Pouvoir d’achat, ISR, énergie : les trois fronts qui testent l’économie française

Entre stagnation des salaires, flou des placements responsables et tensions sur les carburants, l’économie française affronte des défis structurels à six mois de la présidentielle.

Pouvoir d’achat, ISR, énergie : les trois fronts qui testent l’économie française
Photo de Markus Winkler sur Unsplash

Le pouvoir d’achat des Français stagne, malgré la baisse de l’inflation

Les chiffres publiés par Les Décodeurs (Le Monde) dressent un tableau contrasté de l’évolution du niveau de vie en France. Si l’inflation a reculé depuis son pic de 2023, passant de 5,2 % à 2,1 % en septembre 2026, les salaires, eux, n’ont pas suivi la même trajectoire. Entre 2022 et 2026, le salaire moyen net a progressé de seulement 3,8 % en termes nominaux, soit une perte de pouvoir d’achat de près de 1,5 % une fois l’inflation déduite. Cette stagnation touche particulièrement les ménages modestes, dont les dépenses contraintes (logement, énergie, alimentation) absorbent une part croissante des revenus.

Les données de l’INSEE confirment cette tendance : en 2026, le revenu disponible brut des ménages a augmenté de 1,2 % en volume, contre 2,5 % en 2021. Les aides sociales et les revalorisations du SMIC ont atténué l’impact pour les plus précaires, mais les classes moyennes, souvent exclues des dispositifs ciblés, subissent de plein fouet la hausse des prix de l’immobilier et des assurances. À Marquette-lez-Lille, dans le Nord, un magasin Lidl illustre cette réalité : les clients interrogés par Le Monde évoquent des arbitrages de plus en plus serrés, entre les courses et les factures d’énergie.

Cette situation alimente les tensions sociales, à six mois de l’élection présidentielle. Les syndicats, comme la CGT ou FO, réclament des mesures d’urgence, tandis que le gouvernement mise sur une reprise de la consommation pour relancer la croissance. Pourtant, les perspectives restent incertaines : la Banque de France table sur une croissance de 1,1 % en 2026, un rythme insuffisant pour résorber les inégalités.


L’investissement socialement responsable, victime de son succès ?

L’investissement socialement responsable (ISR) devait être la solution pour concilier rendement et impact positif. Pourtant, trois ans après l’entrée en vigueur de la réglementation européenne SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation), les épargnants français boudent encore ces placements. Selon une enquête de Le Monde, moins de 15 % des particuliers ont souscrit à des fonds labellisés ISR, malgré une offre pléthorique : trois labels coexistent (ISR, Greenfin, Finansol), chacun avec ses propres critères, rendant le marché illisible pour les non-initiés.

Les professionnels du secteur pointent du doigt la complexité des règles. « Les épargnants ne comprennent pas la différence entre un fonds article 8 et un article 9 », explique un gestionnaire de patrimoine parisien. La réglementation européenne, qui classe les fonds en fonction de leur degré d’engagement environnemental et social, a créé une jungle de sigles et de définitions. Résultat : les particuliers préfèrent se tourner vers des placements plus simples, comme les comptes à terme, dont les encours ont dépassé ceux du Livret A en 2026.

Autre frein : le rendement. Les fonds ISR affichent des performances inférieures à celles des indices traditionnels sur les trois dernières années. « Les épargnants veulent à la fois sauver la planète et gagner de l’argent », résume un analyste. « Or, les deux ne sont pas toujours compatibles. » Face à ce constat, l’Autorité des marchés financiers (AMF) envisage de simplifier les labels, mais les discussions traînent, laissant les épargnants dans le flou.


Carburants : l’Europe divisée face à la flambée des prix

Les chefs d’État et de gouvernement réunis à Bruxelles les 15 et 16 octobre ont échoué à trouver une réponse commune à la hausse des prix de l’énergie. Alors que le baril de Brent dépasse les 95 dollars, les Vingt-Sept restent divisés sur les mesures à adopter. La France et l’Allemagne, traditionnellement moteurs de l’UE, s’opposent sur la stratégie à suivre : Paris plaide pour un plafonnement des prix du gaz, tandis que Berlin craint que cette mesure ne décourage les investissements dans les énergies renouvelables.

Cette impasse intervient dans un contexte géopolitique tendu. L’accord conclu entre Donald Trump et Vladimir Poutine sur le diesel russe a semé le trouble en Europe. Les États-Unis, soucieux de faire baisser les prix à la pompe avant les élections de mi-mandat, ont accepté de lever partiellement les sanctions contre Moscou, en échange d’un engagement à ne pas cibler les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Une décision qui fragilise le front occidental et complique la tâche de l’UE, toujours dépendante du gaz russe pour une partie de ses approvisionnements.

Sur le terrain, les conséquences sont déjà visibles. En France, les prix à la pompe ont augmenté de 8 % depuis le début de l’année, atteignant en moyenne 1,85 euro le litre de sans-plomb 95. Les transporteurs routiers, déjà touchés par la hausse des coûts, menacent de bloquer les raffineries si aucune mesure n’est prise. « Nous sommes au bord de la rupture », alerte un responsable de la FNTR (Fédération nationale des transporteurs routiers). Face à cette crise, l’exécutif français envisage des aides ciblées, mais le budget 2027, déjà sous tension, limite les marges de manœuvre.


Ce qu’il faut retenir

  1. Un pouvoir d’achat en berne : Malgré la baisse de l’inflation, les salaires stagnent, et les ménages modestes subissent une érosion de leur niveau de vie. Les classes moyennes, exclues des aides ciblées, sont les plus touchées.
  2. L’ISR, un marché en panne de lisibilité : La multiplication des labels et la complexité des règles européennes découragent les épargnants. Sans simplification, ces placements risquent de rester marginaux.
  3. L’Europe impuissante face à la crise énergétique : Les divisions entre États membres et l’accord Trump-Poutine sur le diesel russe compliquent la recherche d’une solution commune. Les prix à la pompe continuent de grimper, alimentant les tensions sociales.

À six mois de la présidentielle, ces trois fronts dessinent les contours d’une économie française sous pression, où les défis structurels (transition écologique, pouvoir d’achat, souveraineté énergétique) peinent à trouver des réponses politiques claires.