Nahel, free-partys, viols : la France face à ses violences institutionnelles

Entre impunité policière, répression des free-partys et affaires de viols, la France révèle une justice à deux vitesses et des institutions qui protègent leurs agents.

Nahel, free-partys, viols : la France face à ses violences institutionnelles
Photo de Spenser H sur Unsplash

La France aime se présenter comme le pays des droits de l’homme. Pourtant, ce vendredi 19 juin 2026, les faits racontent une tout autre histoire. Celle d’un État qui, quand il ne couvre pas ses propres violences, s’acharne sur celles et ceux qui osent en contester l’ordre. Entre la mort de Nahel, la traque des teufeurs et les affaires de viols étouffées par des années de silence, une même mécanique se dessine : celle d’institutions qui sacrifient les victimes sur l’autel de leur propre survie.


Nahel : quand la Défenseure des droits enterre l’impunité policière

Trois ans après les faits, la Défenseure des droits, Claire Hédon, vient de demander une procédure disciplinaire contre Florian M., le policier qui a tué Nahel, 17 ans, d’une balle dans la poitrine à Nanterre. Trois ans. Le temps qu’il a fallu pour que l’évidence soit enfin actée : ce tir n’était pas réglementaire. Pas légitime. Juste un meurtre, commis par un agent de l’État, sous l’uniforme.

Pourtant, malgré cette conclusion accablante, l’affaire reste un symbole de l’impunité policière en France. Pourquoi ? Parce que la justice, quand elle daigne se pencher sur les violences des forces de l’ordre, le fait avec une lenteur calculée. Trois ans, c’est le temps qu’il faut pour que l’émotion retombe, que les médias passent à autre chose, que les familles se lassent. Trois ans, c’est aussi le temps qu’il faut pour que les preuves s’effritent, que les témoins oublient, que les responsabilités se diluent dans les méandres administratifs.

Et pendant ce temps, Florian M. reste en poste. Pas suspendu. Pas muté. Juste un policier comme les autres, protégé par une hiérarchie qui préfère étouffer les scandales plutôt que de risquer une crise interne. La Défenseure des droits a beau tirer la sonnette d’alarme, qui l’écoute ? Certainement pas le ministère de l’Intérieur, qui a déjà fait savoir, par le passé, qu’il ne comptait pas se plier aux recommandations des autorités indépendantes.

La mort de Nahel n’est pas un accident. C’est le résultat d’un système où la vie d’un jeune de banlieue vaut moins que la carrière d’un fonctionnaire. Et tant que ce système ne sera pas démantelé, les Nahel continueront de tomber.


Free-partys : la répression comme seule réponse à la débrouille

Pendant ce temps, l’État s’attaque à d’autres cibles, bien moins menaçantes : les teufeurs. Depuis des décennies, les free-partys sont des espaces de liberté, d’entraide et de résistance à une société de plus en plus aseptisée. Des lieux où des milliers de jeunes, souvent précaires, trouvent une forme de solidarité et de créativité loin des circuits commerciaux.

Pourtant, depuis quelques mois, ces rassemblements sont dans le viseur du gouvernement. La loi "anti-rave-party", adoptée en 2025, a donné aux préfets des pouvoirs exorbitants pour interdire, disperser et sanctionner ces événements. Officiellement, il s’agit de lutter contre les trafics et les nuisances sonores. Officieusement, c’est une guerre contre une culture qui échappe au contrôle de l’État.

Les membres de Techno +, une association qui œuvre depuis trente ans à la réduction des risques dans les free-partys, tirent la sonnette d’alarme. "On a peur que ça décourage le bénévolat dans nos associations", confie l’un d’eux à Libération. Parce que oui, derrière les clichés sur les "drogues et le bruit", il y a des milliers de personnes qui s’organisent pour que ces fêtes restent sûres. Des équipes médicales, des médiateurs, des logisticiens – autant de structures qui permettent d’éviter les drames.

Mais l’État préfère la répression à la prévention. Plutôt que de travailler avec ces associations, il envoie les CRS. Plutôt que de reconnaître que ces rassemblements répondent à un besoin social – celui de se retrouver, de danser, de respirer –, il les criminalise. Comme si la liberté, quand elle n’est pas encadrée par des salles de concert ou des festivals à 100 euros l’entrée, devenait automatiquement suspecte.


Viols : quand la justice protège les agresseurs

L’affaire Alain Bourcier, ce kinésithérapeute réputé mis en examen pour viols lors d’examens gynécologiques, est un autre symptôme de cette France qui protège ses notables. Huit plaintes pour des faits commis entre 2017 et 2023. Huit femmes qui ont osé parler, malgré la honte, malgré la peur. Et pourtant, Bourcier n’a été mis en examen qu’en septembre 2024 – sept ans après les premiers signalements.

Pourquoi un tel délai ? Parce que Bourcier n’est pas n’importe qui. C’est un pionnier de la rééducation du périnée en France, un professionnel respecté, un homme dont le nom fait autorité. Alors, quand des patientes osent l’accuser, on les écoute à peine. On minimise. On doute. On attend que le scandale éclate ailleurs, avec d’autres victimes, pour enfin agir.

Et ce n’est pas un cas isolé. L’affaire Lyhanna, cette fillette de 11 ans retrouvée morte dans le Gers, en est une autre illustration glaçante. L’autopsie révèle qu’elle a été violée avant d’être tuée. Son agresseur présumé, Jérôme B., avait déjà un profil biologique retrouvé sur son corps. Pourtant, combien de temps a-t-il fallu pour que la justice s’empare du dossier ? Combien de signalements ont été ignorés avant que le pire n’arrive ?

La France a un problème avec les violences sexuelles. Pas seulement parce qu’elles sont massives, mais parce que ses institutions – justice, police, médecine – préfèrent souvent fermer les yeux plutôt que de remettre en cause leurs propres réseaux. Un kiné réputé ? Un voisin sans histoire ? Mieux vaut étouffer l’affaire que de risquer un scandale. Même si cela signifie laisser des agresseurs en liberté.


Ce qu’il faut retenir : une société qui punit les faibles et protège les puissants

Ces trois affaires, aussi différentes soient-elles, racontent la même histoire. Celle d’un pays où la justice n’est pas la même pour tout le monde.

  • Pour les policiers, l’impunité est la règle. Même quand un tir est jugé "non réglementaire", même quand une vie est prise, les procédures traînent, les sanctions sont rares, et les hiérarchies couvrent leurs agents.
  • Pour les teufeurs, la répression est systématique. Parce qu’ils refusent de payer des salles, parce qu’ils échappent aux circuits commerciaux, parce qu’ils représentent une liberté que l’État ne contrôle pas, on les traque, on les disperse, on les criminalise.
  • Pour les agresseurs sexuels, le silence est souvent la première réponse. Parce qu’ils sont médecins, kinés, notables, on préfère douter des victimes plutôt que de remettre en cause des carrières ou des réputations.

La France n’est pas le pays des droits de l’homme. C’est le pays où les droits dépendent de qui vous êtes, de qui vous connaissez, et de qui vous menacez. Et tant que cette logique ne sera pas brisée, les Nahel, les Lyhanna et les teufeurs continueront de payer le prix de nos renoncements.