Mondial 2026 : le Maroc joue sa place, mais le sport marocain joue son avenir
À trois jours du choc face à Haïti, les Lions de l’Atlas préparent leur qualification tout en révélant les fractures d’un écosystème sportif sous tension. Entre arbitrage controversé, gouvernance fragile et héritage post-Coupe du Monde, le Maroc doit gagner sur le terrain… et ailleurs.
Le Mondial 2026, miroir des calculs politiques marocains
Le Maroc aborde son dernier match de poule contre Haïti avec quatre points au compteur et l’assurance mathématique de figurer parmi les meilleurs troisièmes. Pourtant, cette rencontre du 24 juin à Atlanta n’est pas qu’une formalité sportive. Elle cristallise les tensions d’un football national tiraillé entre ambition internationale et réalités locales.
Selon Hespress, la FIFA a désigné l’arbitre néerlandais Danny Makkelie pour diriger ce match décisif. Un choix qui interroge : Makkelie, déjà au centre de polémiques lors de la Coupe du Monde 2022 pour son arbitrage controversé lors de la demi-finale Argentine-Pays-Bas, incarne les contradictions d’une institution qui prétend à la neutralité tout en naviguant dans les eaux troubles de la géopolitique sportive. Pour le Maroc, cette nomination n’est pas anodine. Après le match nul contre le Brésil (1-1) et la victoire étriquée face à l’Écosse (1-0), les Lions de l’Atlas savent que chaque décision arbitrale peut peser lourd. Surtout quand on se souvient des accusations de partialité portées contre la FIFA lors des précédents tournois, où les nations africaines ont souvent été les victimes collatérales de choix discutables.
Mais au-delà du terrain, c’est la gouvernance même du football marocain qui est en jeu. Le staff technique, dirigé par Mohamed Ouhabi, a pu compter sur l’intégralité de son groupe pour la préparation, sans blessure majeure à déplorer. Une rareté dans un contexte où les clubs locaux peinent à assurer la santé physique de leurs joueurs, entre calendriers surchargés et infrastructures vétustes. La Botola Pro D1, dont la 26e journée s’est jouée ce week-end, illustre cette fracture : alors que les clubs phares comme le Wydad ou l’AS FAR luttent pour le titre, les écarts de moyens avec les formations européennes où évoluent les internationaux marocains (Hakimi, Saïss, Ziyech) n’ont jamais été aussi béants. Comment justifier que le football local, qui alimente pourtant l’équipe nationale, reste le parent pauvre d’un écosystème où les enjeux financiers se concentrent sur quelques stars expatriées ?
Arbitrage, diplomatie et soft power : le Maroc dans l’arène mondiale
La désignation de Makkelie n’est pas qu’une question technique. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large où le sport devient un outil de diplomatie parallèle. L’étude publiée par le cabinet Affinytix, relayée par Hespress, révèle un décalage persistant entre les relations diplomatiques du Maroc et son image médiatique à l’étranger. Si le Royaume a renforcé son influence au sein de l’Union africaine – avec neuf postes clés attribués lors des dernières consultations –, cette progression ne se traduit pas toujours par une couverture médiatique favorable. Le sport, et particulièrement le football, est devenu l’un des rares leviers capables de contourner ces filtres éditoriaux.
La qualification pour les huitièmes de finale du Mondial 2026 serait un coup de projecteur sans précédent. Mais elle ne suffira pas à masquer les failles structurelles. Le crash d’un avion léger à Al Hoceïma ce dimanche, faisant deux victimes françaises, rappelle brutalement les risques liés à un secteur aérien local en quête de modernisation. Un symbole, peut-être, des infrastructures sportives elles-mêmes : brillantes lors des grands événements, mais fragiles au quotidien. Le Royal Complexe des sports équestres de Dar Es Salam, où le Prince Moulay Rachid a présidé la finale du Trophée Hassan II de Tbourida, incarne cette dualité. D’un côté, un patrimoine équestre célébré comme ambassadeur culturel ; de l’autre, des questions sur la pérennité de ces investissements dans un pays où les urgences sociales et climatiques se multiplient.
Tbourida et Botola : quand le folklore cache les fractures
La 25e édition du Trophée Hassan II de Tbourida, sous le haut patronage du Roi Mohammed VI, a été présentée comme une vitrine du patrimoine marocain. Pourtant, derrière les fastes de la cérémonie, se pose la question de la répartition des ressources. Dans un pays où les températures atteignent 45°C dans plusieurs régions – comme le souligne la Direction générale de la météorologie –, les budgets alloués aux sports traditionnels pourraient être perçus comme un luxe. Surtout quand la Botola Pro D1, championnat professionnel, peine à attirer les foules et à générer des revenus stables pour ses clubs.
Les résultats de la 26e journée, publiés par Hespress, montrent une ligue déséquilibrée : l’AS FAR écrase le Kawkab Marrakech (2-0), tandis que le Raja Casablanca s’impose de justesse face au COD Meknès (2-1). Ces écarts reflètent une concentration des talents et des moyens autour de quelques clubs, au détriment d’un développement homogène. Le football marocain est-il condamné à rester un vivier pour l’Europe, sans jamais construire une économie locale autonome ?
La réponse dépendra en partie de la capacité du Maroc à transformer l’essai du Mondial 2026. Une qualification pour les huitièmes de finale offrirait une visibilité accrue, mais aussi une responsabilité : prouver que le sport peut être un levier de cohésion nationale, et non un simple miroir des inégalités. À trois jours du match contre Haïti, les Lions de l’Atlas ont l’opportunité de montrer que le football marocain peut mordre sur le terrain… et mordre dans les débats qui agitent le pays.