SFR, justice en miettes, OGM : la France qui concentre ses pouvoirs et ses renoncements

Rachat de SFR, défaillances judiciaires, dérégulation des OGM : trois fronts où l'État français cède à la logique du monopole, au mépris des citoyens et de la transparence.

SFR, justice en miettes, OGM : la France qui concentre ses pouvoirs et ses renoncements
Photo de Chris Bair sur Unsplash

La France de juin 2026 est un pays qui serre les rangs. Pas pour résister, mais pour survivre. Trois décisions, trois fronts, une même logique : concentrer le pouvoir, diluer les responsabilités, et laisser les citoyens face à des choix imposés. Le rachat de SFR par ses concurrents, les dysfonctionnements judiciaires dans l’affaire Lyhanna, et la dérégulation des nouveaux OGM dessinent une France où l’État préfère les oligopoles aux services publics, les procédures aux protections, et les lobbies à la démocratie. Analyse d’une journée qui résume des années de renoncement.


SFR : quand l’État organise la fin de la concurrence

C’est acté : SFR, troisième opérateur télécoms français, va être démantelé et partagé entre Bouygues Telecom, Free et Orange. Officiellement, c’est une "solution industrielle" pour sauver des emplois et optimiser les réseaux. Officieusement, c’est la fin programmée de la concurrence dans un secteur déjà dominé par trois géants. La France, qui a longtemps vanté son modèle de régulation stricte, vient de donner le feu vert à une concentration qui fera de l’Europe un terrain de jeu pour oligopoles.

Pourquoi ça compte ? Parce que cette décision ne tombe pas du ciel. Elle répond à une demande pressante des opérateurs, qui arguent depuis des années que la fragmentation du marché les empêche d’investir dans les infrastructures. Sauf que ces mêmes opérateurs ont passé la dernière décennie à se livrer une guerre des prix destructrice, avant de pleurer misère devant l’Autorité de la concurrence. Résultat : l’État, plutôt que de renforcer les règles, préfère les assouplir. Et tant pis si les consommateurs paieront la note sous forme de hausses de tarifs et de services dégradés.

Le plus ironique ? Cette concentration arrive au moment où l’Union européenne tente, timidement, de réguler les géants du numérique. La France, elle, fait le choix inverse : elle sacrifie un marché déjà fragile sur l’autel de la "compétitivité". Comme si, pour affronter les GAFAM, il fallait d’abord affaiblir ses propres champions. Une stratégie perdante, mais qui arrange bien les actionnaires.


Affaire Lyhanna : la justice française, machine à broyer les victimes

Dix mois après le meurtre de Lyhanna, 13 ans, la justice française est de nouveau sous le feu des critiques. Pas seulement pour les dysfonctionnements qui ont permis à son agresseur de récidiver, mais pour la manière dont elle traite – ou plutôt maltraite – ceux qui sont censés la faire fonctionner. Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a beau multiplier les sanctions depuis 2020, les affaires comme celle de Lyhanna montrent que le système reste une machine à broyer, où les victimes sont les premières sacrifiées.

Le problème n’est pas seulement individuel, mais structurel. Les magistrats, surchargés et sous-payés, commettent des erreurs ? Sans doute. Mais le vrai scandale, c’est que ces erreurs ne sont jamais assumées. Le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, promet une "réflexion" sur les sanctions. Une réflexion, vraiment ? Après des décennies de sous-investissement, de suppressions de postes et de réformes bâclées, on attendrait plutôt des actes. Au lieu de cela, l’État préfère pointer du doigt quelques "brebis galeuses" plutôt que de reconnaître que le système entier est défaillant.

Et les citoyens dans tout ça ? Ils paient le prix fort. Lyhanna est morte parce que la justice n’a pas fait son travail. Combien d’autres enfants, combien d’autres victimes devront encore être sacrifiés avant que l’État ne daigne agir ? La réponse, hélas, est dans la question.


OGM : la France signe son renoncement écologique

C’est une petite phrase dans un texte européen, mais elle change tout. La France, par la voix d’un collectif de professeurs de droit, vient d’avertir : le projet de dérégulation des nouveaux OGM est une "rupture insidieuse" avec les principes de précaution et de transparence qui fondaient la politique européenne depuis 30 ans. En clair, Bruxelles veut assouplir les règles pour faciliter l’arrivée de plantes génétiquement modifiées, sans étiquetage obligatoire ni évaluation sanitaire approfondie.

Pourquoi la France, pays qui a longtemps résisté aux OGM, se tait-elle aujourd’hui ? Parce que les lobbies semenciers ont gagné. Parce que l’agro-industrie, en crise de rentabilité, a besoin de nouveaux marchés. Parce que l’État, plutôt que de défendre l’intérêt général, préfère céder aux pressions des multinationales. Le résultat ? Les consommateurs ne sauront plus ce qu’ils mangent, les agriculteurs seront dépendants de quelques semenciers, et la biodiversité paiera le prix fort.

Le plus cynique, c’est que cette dérégulation arrive au moment où la France multiplie les discours sur la souveraineté alimentaire. Mais comment prétendre maîtriser sa production quand on abandonne le contrôle de ses semences ? La réponse est simple : on ne le peut pas. La France, une fois de plus, choisit la facilité – et les citoyens en paieront les conséquences.


Ce qu’il faut retenir

La journée du 8 juin 2026 résume à elle seule les choix d’un pays qui a perdu le sens de l’intérêt général. Concentration des télécoms, justice en miettes, agriculture livrée aux lobbies : trois fronts où l’État préfère les solutions de court terme aux réformes structurelles. Trois fronts où les citoyens sont les grands perdants.

La question n’est plus de savoir si la France peut encore résister à ces logiques. Mais combien de temps elle mettra à en payer le prix.