Mehmet Sahan, cancer du sein au travail : les combats sociaux qui interrogent la France
Deux affaires révèlent les angles morts de la société française : l’oubli d’un cadre détenu en Azerbaïdjan et la reconnaissance des cancers professionnels. La colère lycéenne persiste.
Un Français oublié dans les geôles azerbaïdjanaises
Mehmet Sahan, 54 ans, est détenu en Azerbaïdjan depuis février 2022. Ancien directeur du bureau de Thales dans ce pays, ce Franco-Turc a été arrêté après une plainte de son employeur, qui l’accuse d’avoir détourné des fonds. Ses avocats, cités par Le Monde, dénoncent une procédure opaque et des conditions de détention « inhumaines ». Sahan, décoré de l’ordre national du Mérite en 2016, souffrirait de problèmes cardiaques non soignés. Ses proches et des associations réclament son rapatriement, mais les autorités françaises n’ont pas encore obtenu sa libération.
Cette affaire soulève des questions sur la protection des ressortissants français à l’étranger, surtout dans des pays où les règles judiciaires diffèrent radicalement des standards européens. Thales, contacté par Le Monde, n’a pas souhaité commenter, se retranchant derrière le « respect de la procédure en cours ». Pourtant, l’entreprise est pointée du doigt pour son manque de transparence : selon les avocats de Sahan, elle aurait fourni des documents à charge sans vérifier leur authenticité.
Cancer du sein et travail : un lien encore nié
Un collectif d’auteurs publie Ce que le travail fait aux femmes, un livre qui met en lumière les causes professionnelles des cancers du sein. Les autrices, dont la sociologue Anne Marchand, y recensent près de 200 produits chimiques et des facteurs comme le travail de nuit ou l’exposition aux rayonnements ionisants, responsables de milliers de cas chaque année en France. Pourtant, ces cancers ne sont presque jamais reconnus comme maladies professionnelles.
Les chiffres sont accablants : selon l’Institut national de veille sanitaire, 12 000 nouveaux cas de cancer du sein sont diagnostiqués chaque année chez des femmes en âge de travailler. Mais moins de 1 % d’entre eux sont imputés à des expositions professionnelles. Les secteurs les plus touchés ? La santé, la chimie et le nettoyage industriel. Les autrices pointent aussi le manque de données genrées dans les études épidémiologiques, qui minimisent les risques spécifiques aux femmes.
Le gouvernement a lancé en 2025 un plan de prévention des cancers professionnels, mais les associations estiment que les mesures restent insuffisantes. « On parle de reconnaissance, mais concrètement, rien ne change », déplore Marie-Christine Limame, l’une des autrices. Les salariées concernées se heurtent à des refus systématiques des comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), qui exigent des preuves souvent impossibles à fournir.
Mobilisation lycéenne : la colère persiste, le gouvernement temporise
Les lycées restent en ébullition. Ce jeudi 8 octobre, plusieurs syndicats étudiants appellent à un nouvel « acte IV » de la mobilisation, malgré les promesses du gouvernement. Sébastien Lecornu, ministre de l’Éducation nationale, a annoncé des « premières décisions » pour la fin du mois, sans préciser leur contenu. Une allocution du Premier ministre, mardi, n’a pas suffi à apaiser les tensions.
Les revendications restent les mêmes : plus de moyens pour les établissements, des salaires décents pour les enseignants et la fin de la précarité dans les lycées professionnels. « La sélection scolaire est là pour cacher la misère », analyse le sociologue Paul Pasquali, spécialiste de la reproduction sociale. Selon lui, le mouvement lycéen révèle une crise plus large : « L’école ne joue plus son rôle d’ascenseur social. Les jeunes le savent et le disent. »
Pourtant, le mouvement peine à s’élargir. Si certains lycées restent bloqués, comme Sciences Po Paris, fermé ce jeudi, d’autres ont repris les cours. Les syndicats de l’Éducation nationale appellent à une nouvelle journée de grève demain, mais l’exécutif mise sur l’essoufflement. « On ne lâchera pas », assure un lycéen de Seine-Saint-Denis, cité par Libération. « Ils veulent nous fatiguer, mais on est plus malins qu’eux. »
Ce qu’il faut retenir
- Mehmet Sahan : Un cadre français croupit en Azerbaïdjan depuis 2022, après une plainte de son employeur, Thales. Ses avocats dénoncent des conditions de détention « inhumaines » et réclament son rapatriement. L’affaire interroge la protection des ressortissants français à l’étranger et le rôle des grandes entreprises dans ces procédures.
- Cancer du sein et travail : Un livre révèle que des milliers de cancers du sein pourraient être liés à des expositions professionnelles. Pourtant, ces maladies sont rarement reconnues comme telles, faute de preuves exigées par les CRRMP. Les autrices appellent à une refonte des critères de reconnaissance.
- Mobilisation lycéenne : Malgré les promesses du gouvernement, les lycées restent mobilisés. Les syndicats appellent à une nouvelle journée d’action ce jeudi, tandis que le sociologue Paul Pasquali y voit le symptôme d’un système éducatif à bout de souffle.