Géopolitique : Ukraine, Chine et extrême droite, les fronts qui engagent la France
Frappes russes en Ukraine, tensions commerciales avec la Chine et polémique au RN : trois dossiers géopolitiques qui testent la crédibilité de Paris en ce début d'automne 2026.
L’automne 2026 s’ouvre sur une séquence géopolitique tendue pour la France, où les crises internationales croisent les turbulences politiques intérieures. Entre les frappes russes en Ukraine, qui rappellent la fragilité de la sécurité européenne, les négociations commerciales avec la Chine, sous haute tension, et les révélations sur le passé de Jordan Bardella, qui ébranlent le Rassemblement national, Paris doit composer avec des dossiers aussi urgents que sensibles. Trois fronts qui interrogent la capacité de la diplomatie française à peser dans un monde de plus en plus fragmenté.
Ukraine : les frappes russes relancent le débat sur l’engagement français
La guerre en Ukraine a repris une tournure dramatique mercredi, avec une série de frappes russes ayant fait au moins 28 morts, dont cinq enfants dans un immeuble de Prylouky, dans le nord du pays. Moscou a revendiqué ces attaques, ciblant selon ses dires des sites de production de missiles et de drones à Kiev, Prylouky et Krementchouk. Pour la première fois depuis plusieurs mois, l’armée ukrainienne semble avoir été prise de court, malgré les systèmes de défense aérienne fournis par les Occidentaux.
Ces frappes interviennent dans un contexte où l’engagement militaire de la France en Ukraine est de plus en plus questionné. Paris, qui a livré des systèmes de missiles SCALP et des drones, fait face à des critiques croissantes sur le rythme et l’ampleur de son soutien. Certains alliés, comme les États-Unis et le Royaume-Uni, poussent pour une accélération des livraisons d’armes, tandis que d’autres, au sein même de l’Union européenne, s’interrogent sur la soutenabilité d’un effort de guerre prolongé. "La France doit clarifier sa position : est-elle prête à assumer un rôle de leader en Europe sur ce dossier, ou préfère-t-elle se ranger derrière les décisions de Washington et de Berlin ?", s’interroge un diplomate européen cité par Le Monde.
À quelques semaines d’un sommet de l’OTAN qui s’annonce houleux, la question de l’envoi de troupes françaises en Ukraine – même à des fins de formation – refait surface. Jusqu’ici, Emmanuel Macron a exclu cette option, mais les pressions internes et externes pourraient le contraindre à revoir sa copie.
Chine-UE : Bruxelles cherche une riposte face à l’hégémonie commerciale de Pékin
Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, entame ce jeudi une visite de deux jours en Chine, dans un climat de tensions commerciales croissantes. L’Union européenne, confrontée à un déficit commercial abyssal avec Pékin (près de 400 milliards d’euros en 2025), cherche à rééquilibrer une relation jugée trop déséquilibrée. "L’Europe ne peut plus se contenter d’être un marché pour les produits chinois. Nous devons défendre nos intérêts stratégiques, notamment dans les technologies vertes et les semi-conducteurs", a déclaré Sefcovic avant son départ.
Cette visite intervient alors que plusieurs États membres, dont la France et l’Allemagne, poussent Bruxelles à adopter une posture plus ferme. Paris milite notamment pour des droits de douane ciblés sur les véhicules électriques chinois, accusés de bénéficier de subventions déloyales. "Si nous ne réagissons pas, nos usines fermeront et nos emplois partiront en Chine", a averti Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, lors d’un récent déplacement à Berlin.
Mais la Chine, consciente de son poids économique, a déjà mis en garde l’UE contre toute mesure protectionniste. "Les relations commerciales doivent rester mutuellement bénéfiques. Toute tentative de découplage serait une erreur historique", a déclaré Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères, dans une interview accordée à RFI.
Pour la France, le défi est double : éviter une escalade qui pénaliserait ses entreprises exportatrices (notamment dans le luxe et l’aéronautique), tout en répondant aux attentes d’une opinion publique de plus en plus critique envers la dépendance chinoise.
Affaire Bardella : l’extrême droite française à l’épreuve de son passé
Le Rassemblement national (RN) traverse une crise sans précédent depuis les révélations de Mediapart sur des messages antisémites attribués à Jordan Bardella, son président, entre 2013 et 2015. Si ce dernier nie en être l’auteur, les accusations ont relancé le débat sur les liens historiques du parti avec l’extrême droite radicale. "Cette affaire rappelle que le RN, malgré sa stratégie de dédiabolisation, n’a jamais vraiment rompu avec son héritage", analyse un historien spécialiste de l’extrême droite, interrogé par Libération.
La réaction du parti a été immédiate… mais ambiguë. Marine Le Pen, figure tutélaire du mouvement, a d’abord minimisé l’affaire, avant de reconnaître, sous la pression, que "ces propos, s’ils étaient avérés, seraient inacceptables". Une position qui contraste avec la ligne habituelle du RN, prompt à dénoncer les "procès en sorcellerie" dès qu’il est mis en cause.
Pour Jordan Bardella, cette polémique tombe au pire moment. À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, où il est pressenti comme candidat, le jeune président du RN doit désormais composer avec une image écornée. "Le plan B, c’était de défendre l’erreur de jeunesse. Mais si les preuves s’accumulent, la stratégie pourrait vite devenir intenable", confie un élu du parti à L’Express.
Cette affaire pourrait aussi avoir des répercussions sur les alliances européennes du RN. Plusieurs partis d’extrême droite, comme la Lega italienne ou le FPÖ autrichien, ont déjà exprimé leur gêne face à ces révélations. "Si Bardella veut jouer un rôle au niveau européen, il devra clarifier son positionnement. L’antisémitisme n’est pas un détail dans la construction d’une alliance", souligne un diplomate bruxellois.
Ce qu’il faut retenir
Trois dossiers, trois défis pour la France en cette rentrée géopolitique :
- L’Ukraine reste le baromètre de l’engagement européen. Les frappes russes de mercredi ont rappelé que la guerre était loin d’être terminée, et que Paris devait encore préciser sa doctrine en matière de soutien militaire.
- La Chine teste la cohésion de l’UE. Entre dépendance économique et volonté de souveraineté, Bruxelles peine à trouver une ligne claire. La visite de Sefcovic à Pékin sera un test crucial.
- L’extrême droite française est rattrapée par son passé. L’affaire Bardella pourrait fragiliser le RN à un moment clé, alors que le parti cherche à se normaliser avant 2027.
Dans un contexte marqué par les incertitudes économiques et les tensions sociales en France, ces enjeux internationaux pourraient bien peser sur les choix stratégiques d’Emmanuel Macron – et sur les équilibres politiques du pays.