Mondial 2026 : le Maroc face au piège américain des visas et des absents

Le Mondial 2026 s'annonce sous tension pour les Lions de l'Atlas : restrictions d'entrée aux États-Unis, forfaits de stars et une préparation perturbée par les calculs politiques.

Mondial 2026 : le Maroc face au piège américain des visas et des absents
Photo de Fancy Crave sur Unsplash

Le Mondial 2026 s’ouvre sur un terrain miné

Le Maroc aborde sa troisième participation consécutive à une Coupe du monde avec un mélange d’ambition et d’inquiétude. Mais cette fois, ce ne sont pas les adversaires sur le terrain qui posent le plus problème. Entre les restrictions d’entrée imposées par les États-Unis et les absences de joueurs clés, les Lions de l’Atlas jouent leur crédibilité sur un échiquier bien plus large que le football.

Les États-Unis ferment-ils la porte aux supporters marocains ?

À quelques jours du coup d’envoi, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a tiré la sonnette d’alarme. Volker Türk, Haut-Commissaire, a pointé du doigt les mesures d’immigration américaines, estimant qu’elles pourraient porter atteinte aux droits fondamentaux des supporters et des délégations. "Certaines procédures soulèvent des questions sur la dignité des personnes concernées", a-t-il déclaré, sans citer explicitement le Maroc. Mais dans le contexte d’un Mondial organisé en Amérique du Nord, les implications sont claires : les supporters marocains, déjà confrontés à des coûts de voyage prohibitifs, pourraient se heurter à des obstacles administratifs imprévus.

Cette mise en garde intervient alors que l’opération Marhaba 2026, lancée hier depuis Tanger Med, vise justement à faciliter le retour des Marocains résidant à l’étranger. Mais entre les contrôles renforcés aux frontières américaines et les délais d’obtention des visas, le risque est réel : une partie des supporters, ceux qui comptent sur un billet à prix réduit ou un voyage organisé, pourraient être exclus de la fête. Pour un pays qui a fait du Mondial 2022 au Qatar un symbole de fierté nationale, cette perspective est un camouflet.

Une préparation amputée par les absences

Sur le terrain, la situation n’est guère plus rassurante. La séance d’entraînement d’hier au New Jersey a confirmé les craintes : Noussair Mazraoui et Ez Abde, deux piliers de l’équipe, sont absents pour raisons physiques. Leur forfait, même temporaire, fragilise une défense déjà mise à mal par les blessures récurrentes de Nayef Aguerd. Pire, ces absences interviennent alors que le Maroc s’apprête à affronter le Brésil, un adversaire redoutable, dans un groupe où chaque point comptera.

Mais au-delà des aléas physiques, c’est la gestion politique de ces absences qui interroge. Pourquoi Mazraoui, blessé lors du match contre la Norvège, n’a-t-il pas été remplacé plus tôt ? Pourquoi la FRMF tarde-t-elle à communiquer sur l’état de forme de ses joueurs ? Ces questions en cachent une autre, plus profonde : le football marocain est-il encore capable de concilier performance sportive et calculs politiques ?

Said Belqola, un héritage oublié ?

Alors que les projecteurs se braquent sur les Lions de l’Atlas, un nom resurgit dans les débats : celui de Said Belqola. L’arbitre marocain, premier Africain à diriger une finale de Coupe du monde en 1998, incarne une époque où le Maroc pesait sur la scène footballistique mondiale. Vingt-huit ans plus tard, son héritage semble s’effriter. Les arbitres marocains brillent par leur absence dans les grandes compétitions, et la FRMF peine à imposer ses standards.

Pourtant, Belqola reste un symbole. Son parcours rappelle que le Maroc a déjà été un acteur majeur du football international, bien au-delà des performances de son équipe nationale. Aujourd’hui, alors que le pays mise sur le Mondial 2026 pour renforcer son soft power, cette mémoire est un rappel : le football marocain ne se résume pas à ses joueurs. Il se joue aussi dans les coulisses, entre gouvernance, diplomatie et respect des droits.

Ce qu’il faut retenir

Le Mondial 2026 ne sera pas qu’un test sportif pour le Maroc. Ce sera aussi une épreuve de souveraineté, où se joueront des enjeux bien plus larges que le football. Entre les restrictions américaines, les absences de joueurs et les failles de la gouvernance, les Lions de l’Atlas devront composer avec des défis qui dépassent le cadre du terrain. Et si le résultat final importe, c’est la manière dont le Maroc aura géré ces contradictions qui restera dans les mémoires. Une chose est sûre : cette Coupe du monde ne ressemblera à aucune autre.