Prions, IA et Ebola : l'innovation française face à ses angles morts sanitaires
Quand la France mise sur l'IA et l'espace, ses chercheurs alertent sur des risques sanitaires négligés : prions, Ebola et santé mentale des jeunes. Enquête sur des urgences invisibles.
Quand l’innovation oublie les urgences qui tuent
La France se rêve en championne de l’IA souveraine et de la conquête spatiale. Pendant ce temps, dans l’ombre des labos et des hôpitaux, des menaces sanitaires bien réelles progressent sans faire la une. Prions capables de franchir la barrière des espèces, Ebola qui ravage le Congo sur fond de guerre, adolescents en détresse psychique que le système scolaire ignore : ces crises ne génèrent ni subventions européennes ni plans ministériels flamboyants. Pourtant, elles dessinent les contours d’une souveraineté sanitaire en lambeaux.
Les prions, ce risque que la France a choisi d’ignorer
Des cerfs malades dans l’Illinois, des primates infectés en laboratoire : la maladie du dépérissement chronique (MDC), causée par des prions, vient de franchir une ligne rouge. Pour la première fois, des chercheurs ont démontré sa transmission à des primates non humains après des années d’incubation silencieuse. Le Monde révèle que cette avancée scientifique, publiée dans une revue spécialisée, relance le spectre d’une zoonose capable de toucher l’homme.
Pourquoi ce sujet devrait-il inquiéter la France ? Parce que notre pays a déjà payé le prix fort des prions avec l’épidémie de vache folle dans les années 1990. À l’époque, la réaction avait été tardive, coûteuse, et marquée par des mensonges d’État. Aujourd’hui, alors que les cas de MDC explosent en Amérique du Nord et en Scandinavie, la France brille par son silence. Aucune campagne de surveillance renforcée dans les élevages, aucun plan de recherche dédié. Les crédits publics, eux, filent vers l’IA médicale et les data centers énergivores.
Pourtant, une piste prometteuse émerge : une équipe française travaille sur un vaccin contre les prions pathogènes. Mais sans financement pérenne, cette innovation risque de rejoindre la longue liste des projets abandonnés faute de moyens. Pendant ce temps, les chasseurs français continuent d’importer du gibier en provenance de zones infectées, sans contrôle systématique. La souveraineté sanitaire, décidément, se mesure aussi à l’aune de ces négligences.
Ebola en RDC : quand la guerre tue plus que le virus
Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix, lance un cri d’alarme dans Le Monde : "Cette nouvelle épidémie d’Ebola pourrait devenir la plus meurtrière jamais enregistrée." En République démocratique du Congo (RDC), le virus se propage sur les ruines d’une guerre qui dure depuis des décennies. Les zones touchées sont inaccessibles aux équipes médicales, les populations fuient les combats et propagent l’infection, et les groupes armés pillent les centres de soins.
La France, qui se targue d’être une puissance humanitaire, brille par son absence. Aucune initiative diplomatique majeure pour imposer un cessez-le-feu sanitaire, aucun plan d’urgence pour soutenir les ONG locales. Pourtant, l’histoire récente montre que les épidémies ne s’arrêtent pas aux frontières. En 2014, Ebola avait frappé l’Afrique de l’Ouest avant de toucher l’Europe et les États-Unis. Aujourd’hui, avec des variants plus contagieux et une immunité collective affaiblie, le risque de propagation mondiale est réel.
Mukwege le dit sans détour : "Sans cessez-le-feu, nous ne pourrons pas contenir l’épidémie." Mais qui écoute ? À Paris, on préfère parler de régulation de l’IA ou de data centers. Comme si les algorithmes pouvaient vacciner les populations ou arrêter les balles.
Santé mentale des jeunes : le scandale des "coupe-file" qui n’existent pas
Santé publique France vient de publier deux enquêtes accablantes sur la santé mentale des jeunes. Chez les écoliers, les indicateurs de souffrance psychique sont en hausse. Chez les collégiens et lycéens, la situation est encore pire : dépression, anxiété, idées suicidaires progressent, surtout chez les filles. Face à cette crise, le gouvernement promet un "coupe-file" pour les élèves en détresse, censé leur permettre d’accéder plus rapidement aux soins.
Sauf que ce "coupe-file" n’existe pas. Ou plutôt, il existe sur le papier, mais pas sur le terrain. Les maisons des adolescents, déjà saturées, n’ont pas les moyens d’absorber cette nouvelle demande. Les pédopsychiatres, en nombre insuffisant, refusent de prendre de nouveaux patients. Et dans les services d’urgence, les jeunes en crise attendent parfois des jours avant d’être pris en charge.
Pire : dans certains hôpitaux, comme la Fondation Vallée, les mises à l’isolement en pédopsychiatrie sont devenues monnaie courante. L’agence régionale de santé (ARS) a épinglé ces pratiques, accusant les médecins de "banaliser" les restrictions de liberté. Les professionnels, eux, dénoncent un manque criant de moyens et une politique de santé mentale à court terme.
Pendant ce temps, les géants de la tech comme Meta dépensent des fortunes pour développer des robots "thérapeutiques" destinés aux adolescents. Une solution low-cost qui arrange bien les pouvoirs publics : plutôt que de former des psychologues ou d’ouvrir des lits, on externalise la prise en charge à des algorithmes. La France, championne autoproclamée de l’éthique numérique, ferme les yeux sur cette dérive.
L’IA dévore les budgets, mais qui paiera la facture sanitaire ?
Anthropic, start-up spécialisée dans l’IA, vient de révéler qu’un de ses clients a dépensé 500 millions de dollars en un mois pour utiliser son modèle Claude. Un chiffre qui donne le vertige, surtout quand on le compare aux budgets alloués à la recherche sur les prions ou à la lutte contre Ebola.
La France, elle, mise tout sur l’IA. Le plan "France 2030" prévoit des milliards d’euros pour développer des modèles souverains, former des ingénieurs, attirer les data centers. Mais à quel prix ? Les régions qui accueillent ces infrastructures voient leur facture énergétique exploser, sans que les retombées locales soient garanties. Et pendant ce temps, les hôpitaux publics manquent de lits, les chercheurs en santé publique peinent à financer leurs projets, et les épidémies progressent dans l’indifférence.
Donald Trump, lui, a trouvé un compromis pour réguler l’IA : un décret qui donne trente jours à l’État fédéral pour évaluer les nouveaux modèles avant leur mise sur le marché. Une mesure minimaliste, mais qui a le mérite d’exister. En France, on en est encore à débattre de la "souveraineté algorithmique" dans des colloques parisiens, tandis que les urgences sanitaires, elles, attendent.
Ce qu’il faut retenir : la souveraineté sanitaire n’est pas un slogan
La France a les moyens de ses ambitions technologiques. Elle a aussi les moyens de ses urgences sanitaires. Mais elle choisit de les ignorer.
- Les prions ne sont pas une menace théorique : ils ont déjà tué, et pourraient recommencer. Pourtant, aucune stratégie nationale n’existe pour les surveiller.
- Ebola tue en RDC, et la France regarde ailleurs. Sans cessez-le-feu, l’épidémie ne sera pas contenue. Sans soutien aux ONG, elle se propagera.
- La santé mentale des jeunes est en crise, mais le gouvernement se contente de promesses creuses. Pendant ce temps, les pédopsychiatres sont en burnout et les adolescents en détresse.
- L’IA dévore les budgets, mais personne ne se demande qui paiera la facture sanitaire de demain. Les data centers consomment de l’énergie, les start-up brûlent des millions, et les hôpitaux ferment des lits.
La souveraineté, ce n’est pas seulement posséder ses propres algorithmes. C’est aussi protéger sa population contre les menaces réelles, pas seulement celles qui font briller les yeux des investisseurs. Aujourd’hui, la France a choisi. Et son choix est clair : l’innovation avant la santé.