Maroc 2026 : quand la santé, l'Iran et les errants révèlent les failles de l'État

Réforme sanitaire, tensions Iran-USA, prolifération des animaux errants : trois fronts où le Maroc montre ses limites structurelles et géopolitiques.

Maroc 2026 : quand la santé, l'Iran et les errants révèlent les failles de l'État
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Quand la santé devient un territoire

Six Groupements sanitaires territoriaux (GST) sur douze sont désormais opérationnels. Derrière cette avancée administrative se cache une révolution silencieuse : le Maroc passe d’une logique d’équipements à une logique de territoires. Pendant des décennies, l’État a construit des hôpitaux, acheté des scanners, recruté des médecins. Mais personne ne regardait si ces infrastructures parlaient entre elles, si un patient de Tiznit pouvait être transféré à Agadir sans perdre trois jours dans les paperasses, ou si les données de Settat remontaient jusqu’à Rabat en temps réel.

Aujourd’hui, les GST doivent faire ce que l’État n’a jamais osé : coordonner les soins entre villes et campagnes, entre public et privé, entre prévention et urgence. Le défi est colossal. Dans un pays où les fractures territoriales se mesurent en heures de route et en degrés de température, la santé devient un test de souveraineté sociale. Les GST ne sont pas une réforme de plus. Ils sont le miroir des inégalités que le Maroc refuse de voir : entre ceux qui ont accès à un CHU climatisé et ceux qui meurent dans des dispensaires sans électricité.

L’Iran et les États-Unis : le Maroc dans le rétroviseur

Téhéran accuse Washington de saboter la diplomatie en frappant son territoire. Derrière cette escalade verbale se joue une partie bien plus large, où le Maroc a tout à perdre. Le Royaume n’a pas les moyens de choisir son camp. D’un côté, les États-Unis restent un partenaire stratégique, surtout depuis la reconnaissance de la marocanité du Sahara. De l’autre, l’Iran est un acteur clé dans la région, avec qui Rabat a rétabli des relations diplomatiques en 2023 après des années de tensions.

Le problème ? Le Maroc n’a pas de levier. Il ne produit pas de pétrole, ne possède pas d’armes nucléaires, et son soft power – le football, le cannabis thérapeutique, les phosphates – ne pèse pas lourd face à un conflit qui pourrait embraser le Golfe. Pire : une escalade entre Téhéran et Washington risquerait de faire flamber les prix de l’énergie, alors que le Maroc dépend encore à 90 % des importations pour son électricité. Dans ce jeu de dupes, le Royaume est condamné à regarder, impuissant, les grandes puissances décider de son sort économique.

Animaux errants : la loi qui cache l’échec

Le projet de loi 19.25 sur les animaux errants est présenté comme une avancée. En réalité, il révèle l’incapacité de l’État à gérer les conséquences de ses propres politiques. Depuis des années, les villes marocaines croulent sous les chiens et les chats abandonnés. Les campagnes, elles, voient proliférer les bovins et les ovins laissés à l’abandon par des éleveurs ruinés par la sécheresse. Le phénomène n’est pas nouveau, mais il a pris une ampleur inédite avec la crise climatique et la paupérisation des zones rurales.

Le gouvernement mise sur un cadre juridique pour régler le problème. Mais une loi ne nourrit pas un animal, ne vaccine pas un chien, ne stérilise pas un chat. Derrière les beaux discours sur la "santé publique" et la "sécurité", se cache une réalité crue : l’État marocain a abandonné ses territoires ruraux, et aujourd’hui, ce sont les animaux qui paient le prix de cette désertion. Les errants ne sont pas une nuisance. Ils sont le symptôme d’un système qui a cessé de fonctionner.

Ce qu’il faut retenir

  1. La santé comme miroir des inégalités : Les GST ne sont pas une réforme technique, mais un aveu. Le Maroc a construit des hôpitaux sans penser aux patients. Aujourd’hui, il doit rattraper vingt ans de négligence territoriale.
  2. L’Iran et les États-Unis, ou l’impuissance marocaine : Le Royaume n’a pas les moyens de peser dans un conflit qui pourrait faire exploser son économie. Sa diplomatie, si habile soit-elle, reste celle d’un pays sans leviers.
  3. Les animaux errants, symptôme d’un État défaillant : Une loi ne suffira pas. Tant que le Maroc ne résoudra pas la crise de ses campagnes, les rues de Casablanca et les routes du Souss continueront d’être peuplées de chiens, de chats et de vaches abandonnés.