Maroc 2026 : transport, santé et fractures sociales — les chantiers qui étouffent
Le Maroc accélère ses grands projets ferroviaires et aéroportuaires, mais les drames routiers et l’exercice illégal de la médecine dentaire révèlent des fractures structurelles. Analyse des urgences qui minent la souveraineté sociale.
Quand le TGV cache les nids-de-poule
Le Maroc mise gros sur le rail. 96 milliards de dirhams d’ici 2030, a annoncé le ministre Abdessamad Kayouh ce lundi. La LGV Kénitra-Marrakech ? Un tiers déjà réalisé. Un réseau régional en développement. Une modernisation du classique. Sur le papier, c’est la promesse d’un Maroc connecté, compétitif, souverain.
Mais sur le terrain, la réalité est moins reluisante. À Oulmès, trois morts vendredi dernier dans un accident de transport scolaire rural. Un enfant de dix ans parmi les victimes. L’Association de la jeunesse scolaire exige une enquête transparente. Elle pointe du doigt des infrastructures dégradées et l’absence de transport sécurisé. Le drame n’est pas isolé : c’est le énième symptôme d’un État qui investit dans le haut de gamme (LGV, aéroports) tout en laissant pourrir les routes secondaires et les services de base.
Kayouh se félicite des 36,3 millions de passagers aériens en 2025 (+11%). Mais combien de ces voyageurs viennent des zones rurales, où les routes sont des pièges mortels ? La NARSA, elle, appelle à la vigilance pour l’Aïd Al-Adha. Cinq heures d’attente à la frontière de Sebta. Des bouchons monstres. Des conducteurs épuisés. Le contraste est saisissant : d’un côté, des infrastructures flambant neuves pour les touristes et les hommes d’affaires ; de l’autre, un réseau routier vétuste qui tue.
Dentistes clandestins : quand la santé devient un luxe
À Rabat, l’Ordre national des médecins-dentistes tire la sonnette d’alarme. Les cabinets clandestins pullulent. Des soins non contrôlés. Pas de stérilisation. Des risques sanitaires majeurs. Pour les professionnels, c’est une "menace pour la sécurité sanitaire nationale".
Le problème est double. D’abord, l’accès aux soins. Dans les zones rurales et les quartiers populaires, les dentistes agréés sont rares. Les patients n’ont pas le choix : ils se tournent vers des praticiens illégaux, souvent moins chers. Ensuite, la régulation. L’État a-t-il les moyens de contrôler ces pratiques ? Les sanctions sont-elles dissuasives ?
Le Maroc dépense des milliards dans des projets pharaoniques (aéroports, LGV, stades). Mais quand il s’agit de santé publique, les moyens manquent. Résultat : des citoyens exposés à des risques évitables. La souveraineté sanitaire, c’est aussi ça — garantir des soins sûrs à tous, pas seulement aux élites.
Prix Maroc Jeunesse : célébrer les talents ou masquer les fractures ?
La troisième édition du Prix Maroc Jeunesse a récompensé des jeunes innovateurs ce week-end. Une initiative louable, selon le ministre Mohamed Mehdi Bensaid, pour "promouvoir la culture de la reconnaissance". Mais derrière les applaudissements, une question se pose : ces prix ne sont-ils pas un cache-misère ?
Le Maroc compte des millions de jeunes. Combien ont accès à l’éducation, à la santé, à des infrastructures dignes ? Combien sont condamnés à l’exode rural ou à l’émigration ? Le Prix Maroc Jeunesse célèbre quelques dizaines de talents. Mais que fait l’État pour les millions d’autres ?
Les inégalités territoriales sont criantes. À Oulmès, un enfant meurt dans un accident de transport scolaire. À Sebta, des familles attendent cinq heures pour traverser la frontière. À Rabat, on récompense des start-up. Le message est clair : le Maroc avance, mais pas pour tout le monde.
Ce qu’il faut retenir
Le Maroc 2026 est un pays de contrastes. D’un côté, des investissements massifs dans le rail et les aéroports, symboles d’une modernité assumée. De l’autre, des drames routiers et une santé publique défaillante, révélateurs d’un État qui peine à assurer ses missions régaliennes.
La souveraineté ne se décrète pas. Elle se construit sur le terrain, là où les citoyens en ont le plus besoin. Pas dans les discours ministériels, mais dans les routes de Oulmès, les cabinets dentaires de Rabat et les files d’attente de Sebta. Le Maroc a les moyens de ses ambitions. Reste à savoir s’il aura la volonté de les partager.