires. Les violences dans les stades ? Le résultat d’une politique sécuritaire qui criminalise les supporters plutôt que de réguler le football business. Le protoxyde d’azote ? Un problème de santé publique, pas de maintien de l’ordre.
La France a choisi son camp : punir plutôt que comprendre, verrouiller plutôt que réparer. Et pendant ce temps, les vraies urgences – la protection des enfants, la dignité des personnes âgées, la mémoire vivante de la Résistance – restent des variables d’ajustement.
Ce qu’il faut retenir
- La protection de l’enfance est un champ de bataille politique : À Paris, la mairie préfère une convention citoyenne à des mesures immédiates. Pendant ce temps, les violences continuent.
- Le Panthéon est devenu un théâtre : On y célèbre les héros, mais on oublie leurs combats. Marc Bloch dérangeait – son entrée au Panthéon est une opération de communication, pas une leçon d’histoire.
- Les Ehpad sont des mouroirs climatiques : 91 % des chambres ne sont pas climatisées. Chaque été, des milliers de personnes âgées meurent en silence. L’État regarde ailleurs.
- La loi Ripost est un aveu d’échec : Plutôt que de s’attaquer aux causes des violences, le gouvernement durcit les sanctions. La répression remplace la prévention.
La France a les moyens de ses urgences. Mais elle préfère les symboles aux solutions, les discours aux actes. Et pendant ce temps, les plus vulnérables – enfants, personnes âgées, victimes de violences – continuent de payer le prix de cette lâcheté.