Mondial 2026 : le Maroc entre blessures, chaleur et calculs politiques
Deux Lions de l'Atlas blessés à cinq jours du Brésil. La chaleur et les calculs politiques menacent la préparation du Maroc pour le Mondial 2026.
Quand le sort s’acharne sur les Lions
Cinq jours avant d’affronter le Brésil à East Rutherford, le Maroc voit son effectif se réduire comme peau de chagrin. Abdessamad Ezzalzouli, sorti sur blessure lors du match amical contre la Norvège (1-1), souffrirait d’une entorse du ligament interne du genou. Trois à quatre semaines d’indisponibilité, selon les premières estimations. Un timing cruel pour Mohamed Ouahbi, déjà privé de Noussair Mazraoui, remplacé prématurément dimanche. Deux titulaires potentiels en moins, alors que la sélection n’a plus droit à l’erreur.
Le hasard fait mal les choses. Ezzalzouli, auteur de performances remarquées en Liga cette saison, incarnait l’une des rares certitudes offensives d’une équipe marocaine en quête d’un nouveau miracle. Son absence risque de peser lourd face à une Seleção brésilienne qui, malgré les incertitudes autour de Neymar, reste une machine à attaquer. La star auriverde, blessée fin mai, poursuit sa "bonne évolution" selon la CBF, mais sa présence samedi reste incertaine. Un détail qui pourrait changer la donne pour les Lions.
La chaleur, ce troisième adversaire
À l’incertitude sportive s’ajoute une menace climatique. Les prévisions météorologiques pour mardi annoncent des températures élevées sur une grande partie du territoire, avec des pointes dans le Sud-Est et les provinces sahariennes. Un avant-goût des conditions que pourraient affronter les joueurs lors des matchs prévus aux États-Unis, où les stades climatisés ne suffiront pas toujours à atténuer l’impact de la canicule.
Le Maroc a déjà payé le prix fort de ces extrêmes climatiques. En 2022, lors du Mondial au Qatar, les joueurs avaient dû composer avec des températures dépassant les 30°C, malgré les horaires décalés. Cette fois, avec des matchs programmés en journée dans certaines villes hôtes, la question de l’acclimatation devient cruciale. Les staffs techniques devront adapter les entraînements, les temps de récupération, et peut-être même repenser les stratégies de jeu. Un défi supplémentaire pour une équipe qui mise sur son endurance et sa rigueur tactique.
Le football, otage des calculs politiques
Derrière les préoccupations sportives se profile un autre enjeu : la gouvernance du football marocain, de plus en plus instrumentalisée par le pouvoir politique. Le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a profité de la séance mensuelle à la Chambre des représentants pour brandir les chiffres du HCP et défendre son bilan économique. Un exercice de communication qui, indirectement, rappelle que le sport est aussi un outil de soft power.
Mais cette instrumentalisation a un prix. Les critiques se multiplient sur la gestion de la FRMF, accusée de privilégier les intérêts politiques au détriment des performances sportives. Le PJD, dans une question écrite au gouvernement, a pointé du doigt la concurrence déloyale subie par les producteurs de céréales locaux, malgré une bonne récolte. Un parallèle qui pourrait s’appliquer au football : malgré des résultats historiques, le système marocain reste fragilisé par des logiques extérieures au terrain.
Ce qui se joue vraiment
Le Mondial 2026 n’est pas qu’une compétition sportive. Pour le Maroc, c’est un test de résilience à plusieurs niveaux. Résilience physique, d’abord, avec des joueurs confrontés à des blessures et à des conditions climatiques extrêmes. Résilience organisationnelle, ensuite, avec une préparation perturbée par des calendriers serrés et des infrastructures parfois inadaptées. Résilience politique, enfin, dans un contexte où le sport est de plus en plus utilisé comme vitrine d’un pays en quête de leadership continental.
Les Lions de l’Atlas ont déjà prouvé qu’ils savaient défier les pronostics. Mais cette fois, les obstacles ne viennent pas seulement des adversaires. Ils sont aussi internes, climatiques, et politiques. Le match contre le Brésil sera un premier indicateur. Pas seulement de la forme des joueurs, mais de la capacité du Maroc à surmonter ses propres contradictions.