Coupe du Monde 2026 : le Maroc choisit New York, mais son foot reste à la traîne
Le choix du camp de base des Lions de l'Atlas aux États-Unis révèle les ambitions sportives du Maroc, mais aussi les retards structurels d'un football national en quête de souveraineté.
Le Maroc a posé ses valises à New York pour la Coupe du Monde 2026. Un choix symbolique, presque ironique : alors que les Lions de l'Atlas s'installent dans l'un des hubs mondiaux les plus connectés, leur propre pays peine à offrir des infrastructures dignes de ce nom à ses jeunes talents. Entre les promesses d'une génération dorée et la réalité d'un système qui craque de toutes parts, le Mondial 2026 s'annonce comme un miroir grossissant des contradictions marocaines.
New York, miroir des ambitions marocaines
La FIFA a officialisé le camp de base du Maroc pour le Mondial 2026 : The Pingry School, dans le New Jersey. Un choix stratégique, à moins de deux heures des stades de New York et de Philadelphie, où les Lions joueront leurs matchs de poule. L'infrastructure, présentée comme une "maison" par la FIFA, offre des installations sportives, médicales et logistiques dernier cri. De quoi faire pâlir d'envie les centres de formation marocains, souvent vétustes et sous-équipés.
Pourtant, ce choix n'est pas anodin. En s'installant aux États-Unis, le Maroc mise sur une visibilité maximale – le Mondial 2026 sera le plus médiatisé de l'histoire, avec 48 équipes et une couverture planétaire. Mais derrière cette stratégie de soft power se cache une réalité moins reluisante : le football marocain reste prisonnier de ses propres limites. Les fractures territoriales, dénoncées depuis des années, continuent de freiner l'émergence de nouveaux talents. Comment espérer rivaliser avec les géants du football quand des enfants meurent encore dans des accidents de transport scolaire ?
Transport scolaire : le drame qui révèle l'État absent
Vendredi dernier, un accident sur la route reliant Tarmilat à Zkit, dans la province de Khémisset, a coûté la vie à trois personnes, dont un élève de dix ans. L'Association de la jeunesse scolaire de Oulmès a immédiatement réagi, exigeant une "enquête immédiate, sérieuse et transparente". Leur communiqué est sans appel : "la dégradation des infrastructures" et "l'absence d'un transport scolaire sûr" sont directement responsables de ce drame.
Ce n'est pas un cas isolé. Les zones rurales marocaines, où vivent pourtant une grande partie des jeunes talents du pays, sont systématiquement négligées. Routes défoncées, bus vétustes, absence de contrôles : le transport scolaire est devenu un symbole des inégalités territoriales. Comment construire une équipe nationale compétitive quand une partie de la jeunesse est laissée pour compte ? Le contraste avec le camp de base new-yorkais est saisissant. D'un côté, des installations ultramodernes pour une poignée de joueurs professionnels. De l'autre, des enfants qui risquent leur vie pour aller à l'école.
La LGV avance, le foot stagne
Pendant ce temps, la LGV Kénitra-Marrakech progresse – près d'un tiers du chantier est déjà réalisé, selon le ministre des Transports Abdessamad Kayouh. Un projet phare, censé désenclaver les régions et moderniser le pays. Mais alors que les rails s'étendent à travers le Maroc, le football, lui, reste à quai.
Les aéroports marocains ont enregistré 36,3 millions de passagers en 2025, en hausse de 11 %. Une performance qui montre la vitalité du secteur touristique et économique. Pourtant, le football marocain, malgré ses récents succès, peine à suivre cette dynamique. Les clubs locaux manquent de moyens, les centres de formation sont inégalement répartis, et la gouvernance sportive reste opaque. Les FAR, finalistes malheureux de la Ligue des Champions africaine, en sont le parfait exemple : malgré leur statut de club historique, ils peinent à rivaliser avec les géants égyptiens ou sud-africains.
Ce qu'il faut retenir
Le Maroc a les moyens de ses ambitions sportives – du moins sur le papier. Le choix de New York pour le Mondial 2026 en est la preuve : le pays veut jouer dans la cour des grands. Mais cette ambition se heurte à une réalité bien moins glamour. Entre les drames du transport scolaire, les retards infrastructurels et une gouvernance sportive à la traîne, le football marocain reste un colosse aux pieds d'argile.
La Coupe du Monde 2026 sera un test. Pas seulement pour les Lions de l'Atlas sur le terrain, mais pour tout un système. Si le Maroc veut vraiment devenir une puissance footballistique, il devra d'abord régler ses fractures internes. Sinon, New York ne restera qu'un mirage – une parenthèse dorée dans un quotidien bien plus sombre.