Mondial 2026 : le Maroc qualifié, mais à quel prix pour sa société ?
Le Maroc se qualifie pour les 16es de finale du Mondial 2026, mais derrière l'exploit sportif se cachent des fractures sociales et des questions sur le coût réel de cette victoire.
Le Maroc a gagné. Quatre buts à deux contre Haïti, une qualification arrachée dans la douleur, et déjà les drapeaux rouges et verts flottent sur les places publiques. Mais dans les ruelles de Sidi Moumen comme dans les bureaux climatisés de Rabat, une question persiste : à quel prix ?
Le football, miroir grossissant des fractures marocaines
La victoire des Lions de l’Atlas mercredi soir à Atlanta n’a pas effacé les deux buts encaissés en première mi-temps, ni le but contre son camp de Yassine Bounou. Des erreurs qui en disent long sur l’état d’une équipe – et d’un pays – où la pression pèse plus lourd que les maillots. Mohamed Ouahbi, l’entraîneur, a salué "la force du collectif", mais c’est précisément ce collectif qui semble fissuré. Les joueurs entrés en cours de match ont sauvé la mise, comme si le Maroc ne pouvait compter que sur ses remplaçants pour éviter l’effondrement. Une métaphore trop parfaite pour être ignorée.
Derrière les exploits d’Achraf Hakimi et d’Ismaël Saibari, c’est toute une société qui joue son avenir. Le Mondial 2026, présenté comme une vitrine du soft power marocain, révèle en creux les déséquilibres du pays. Les stades flambant neufs côtoient des bidonvilles où l’eau courante reste un luxe. Les maillots des joueurs, vendus à prix d’or, contrastent avec le pouvoir d’achat d’une jeunesse qui manifeste encore contre le chômage. Et tandis que les caméras du monde entier se braquent sur les terrains, personne ne filme les files d’attente devant les hôpitaux publics.
Quand le terrain cache la crise des territoires
À 8 000 kilomètres d’Atlanta, une autre bataille se joue – et elle n’a rien de sportif. Trois habitantes de la région de Marrakech ont porté plainte contre le qaïd de la commune de Souihla, l’accusant de "Tghadi" (complicité) dans des constructions illégales et d’exploitation de son influence pour spolier des héritières. Leur plainte, adressée au wali de la région, décrit un système où le pouvoir local ferme les yeux sur les constructions anarchiques, au mépris des droits des citoyens.
Le cas n’est pas isolé. Dans tout le pays, les autorités locales sont pointées du doigt pour leur gestion opaque des terres et des permis de construire. À Casablanca, des promoteurs immobiliers érigent des tours sans autorisation. À Tanger, des quartiers entiers poussent comme des champignons, sans égouts ni écoles. Et à Marrakech, le patrimoine foncier de l’État se vend sous le manteau, tandis que les héritiers légitimes se battent devant les tribunaux.
Le football, lui, avance. Les Lions de l’Atlas ont leur billet pour les 16es de finale. Mais dans les tribunaux, les mairies et les rues, la question reste la même : qui protège vraiment les citoyens ?
Santé publique : le prix caché des nuits blanches
Pendant que le Maroc célèbre sa qualification, une étude australienne publiée par Science Alert jette une ombre sur les habitudes de sommeil des Marocains. Le quétiapine, un antipsychotique détourné en somnifère, serait responsable d’effets secondaires graves le lendemain de sa prise : somnolence, troubles de la concentration, voire risques accrus d’accidents de la route.
Le problème n’est pas anodin. Au Maroc, les troubles du sommeil touchent près de 30 % de la population, selon une étude de l’Institut national d’hygiène. Les raisons ? Stress économique, bruit urbain, chaleur étouffante. Et face à l’absence de solutions publiques, beaucoup se tournent vers des médicaments détournés de leur usage initial.
Le quétiapine, vendu sous le nom de Seroquel, est censé traiter la schizophrénie et les troubles bipolaires. Mais dans les pharmacies marocaines, il est souvent prescrit "hors AMM" (autorisation de mise sur le marché) pour lutter contre l’insomnie. Une pratique dangereuse, mais tolérée – faute de mieux.
Ce qu’il faut retenir : une victoire en trompe-l’œil ?
Le Maroc a gagné son match. Il a même battu Haïti après avoir été mené deux fois. Mais cette victoire, aussi belle soit-elle, ne doit pas faire oublier l’essentiel : un pays ne se résume pas à ses exploits sportifs.
Derrière les buts d’Hakimi et de Saibari, il y a des citoyens qui luttent pour leurs droits fonciers. Derrière les drapeaux agités, il y a des malades qui peinent à trouver des soins. Et derrière les stades pleins, il y a des rues où l’on dort mal, où l’on construit sans permis, où l’on manifeste contre l’abandon.
Le Mondial 2026 est une chance pour le Maroc. Mais une chance de quoi ? De briller sur la scène internationale ? Ou de régler, enfin, les problèmes qui minent le quotidien de millions de Marocains ?
La réponse, elle, n’est pas sur un terrain de football.