Maroc : quand l'énergie, le climat et la géopolitique s'entremêlent sur la côte méditerranéenne
Le projet de terminal flottant de GNL à Nador cristallise les défis énergétiques, climatiques et diplomatiques du Maroc. Entre dépendance espagnole, risques d'incendies et tensions migratoires, une équation complexe se dessine sur la côte méditerranéenne.
Pourquoi le terminal flottant de Nador est devenu un symbole
Le projet de terminal flottant de regazéification (FSRU) à Nador, envisagé depuis près d’une décennie, refait surface dans un contexte marqué par trois crises simultanées : énergétique, climatique et migratoire. Ce n’est pas un hasard. Le Maroc, qui importe encore près de 15 % de son électricité depuis l’Espagne – un chiffre confirmé par les rapports de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) – cherche depuis des années à diversifier ses sources d’approvisionnement en gaz naturel. Le FSRU de Nador, s’il voit le jour, permettrait au Royaume d’importer directement du gaz naturel liquéfié (GNL) sans dépendre des infrastructures espagnoles, notamment le gazoduc Maghreb-Europe, aujourd’hui inutilisé depuis la rupture des relations diplomatiques avec l’Algérie en 2021.
Pourtant, ce projet n’est pas seulement technique. Il s’inscrit dans une équation géopolitique plus large, où l’Espagne joue un rôle central. Les récentes tensions autour de Sebta, où plus de 8 000 migrants sont entrés en deux jours fin juillet, ont ravivé les débats sur les leviers de pression entre les deux pays. Si Madrid a officiellement rejeté toute idée d’utiliser les interdépendances énergétiques comme moyen de rétorsion, le simple fait que la question ait été posée – y compris par des responsables politiques espagnols – montre à quel point ces infrastructures sont devenues des enjeux de souveraineté.