Botola, Ligue des Champions, alpinisme : le sport marocain à l'épreuve de ses sommets
Entre exploits en altitude, tensions en Ligue des Champions et derby rabattois tendu, le sport marocain oscille entre gloire internationale et fractures internes.
Nawal Sfendla : quand l’altitude révèle les limites du soutien national
Elle a enchaîné l’Everest et le Lhotse en moins de 48 heures, devenant la première Marocaine à réaliser cet exploit. Pourtant, Nawal Sfendla reste une héroïne discrète, presque invisible dans le paysage médiatique marocain. Son ascension, racontée par Hespress, révèle un paradoxe : le Maroc célèbre ses sportifs quand ils gagnent à l’étranger, mais peine à les accompagner avant.
Sfendla a dû financer elle-même une partie de son expédition, malgré les risques extrêmes – le Lhotse, quatrième sommet du monde, est réputé pour sa dangerosité. "L’Everest aurait pu suffire", écrit le média, soulignant l’absence de soutien institutionnel pour les disciplines hors football. Pourtant, son exploit dépasse le simple record : il interroge la capacité du Maroc à valoriser ses athlètes au-delà des terrains de foot.
La question se pose avec d’autant plus d’acuité que le Royaume mise sur le sport comme levier de soft power. Mais quel soft power quand les champions doivent se battre seuls ?
Ligue des Champions : le PSG triomphe, mais le foot marocain paie le prix de ses excès
Le PSG a remporté sa deuxième Ligue des Champions consécutive, un exploit historique pour le football français. Mais en France, la fête a viré au cauchemar : 416 interpellations, 7 policiers blessés, des débordements "absolument inacceptables" selon le ministre de l’Intérieur. Hespress rapporte ces chiffres avec une distance critique, comme pour rappeler que la gloire sportive ne justifie pas l’anarchie.
Au Maroc, cette finale a une résonance particulière. Ousmane Dembélé, héros du match, est un symbole des liens entre les deux pays. Pourtant, son parcours illustre aussi les fractures du football marocain : formé en France, il a choisi l’équipe de France, privant les Lions de l’Atlas d’un talent qui aurait pu changer la donne.
Plus largement, cette finale pose une question cruciale : le football marocain est-il capable de retenir ses talents ? Ilyas Chaira, relégué avec Oviedo mais courtisé par le Séville FC, incarne cette fuite des compétences. Le milieu offensif de 25 ans, auteur de 6 buts en Liga cette saison, pourrait quitter l’Espagne pour un club plus huppé – mais toujours loin du Maroc.
Botola : le derby de Rabat, miroir des tensions du football local
1-1 entre le FUS Rabat et l’AS FAR, un score qui résume bien l’état du championnat marocain : équilibré, mais sans éclat. Hespress décrit un match tendu, marqué par un but contre son camp et une égalisation dans les arrêts de jeu. Derrière ce résultat anodin se cache une réalité plus sombre : la Botola, malgré ses ambitions, reste un championnat de second plan, miné par des problèmes structurels.
Les FAR, deuxièmes au classement, sont le symbole de ces contradictions. Le club militaire, autrefois dominant, peine à retrouver son lustre d’antan. Son match nul contre le FUS, un rival direct, révèle des lacunes tactiques et une gestion sportive en demi-teinte. Pourtant, les FAR restent l’un des rares clubs marocains à pouvoir rivaliser avec les géants africains – comme en témoigne leur parcours en Ligue des Champions CAF, déjà évoqué dans nos colonnes.
Mais le vrai problème est ailleurs : la Botola souffre d’un manque de professionnalisme chronique. Entre infrastructures vieillissantes, salaires impayés et gouvernance opaque, le championnat marocain a du mal à retenir ses talents – et à attirer les investisseurs. Résultat : les meilleurs joueurs partent tôt, et ceux qui restent évoluent dans un écosystème fragile.
Ce qu’il faut retenir
- L’alpinisme marocain existe, mais sans filet : Nawal Sfendla a prouvé que le Maroc pouvait briller en altitude, mais son parcours solitaire interroge sur l’engagement des institutions. À quand un vrai plan de soutien pour les sports "mineurs" ?
- Le foot marocain perd ses talents, encore : Entre Dembélé qui choisit la France et Chaira qui pourrait quitter l’Espagne pour l’Europe, le Royaume peine à garder ses pépites. La Botola doit se professionnaliser, et vite.
- La Ligue des Champions, vitrine ou miroir déformant ? : Le PSG triomphe, mais les violences en France rappellent que le football reste un sport à deux vitesses : celui des stars, et celui des supporters. Au Maroc, cette fracture se double d’une question identitaire : comment construire une équipe compétitive quand les meilleurs jouent ailleurs ?
- Les FAR, symbole d’un football en quête de repères : Le club militaire, autrefois intouchable, montre les limites d’un modèle basé sur le prestige plutôt que sur la performance. Son match nul contre le FUS est un avertissement : sans réforme, la Botola risque de rester un championnat de second rang.
Le sport marocain est à un carrefour. Il peut continuer à célébrer ses exploits ponctuels – comme ceux de Sfendla ou du PSG – ou enfin se donner les moyens de ses ambitions. La question n’est plus de savoir si le Maroc peut briller, mais comment il compte le faire. Sans soutien institutionnel, sans gestion rigoureuse et sans vision à long terme, les sommets resteront des exceptions – et non la règle.