Gaza, Algérie, Soudan : les fronts géopolitiques qui mobilisent le Maroc
Le Maroc observe avec attention les tensions régionales, entre appel de l'ONU pour un cessez-le-feu à Gaza, levée du moratoire sur la peine de mort en Algérie et reconstruction de Khartoum. Analyse des enjeux.
Le Maroc se trouve ce mardi 6 octobre 2026 au cœur d’un jeu d’équilibres géopolitiques où se croisent les crises régionales et les dynamiques africaines. Entre l’appel de l’ONU pour un cessez-le-feu permanent à Gaza, la levée controversée du moratoire sur la peine de mort en Algérie et les efforts de reconstruction au Soudan, Rabat doit composer avec des dossiers qui engagent à la fois sa diplomatie, ses alliances et sa position sur la scène internationale.
Gaza : l’ONU pousse pour un cessez-le-feu permanent
Trois ans après l’attaque du 7 octobre 2023, le conflit entre Israël et le Hamas reste une plaie ouverte au Proche-Orient, et un sujet de préoccupation majeure pour le Maroc. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a plaidé lundi pour un « cessez-le-feu permanent » à Gaza, soulignant que « le moment est venu de permettre une aide humanitaire à grande échelle et de respecter le droit international ». Une position qui rejoint les appels répétés de Rabat en faveur d’une solution politique et d’un État palestinien viable.
Le Maroc, qui entretient des relations diplomatiques avec Israël depuis 2020 tout en défendant la cause palestinienne, se trouve dans une position délicate. Si le royaume n’a pas réagi officiellement à l’appel de Guterres, sa diplomatie a toujours insisté sur la nécessité d’une désescalade et d’un dialogue. Reste à savoir comment cette crise influencera ses relations avec Tel-Aviv, notamment dans les domaines économique et sécuritaire, où les échanges se sont intensifiés ces dernières années.
Algérie : la peine de mort relancée, l’opposition s’insurge
À l’est, l’Algérie a franchi un cap symbolique en engageant la levée du moratoire sur la peine de mort, une décision annoncée cet été par le président Abdelmadjid Tebboune. Après l’Assemblée nationale, le Sénat algérien doit désormais se prononcer sur cette mesure, qui s’appliquerait aux incendiaires et aux ravisseurs d’enfants. Une « régression » pour l’opposition, qui dénonce l’inefficacité de la peine capitale et le risque d’erreurs judiciaires.
Pour le Maroc, cette évolution pose plusieurs questions. D’abord, sur le plan humanitaire : le royaume, qui a aboli la peine de mort en pratique depuis des décennies, pourrait être amené à se positionner dans les instances internationales. Ensuite, sur le plan politique : la décision algérienne intervient dans un contexte de tensions persistantes entre les deux pays, notamment autour du dossier saharien. Si Rabat n’a pas encore réagi officiellement, cette mesure pourrait alimenter les critiques mutuelles, déjà exacerbées par les divergences sur la question du Sahara occidental.
Soudan : Khartoum entre ruines et espoirs de paix
Plus au sud, le Soudan tente de se reconstruire après dix-huit mois de guerre civile. Sous le contrôle de l’armée du général Abdel Fattah al-Burhane, Khartoum, une métropole de 7 millions d’habitants, porte encore les stigmates des combats. Pourtant, un comité civil tente d’y organiser un dialogue national, malgré le scepticisme de la population et l’opposition du chef des Forces de soutien rapide (FSR), Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemetti.
Le Maroc, qui a toujours entretenu des relations avec le Soudan, pourrait jouer un rôle dans cette transition. Rabat a déjà exprimé son soutien à la stabilité du pays, notamment dans le cadre de ses engagements africains. Mais la tâche s’annonce complexe : entre les rivalités internes, les ingérences étrangères et les défis humanitaires, la reconstruction du Soudan reste un chantier de longue haleine.
Ce qu’il faut retenir
Ces trois dossiers illustrent la complexité de la position marocaine sur la scène régionale. À Gaza, le royaume doit concilier ses liens avec Israël et son engagement historique en faveur de la Palestine. En Algérie, la levée du moratoire sur la peine de mort pourrait raviver les tensions, tandis qu’au Soudan, la reconstruction offre une opportunité de renforcer son influence en Afrique. Dans tous les cas, Rabat devra naviguer avec prudence, entre principes diplomatiques et réalités géopolitiques.