Maroc : quand l'innovation pharmaceutique se heurte aux calculs politiques
Le Maroc adopte un nouveau Code du médicament sous tension : modernisation promise, mais peines allégées et transparence climatique en question.
Le Maroc vient d’adopter un nouveau Code du médicament. Officiellement, c’est une « modernisation ciblée ». Dans les faits, c’est un compromis entre urgence sanitaire et calculs politiques – et les citoyens en paieront le prix.
Un Code du médicament à deux vitesses
La Chambre des conseillers a approuvé le projet de loi 27-26 mardi, avec 37 voix pour et 4 contre. Le ministre de la Santé, Amine Tehraoui, insiste : ces amendements répondent aux « mutations du secteur pharmaceutique ». Mais derrière les mots se cache une réalité moins reluisante.
D’abord, le texte évite soigneusement une refonte globale. Pourquoi ? Parce qu’une réforme en profondeur aurait exposé les failles du système : pénuries récurrentes, dépendance aux importations, et un secteur privé qui pèse plus lourd que l’intérêt général. En se limitant à des « ajustements prioritaires », l’État contourne le débat sur la souveraineté pharmaceutique – un sujet brûlant depuis la crise du Covid-19.
Ensuite, les peines pour mise en danger des animaux ont été allégées. L’article 38 du projet de loi sur la protection animale supprime désormais l’emprisonnement, ne laissant qu’une amende de 5 000 à 15 000 dirhams. Une décision présentée comme « pragmatique » par la majorité parlementaire. Pragmatique pour qui ? Pour les éleveurs industriels et les laboratoires qui testent sur les animaux ? Ou pour un État qui préfère éviter les procès médiatisés ?
L’IA et le climat : le Maroc dans le flou
Pendant ce temps, à Londres, Antonio Guterres exige plus de transparence sur l’impact climatique de l’intelligence artificielle. Le secrétaire général de l’ONU pointe du doigt les « coûts cachés » des data centers, ces monstres énergétiques qui alimentent l’IA. Son message est clair : « Si l’IA doit bâtir un avenir meilleur, elle doit dire toute la vérité sur ce qu’elle nous coûte aujourd’hui. »
Le Maroc, lui, reste silencieux. Pourtant, le pays mise sur les data centers pour attirer les géants du numérique – Amazon, Microsoft, et autres. Où en est l’évaluation de leur empreinte carbone ? Mystère. Le ministère de la Transition énergétique n’a pas répondu aux demandes d’éclaircissements. Une omission qui en dit long : dans un pays où l’eau et l’électricité deviennent des ressources rares, l’innovation ne peut plus se permettre d’être aveugle.
Agriculture : le partenariat France-Maroc, une vitrine sans garanties
Les entreprises françaises du secteur agroalimentaire se disent « prêtes à renforcer leurs investissements » au Maroc. Jean-Paul Torris, président du Pôle agricole du MEDEF, a salué « l’excellence de la collaboration » entre les deux pays lors d’une rencontre avec le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari.
Mais derrière les déclarations d’intention, les questions restent entières. Quel sera l’impact de ces partenariats sur les petits agriculteurs marocains, déjà fragilisés par la sécheresse ? Comment s’articulera cette coopération avec le plan national d’irrigation, qui promet de lier énergie verte et agriculture ? Et surtout, qui bénéficiera vraiment de ces investissements : les multinationales, ou les territoires ruraux ?
Le MEDEF parle d’« accompagner la grande ambition du Royaume ». Mais une ambition sans mécanismes de redistribution n’est qu’une vitrine – et le Maroc en a assez des vitrines.
Ce qu’il faut retenir
- Le Code du médicament est un pansement sur une jambe de bois : des ajustements techniques, mais pas de réforme structurelle. L’État évite soigneusement de remettre en cause les équilibres du secteur.
- L’IA avance, mais son impact climatique reste un angle mort : alors que l’ONU sonne l’alarme, le Maroc ne communique pas sur l’empreinte énergétique de ses data centers.
- Les partenariats agricoles France-Maroc sentent le greenwashing : des promesses de collaboration, mais aucune garantie pour les petits producteurs.
- La protection animale sacrifiée sur l’autel du pragmatisme : moins de prison, plus d’amendes – une façon de désamorcer les tensions sans résoudre les problèmes.
Le Maroc veut jouer dans la cour des grands en matière d’innovation. Mais pour l’instant, il le fait avec des compromis qui protègent les intérêts établis – pas les citoyens. Et ça, c’est un calcul politique qui pourrait bien se retourner contre lui.