Maroc 2026 : quand l'IA, le cannabis et la canicule testent les limites de l'État
Le Maroc affronte trois fronts simultanés : une canicule historique, une réforme du cannabis qui patine et l'urgence d'une stratégie nationale pour l'IA. Trois défis qui révèlent les failles d'un État en tension.
Le Maroc se réveille ce dimanche sous 45°C, avec des orages qui ne rafraîchiront personne. Pendant ce temps, dans les montagnes du Rif, les paysans attendent toujours les promesses de la légalisation du cannabis. Et dans les salles de classe, l’intelligence artificielle s’installe sans cadre, sans garde-fous, sans stratégie. Trois fronts, une même question : l’État marocain est-il encore capable de gouverner ses urgences ?
Canicule : quand la météo expose l’État face à ses territoires
Ce dimanche, le thermomètre frôle les 45°C dans l’Oriental, le Saiss et les provinces du Sud. La Direction générale de la météorologie annonce des orages sur le Moyen Atlas, des rafales de vent dans l’Est, et des nuages bas sur les côtes – un répit illusoire. La chaleur, elle, reste. Et avec elle, les mêmes questions qui reviennent chaque été : où sont les plans d’urgence ? Pourquoi les régions les plus exposées, comme l’Oriental ou les provinces sahariennes, semblent-elles toujours prises au dépourvu ?
Les prévisions météo ne sont pas une surprise. Pourtant, chaque année, c’est la même improvisation : coupures d’eau, hôpitaux saturés, écoles fermées à la dernière minute. La canicule n’est plus un phénomène exceptionnel, mais une routine qui teste les limites d’un État centralisé, incapable de déléguer aux collectivités locales les moyens de gérer l’urgence. Résultat : les territoires les plus vulnérables – ceux-là mêmes qui subissent déjà les fractures sociales et économiques – paient le prix fort d’une gouvernance défaillante.
Cannabis légal : la réforme qui tourne au fiasco économique
Cinq ans après la légalisation du cannabis à usage médical et industriel, les promesses de développement pour le Rif sonnent creux. Sous les serres de Béni Oulid, dans la province de Taounate, les agriculteurs arrosent des plants qui devraient, en théorie, alimenter une filière florissante. En pratique, les coopératives peinent à obtenir des licences, les prix restent volatils, et les débouchés internationaux se font attendre.
La réforme devait transformer une économie informelle en moteur de croissance pour le Nord. Aujourd’hui, elle révèle les limites d’un État qui légifère sans accompagner. Les petits producteurs, ceux-là mêmes qui faisaient vivre la région depuis des décennies, se retrouvent pris en étau entre les lourdeurs administratives et la concurrence des grands groupes, souvent proches du pouvoir. Résultat : le cannabis légal reste un marché de niche, tandis que le trafic illégal prospère toujours.
Le Rif, déjà marginalisé, voit une nouvelle fois ses espoirs déçus. La légalisation devait être une révolution sociale et économique. Elle n’est, pour l’instant, qu’un ajustement cosmétique.
IA dans l’éducation : le Maroc en retard sur son propre futur
L’intelligence artificielle a déjà envahi les salles de classe marocaines. Les élèves l’utilisent pour leurs devoirs, les étudiants pour leurs mémoires, les enseignants pour préparer leurs cours. Pourtant, le Maroc n’a toujours pas de stratégie nationale pour encadrer son usage. Le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) tire la sonnette d’alarme : sans cadre, l’IA risque d’aggraver les inégalités, de creuser le fossé entre ceux qui savent l’utiliser et ceux qui en sont exclus.
Le constat est accablant : alors que les pays voisins, comme la Côte d’Ivoire, font de la souveraineté des données une priorité régionale, le Maroc traîne. Les recommandations du CSEFRS, adoptées lors de sa dernière assemblée générale, appellent à une "stratégie nationale intégrée" pour l’IA dans l’éducation. Mais entre les déclarations et les actes, il y a un gouffre.
Pourquoi ce retard ? Parce que l’IA bouscule les dogmes. Elle remet en cause les méthodes d’enseignement traditionnelles, elle questionne le rôle des enseignants, elle exige des investissements massifs dans les infrastructures numériques. Autant de défis que l’État marocain, déjà aux prises avec des urgences climatiques et économiques, semble incapable de relever.
Ce qu’il faut retenir : un État en tension permanente
Le Maroc de 2026 est un pays qui court après ses urgences. La canicule révèle l’incapacité de l’État à protéger ses citoyens les plus vulnérables. La réforme du cannabis montre les limites d’une légalisation sans accompagnement. L’absence de stratégie pour l’IA souligne un retard qui pourrait coûter cher.
Trois fronts, une même réalité : le Maroc a les outils pour innover, pour se réinventer, pour protéger ses territoires. Mais il manque une chose : la volonté politique de passer des promesses aux actes. En attendant, ce sont les citoyens – ceux des régions oubliées, ceux des salles de classe, ceux des serres du Rif – qui en paient le prix.