📰 Top Stories — Morocco

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Photo de Philip Strong sur Unsplash

TITLE: Maroc 2026 : herbes, routes et Parlement — les trois fronts d'une souveraineté qui trébuche SLUG: maroc-2026-herbes-routes-parlement EXCERPT: Le Maroc affiche des records touristiques et agricoles, mais les accidents, l’affaire Dar Taliba et un Parlement sans pouvoir révèlent ses fractures. Analyse. TOPICS: souveraineté économique, fractures sociales, gouvernance, tourisme, agriculture, sécurité routière, droits des enfants, diplomatie


Le Maroc brille, mais ses fissures s’élargissent

Le Royaume caracole en tête des destinations touristiques africaines, séduit l’Europe avec ses herbes aromatiques et voit son trafic aérien exploser. Pourtant, derrière ces succès, trois fronts s’enflamment : la route, qui tue ; le Parlement, qui ne décide pas ; et Dar Taliba, qui révèle l’impunité. Trois symptômes d’un État qui peine à tenir ses promesses.


1. Herbes aromatiques : le Maroc séduit l’Europe, mais à quel prix ?

Le persil, la coriandre et la menthe marocains inondent les supermarchés européens. En 2026, le Royaume a profité des aléas climatiques chez ses concurrents – Espagne, Kenya, France – pour s’imposer comme fournisseur de référence. Résultat : +30 % d’exportations vers l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, selon Hespress. Une aubaine pour une filière qui emploie des milliers de petits producteurs dans le Souss et le Haouz.

Mais cette success story cache une réalité moins reluisante. Les herbes marocaines sont souvent cultivées dans des zones en stress hydrique, où l’irrigation intensive aggrave la pénurie d’eau. "Les Européens veulent des produits frais à bas prix, mais personne ne paie le vrai coût écologique", confie un agronome de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Le paradoxe est cruel : le Maroc exporte de l’eau virtuelle – celle nécessaire à la culture des herbes – alors que des régions entières souffrent de la sécheresse.

Pire, cette dépendance aux marchés européens expose le pays aux fluctuations des cours. Si demain l’Espagne se relève ou si l’UE impose des normes sanitaires plus strictes, des milliers d’emplois pourraient disparaître du jour au lendemain. La souveraineté alimentaire, promise par le Plan Maroc Vert, reste un mirage.


2. La route tue, et l’État regarde ailleurs

38 morts en une semaine. 2 002 accidents en milieu urbain. Des chiffres glaçants, révélés par la DGSN, qui confirment une tendance alarmante : la route est devenue un champ de bataille. Excès de vitesse, conduite en état d’ébriété, non-respect des feux rouges… Les causes sont connues, mais les solutions tardent.

Pourtant, le Maroc a les moyens d’agir. Les radars automatiques, déployés depuis 2016, ont fait chuter la mortalité de 20 % sur les axes équipés. Mais leur couverture reste limitée : seulement 15 % du réseau routier est surveillé. "On installe des radars là où c’est facile, pas là où c’est dangereux", déplore un ancien cadre de la Direction des routes.

Autre angle mort : la formation des conducteurs. Les auto-écoles marocaines sont souvent accusées de délivrer des permis contre des pots-de-vin, sans réelle évaluation des compétences. "On a des conducteurs qui ne savent pas lire un panneau, mais qui roulent à 120 km/h en ville", s’indigne un policier de Casablanca.

Le plus choquant ? L’État semble avoir abdiqué. Aucune campagne nationale de sensibilisation depuis 2022. Aucune réforme du code de la route. Aucune sanction exemplaire contre les récidivistes. Comme si la vie des Marocains n’était pas une priorité.


3. Dar Taliba : quand l’État protège les bourreaux

L’affaire du foyer Dar Taliba de Kariat Ba Mohamed a révélé l’ampleur des violences sexuelles subies par des mineures sous la protection de l’État. Des agressions présumées, des victimes réduites au silence, des responsables toujours en poste… Le scandale a provoqué une onde de choc, mais les réactions officielles restent timorées.

L’association Touche pas à mon enfant (TPAME) exige "une enquête impartiale et approfondie". Pourtant, les autorités traînent. Pourquoi ? Parce que Dar Taliba n’est pas un cas isolé. "C’est un système qui protège les agresseurs, pas les victimes", accuse Najat Anouar, présidente de TPAME. Dans de nombreux foyers et internats, les abus sont couverts par des réseaux de complicité, parfois liés à des responsables locaux.

Le plus inquiétant ? Le silence des politiques. Aucune déclaration du ministère de la Solidarité, aucune visite ministérielle sur place. Comme si l’affaire était déjà classée. Pourtant, les victimes, elles, attendent justice. Et le Maroc, lui, attend toujours une loi-cadre contre les violences faites aux enfants.


4. Parlement : un théâtre d’ombres sans pouvoir

Le projet de loi de finances 2026 a été adopté… sans que le Parlement n’y change grand-chose. C’est le constat accablant de l’association Simsim – Participation citoyenne, qui révèle dans un rapport que les débats parlementaires n’ont "aucun impact réel" sur les choix budgétaires.

Pourquoi ? Parce que le gouvernement présente un texte déjà ficelé, avec des hypothèses macroéconomiques non négociables. Les amendements des députés sont systématiquement rejetés, et les commissions parlementaires n’ont ni les moyens ni l’expertise pour challenger les propositions de l’exécutif. "Le Parlement marocain est une chambre d’enregistrement, pas un contre-pouvoir", résume un ancien député.

Cette impuissance législative a des conséquences concrètes. Les budgets sociaux (santé, éducation, logement) sont souvent sous-financés, tandis que les grands projets (autoroutes, stades, zones industrielles) bénéficient de crédits illimités. Résultat : les inégalités se creusent, et les citoyens n’ont plus confiance dans leurs représentants.


5. Tourisme : le miroir aux alouettes

+24 % de recettes touristiques en 2026. 18 % d’arrivées internationales en plus. Des chiffres qui font rêver, mais qui cachent une réalité moins rose. D’abord, cette croissance est tirée par quelques destinations phares : Marrakech, Agadir, Casablanca. Le reste du pays reste à l’écart. "Le tourisme marocain est un tourisme de luxe, pas un tourisme de masse équitable", explique un consultant du secteur.

Ensuite, cette manne profite surtout aux grands groupes hôteliers et aux investisseurs étrangers. Les petits riads, les artisans et les guides locaux voient à peine la couleur de cet argent. "On nous parle de records, mais moi, je n’ai jamais été aussi pauvre", confie un restaurateur de la médina de Fès.

Enfin, cette croissance est fragile. Elle repose sur une conjoncture exceptionnelle : l’Europe, en crise économique, cherche des destinations bon marché. Si demain l’Espagne ou la Turquie se relèvent, le Maroc pourrait perdre des parts de marché du jour au lendemain.


Ce qu’il faut retenir

Le Maroc de 2026 est un pays de contrastes. D’un côté, des succès économiques indéniables : herbes aromatiques, tourisme, trafic aérien. De l’autre, des fractures béantes : route meurtrière, Parlement fantôme, impunité des agresseurs.

Ces contradictions ne sont pas nouvelles, mais elles deviennent insupportables. Le Royaume a les moyens de ses ambitions – une jeunesse éduquée, des infrastructures modernes, une diplomatie active. Mais tant que l’État continuera à privilégier les symboles (stades, autoroutes, sommets internationaux) aux réformes structurelles (sécurité routière, justice sociale, transparence), ces fractures ne feront que s’élargir.

La question n’est plus de savoir si le Maroc peut devenir une puissance régionale, mais à quel prix. Et surtout, qui paiera la facture.