Mondial 2026 : le Maroc part en guerre, mais contre qui vraiment ?

La liste des 26 est tombée. Derrière les noms, les non-dits : un sélectionneur sous pression, des egos à gérer, et un football marocain qui joue déjà contre son propre système.

Mondial 2026 : le Maroc part en guerre, mais contre qui vraiment ?
Photo de Michael Lee sur Unsplash

Le groupe des 26 : un miroir brisé

Mohamed Ouahbi l’a dit lui-même : la liste des 26 pour le Mondial 2026 a donné lieu à "de nombreuses hésitations". Traduction : des joueurs comme Sofiane Boufal, pourtant en forme lors du dernier stage, ont été écartés. Pas une surprise, mais une confirmation. Le football marocain ne manque pas de talents – il manque d’un système qui les révèle sans les user.

Derrière les noms retenus, une réalité crue : la sélection reste un assemblage de joueurs évoluant à l’étranger, souvent en Europe, avec quelques exceptions locales. Les FAR, le Wydad, la Raja ? Presque absents. Comme si le vivier national ne suffisait plus à alimenter l’équipe qui doit porter les espoirs d’un pays. Et pourtant, c’est bien au Maroc que se joue l’avenir du football – ou son déclin.

Ouahbi, l’homme qui doit sauver les apparences

Le sélectionneur a assumé ses choix, mais son discours trahit une pression invisible. "La liste était plus large", a-t-il lâché, comme pour justifier les absences. Derrière cette phrase, une vérité qui dérange : au Maroc, la sélection nationale est devenue un terrain miné. Entre les egos des joueurs, les attentes démesurées d’un public chauffé à blanc, et les critiques permanentes des médias, Ouahbi n’a pas le droit à l’erreur.

Pourtant, le vrai défi n’est pas sur le terrain. C’est dans les coulisses du football marocain que se joue la bataille. La Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) a beau multiplier les annonces – centres de formation, modernisation des infrastructures –, le système reste grippé. Les clubs locaux peinent à rivaliser avec l’Europe, les jeunes talents partent trop tôt, et ceux qui restent sont souvent mal encadrés.

Le Mondial 2026 : une vitrine, mais pour quoi ?

Le Maroc aborde cette Coupe du Monde avec des ambitions affichées. Mais derrière les slogans, une question persiste : que reste-t-il du "modèle marocain" qui avait fait vibrer le monde en 2022 ? À l’époque, les Lions de l’Atlas avaient atteint les demi-finales, portés par une génération dorée et une ferveur populaire sans précédent. Quatre ans plus tard, le paysage a changé.

Les infrastructures sont là – ou presque. Les stades, les centres d’entraînement, les hôtels : tout est prêt pour accueillir le monde en 2030. Mais le football, lui, semble en retard. La Botola, le championnat local, peine à attirer les foules. Les clubs marocains sont régulièrement éliminés dès les premiers tours de la Ligue des Champions africaine. Et les jeunes talents, quand ils émergent, sont immédiatement happés par l’Europe – parfois avant même d’avoir prouvé quoi que ce soit.

Le vrai adversaire : le système

Ouahbi a beau parler de "groupe solide" et d’"ambitions légitimes", le vrai défi du Maroc en 2026 ne sera pas l’Espagne, le Portugal ou le Canada. Ce sera de prouver que son football est capable de se réinventer. Que la sélection n’est pas qu’un assemblage de joueurs évoluant à l’étranger, mais le reflet d’un écosystème national en bonne santé.

Pour l’instant, les signes sont inquiétants. Les clubs locaux sont à la traîne. La formation des jeunes est inégale. Et la gouvernance du football marocain reste opaque, entre luttes d’influence et manque de transparence. Le Mondial 2026 sera une vitrine – mais une vitrine qui risque de révéler plus de fissures que de promesses.

Ce qu’il faut retenir

  1. La liste des 26 cache mal les faiblesses structurelles : un vivier national qui s’épuise, des clubs locaux en difficulté, et une dépendance croissante aux joueurs évoluant à l’étranger.
  2. Ouahbi est sous pression, mais le problème est plus large : la sélection nationale est devenue un symbole, mais un symbole fragile, qui repose sur des bases instables.
  3. Le Mondial 2026 sera un test – mais pas celui qu’on croit : le Maroc ne sera pas jugé sur ses performances face aux grandes nations, mais sur sa capacité à reconstruire un football national solide.
  4. Le vrai défi est interne : moderniser les clubs, former les jeunes, et repenser la gouvernance. Sans cela, les Lions de l’Atlas risquent de devenir une équipe sans territoire – et sans avenir.