Maroc 2026 : quand le numérique et l'identité redessinent la souveraineté
Le Maroc teste sa souveraineté numérique avec l'IA et la ZLECAf, tandis que l'amazighité s'institutionnalise. Deux fronts où le Royaume joue son avenir.
L'IA débarque, et le Maroc regarde ailleurs
Google a parlé. Depuis la Californie, Sundar Pichai a annoncé la révolution : Gemini, son modèle d'IA générative, va transformer tous ses services. Le moteur de recherche, Gmail, Android - tout sera repensé pour agir de manière autonome. Une annonce majeure pour l'écosystème numérique mondial, mais qui résonne étrangement au Maroc.
Pourquoi ? Parce que le Royaume, lui, est en train de jouer une autre partition. Celle de la souveraineté numérique. Cette semaine, le Maroc a été sélectionné comme pays pilote pour l'initiative ADAPT, un projet phare de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Objectif : digitaliser les échanges commerciaux et accélérer la création d'un marché unique africain. Aux côtés du Kenya et du Nigeria, le Maroc devient un laboratoire de cette ambition panafricaine.
Le contraste est saisissant. D'un côté, Google impose sa vision d'une IA omniprésente, contrôlée depuis les États-Unis. De l'autre, le Maroc mise sur une infrastructure numérique africaine, avec des règles et des standards conçus sur le continent. Une réponse géopolitique à la domination des géants technologiques américains et chinois.
Mais cette ambition se heurte à une réalité : le Maroc reste dépendant des plateformes étrangères. Gemini, ChatGPT, et les autres modèles d'IA sont inaccessibles sans une connexion aux serveurs américains. Le Royaume a-t-il les moyens de développer ses propres alternatives ? La question reste ouverte, mais une chose est sûre : l'IA n'est plus une option. Elle est devenue un enjeu de souveraineté.
L'amazighité, ou l'art de constitutionnaliser une identité
Pendant ce temps, dans les librairies de Casablanca, un ouvrage fait parler. "La question amazighe au Maroc : de l'institutionnalisation à la constitutionnalisation", de Mustapha Antra, retrace vingt ans de combat pour la reconnaissance de l'amazighité. Vingt ans qui ont vu cette identité passer du statut de revendication marginale à celui de pilier constitutionnel.
Le livre est préfacé par Abdellatif Aknouch, et sa couverture est signée Rachid Bakhouz. Deux détails qui en disent long. L'amazighité n'est plus cantonnée aux cercles militants. Elle s'affiche désormais dans les institutions, les universités, et même les galeries d'art. Une trajectoire institutionnelle qui culmine avec la Constitution de 2011, où l'amazigh devient langue officielle aux côtés de l'arabe.
Mais cette reconnaissance officielle cache une réalité plus complexe. Dans les faits, l'amazigh reste souvent relégué au second plan. Les administrations, les médias, et même les manuels scolaires continuent de privilégier l'arabe. Le débat sur l'identité nationale est loin d'être clos.
Pourtant, l'ouvrage de Mustapha Antra montre une chose : l'amazighité n'est plus une question de folklore. Elle est devenue un enjeu politique, culturel, et même économique. Une identité qui se négocie, se débat, et se construit au quotidien. Et qui, aujourd'hui, s'institutionnalise.
Ce que ces deux fronts disent du Maroc
L'IA et l'amazighité. Deux sujets qui semblent éloignés, mais qui racontent la même histoire : celle d'un Maroc en quête de souveraineté. Une souveraineté qui ne se limite plus aux frontières géographiques, mais qui s'étend au numérique, à la culture, et à l'identité.
Le numérique, d'abord. En misant sur l'initiative ADAPT, le Maroc fait un pari : celui d'une Afrique numérique indépendante. Un pari risqué, mais nécessaire. Car dans un monde où les données sont devenues le nouveau pétrole, la souveraineté numérique n'est plus une option. Elle est une condition de survie.
L'identité, ensuite. L'amazighité n'est plus une revendication. Elle est une réalité institutionnelle. Une réalité qui interroge : comment concilier une identité plurielle avec les exigences d'une nation unie ? La réponse est encore en construction, mais une chose est sûre : le Maroc ne peut plus ignorer cette question.
Ces deux fronts - numérique et identitaire - dessinent les contours d'un Maroc en mouvement. Un Maroc qui cherche à affirmer sa place dans un monde en pleine mutation. Un Maroc qui, entre dépendance technologique et affirmation culturelle, joue son avenir.