UE-Canada : un sommet pour contrer Trump et sécuriser les minerais stratégiques
À Montréal, Bruxelles et Ottawa lancent un partenariat sur les minerais critiques et le numérique, face aux tensions commerciales avec Washington. Un rapprochement sous contraintes.
Ce jeudi s’ouvre à Montréal un sommet de deux jours entre l’Union européenne et le Canada, marqué par une double urgence : réduire la dépendance aux États-Unis de Donald Trump et sécuriser l’accès aux minerais critiques, essentiels à la transition énergétique. Un rapprochement qui révèle les fragilités de Bruxelles face à ses propres divisions.
UE-Canada : un partenariat sous tension face à Trump
L’Union européenne et le Canada entament jeudi à Montréal des négociations pour élargir leur coopération dans quatre domaines clés : les minerais stratégiques, le commerce numérique, la recherche et la mobilité des jeunes. Officiellement, il s’agit de "renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement" et de "promouvoir des standards communs" dans un contexte de rivalité technologique avec la Chine et les États-Unis. Mais en coulisses, c’est bien la politique protectionniste de l’administration Trump qui pousse Bruxelles à chercher des alternatives.
Les tensions commerciales entre l’UE et Washington se sont aggravées ces derniers mois, notamment sur les subventions aux véhicules électriques et les droits de douane sur l’acier. "Le Canada offre une porte d’entrée vers l’Amérique du Nord sans passer par les fourches caudines de Trump", résume un diplomate européen cité par RFI. Ottawa, qui a signé un accord de libre-échange avec l’UE en 2017 (CETA), dispose en effet d’un accès privilégié au marché américain via l’USMCA, l’accord commercial liant les États-Unis, le Mexique et le Canada.
Pourtant, ce sommet pourrait bien accoucher d’un compromis a minima. Plusieurs États membres, dont l’Allemagne, freinent des quatre fers sur l’idée d’accorder au Canada le statut de "membre associé" de l’UE, une formule qui lui donnerait un accès élargi aux programmes européens de recherche et d’innovation. Berlin craint notamment que cette ouverture ne crée un précédent pour d’autres pays, comme le Royaume-Uni ou la Turquie. "L’Allemagne veut éviter que l’UE ne devienne une auberge espagnole", explique un analyste du Centre for European Reform. Résultat : Bruxelles devrait renoncer à cette qualification, se contentant de renforcer les coopérations sectorielles.
Imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs : le Sénat vote une mesure historique
Le Sénat a adopté mercredi, à une large majorité, une proposition de loi visant à rendre imprescriptibles les crimes sexuels commis sur les mineurs. Une première en France, où cette mesure était jusqu’ici réservée aux crimes contre l’humanité. Le texte, porté par la sénatrice centriste Annick Billon, doit encore être validé lors d’un vote solennel mardi prochain, puis en commission mixte paritaire.
Cette avancée législative intervient dans un contexte de libération de la parole sur les violences sexuelles, marqué par des affaires retentissantes comme celle de l’Église catholique ou du monde du sport. "La prescription est un obstacle majeur à la justice pour les victimes, qui mettent souvent des décennies à parler", a souligné Annick Billon lors des débats. Selon une étude de l’INSEE citée par Le Monde, près de 80 % des victimes de violences sexuelles dans l’enfance ne portent plainte qu’à l’âge adulte, souvent après 30 ans.
Pourtant, la mesure divise. Certains juristes craignent une "inflation mémorielle" et des difficultés à établir les preuves après des décennies. "L’imprescriptibilité peut aussi conduire à des erreurs judiciaires, dans un domaine où les témoignages sont souvent fragiles", met en garde l’avocat pénaliste Henri Leclerc. Le gouvernement, qui n’a pas pris position officiellement, pourrait tenter de moduler le texte en commission mixte, notamment en excluant les cas où les faits auraient été prescrits avant l’entrée en vigueur de la loi.
Thélyson Orélien exclu du Renaudot : l’IA s’invite dans les prix littéraires
Le jury du prix Renaudot a finalement écarté Thélyson Orélien de sa liste des finalistes, après avoir maintenu son roman C’était ça ou mourir en deuxième sélection malgré les accusations d’utilisation d’intelligence artificielle. Une décision qui relance le débat sur la place des outils numériques dans la création littéraire.
L’affaire avait éclaté début octobre, lorsque des internautes avaient repéré des similitudes troublantes entre des passages du roman et des textes générés par des IA comme MidJourney ou DeepL Write. Contacté par Le Monde, l’éditeur de Thélyson Orélien, Philippe Rey, avait défendu son auteur, arguant que "tout écrivain utilise aujourd’hui des outils numériques, qu’il s’agisse de correcteurs orthographiques ou de moteurs de recherche". Une position qui n’a pas convaincu le jury du Renaudot, présidé cette année par l’écrivain Pascal Bruckner.
Cette exclusion intervient alors que le monde littéraire français est de plus en plus confronté à la question de l’IA. En 2025, le prix Goncourt avait déjà suscité la polémique en récompensant un roman partiellement écrit avec l’aide d’une intelligence artificielle, avant de revenir sur sa décision sous la pression des éditeurs. "Le problème n’est pas l’outil, mais la transparence", estime l’écrivaine Leïla Slimani. "Si un auteur utilise une IA, il doit le dire, comme on signale une traduction ou une collaboration."
Pour l’heure, le Renaudot a choisi de ne pas trancher sur le fond, se contentant d’écarter le roman incriminé sans condamner explicitement l’usage de l’IA. Une prudence qui reflète les divisions du milieu : entre ceux qui y voient une révolution créative et ceux qui dénoncent une "triche" inacceptable.
Entre géopolitique, justice et culture, cette journée illustre les tensions d’une France et d’une Europe en quête de nouveaux équilibres. À Montréal, Bruxelles tente de desserrer l’étau américain, tandis qu’à Paris, le Sénat ouvre une brèche dans le droit pénal au nom de la protection des victimes. Dans les lettres, l’irruption de l’IA force les institutions à repenser les frontières de la création. Autant de fronts où les compromis d’aujourd’hui dessinent les lignes de fracture de demain.
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