Lio, spéléologie urbaine et COP biodiversité : les fronts discrets de la culture et de l'écologie

Entre l'icône pop Lio qui revisite son parcours, les explorateurs clandestins des sous-sols parisiens et les avancées de la COP biodiversité, trois sujets qui éclairent les enjeux culturels et environnementaux de novembre 2026.

Lio, spéléologie urbaine et COP biodiversité : les fronts discrets de la culture et de l'écologie
Photo de selcuk sarikoz sur Unsplash

Le 1er novembre 2026 s’ouvre sous le signe des récits intimes et des explorations collectives. Entre une chanteuse qui revisite son histoire personnelle, des passionnés qui cartographient l’invisible sous Paris et une conférence internationale sur le vivant qui vient de s’achever, trois sujets dessinent les contours d’une actualité où culture et écologie se répondent. Sans tambour ni trompette, mais avec une résonance particulière en cette période de tensions sociales et de mobilisations.

Lio : quand la pop interroge les silences familiaux

L’interview accordée par Lio au Monde ce week-end dépasse le simple exercice de mémoire. À 62 ans, l’interprète de Banana Split et Amoureux solitaires y évoque pour la première fois publiquement le courage de sa mère, figure longtemps restée dans l’ombre de son propre récit. « J’ai été soumise aux hommes, ce qui ne m’a pas empêchée de tourner les talons », déclare-t-elle, liant son parcours artistique à cette émancipation tardivement assumée.

Ce qui frappe dans ce témoignage, c’est sa dimension générationnelle. Lio y décrit une enfance marquée par l’exil (de Mangualde au Portugal vers la Belgique) et par des dynamiques familiales où les femmes, bien que déterminantes, étaient reléguées au second plan. Une réalité qu’elle a reproduite dans ses premières années de célébrité, avant de prendre conscience de ces mécanismes. « Je ne serais pas arrivée là si ma mère n’avait pas été aussi forte », reconnaît-elle, soulignant combien cette prise de conscience a modifié sa manière d’envisager son héritage.

L’angle choisi par Le Monde – interroger une personnalité sur un moment décisif de son existence – prend ici une tournure politique. En mettant en lumière le rôle des femmes dans l’histoire culturelle, l’article rappelle que la pop, souvent réduite à son aspect commercial, est aussi un espace de transmission et de réappropriation des récits. À l’heure où les débats sur la place des femmes dans les industries créatives resurgissent régulièrement, ce portrait offre une perspective nuancée : celle d’une artiste qui, sans avoir toujours été maîtresse de son image, a fini par en faire un levier de liberté.


Sous Paris, l’archéologie clandestine des cataphiles

Ils s’appellent entre eux les « cataphiles », ces explorateurs des sous-sols parisiens qui, depuis des décennies, arpentent les carrières et galeries souterraines de la capitale. Leur terrain de jeu ? Un réseau de 300 kilomètres de tunnels, bien au-delà des catacombes officielles, où se mêlent histoire, urbanisme et contre-culture. Le reportage publié par Le Monde ce week-end lève le voile sur une pratique à la fois poétique et illégale, qui interroge notre rapport au patrimoine enfoui.

« C’est tellement inexploré qu’on pourrait croiser Xavier Dupont de Ligonnès », plaisante l’un d’eux, évoquant l’affaire judiciaire qui a marqué la France en 2011. Derrière l’humour, se cache une réalité plus sérieuse : ces spéléologues urbains documentent un Paris invisible, où se superposent les strates de l’histoire – des carrières du XVIIIe siècle aux bunkers de la Seconde Guerre mondiale, en passant par les vestiges des anciennes carrières de pierre. Certains y passent des nuits entières, équipés de lampes frontales et de cartes artisanales, dans des espaces où l’air est parfois vicié et les risques d’effondrement bien réels.

Leur activité, tolérée pendant des années, est aujourd’hui dans le collimateur des autorités. La préfecture de police a renforcé les contrôles depuis 2023, après plusieurs accidents et la découverte de trafics illicites dans certains secteurs. Pourtant, ces explorateurs se vivent comme les gardiens d’une mémoire collective. « On n’est pas des casseurs, on est des passeurs », explique l’un d’eux. Leur travail, bien que clandestin, a déjà permis de sauver des graffitis historiques ou de signaler des zones dangereuses aux services municipaux.

Le sujet dépasse le simple fait divers. Il pose la question de la patrimonialisation des espaces souterrains : comment concilier préservation, sécurité et accès à ces lieux ? À une époque où les villes se densifient et où le moindre mètre carré est valorisé, ces galeries représentent une forme de résistance à l’uniformisation urbaine. Elles rappellent aussi que l’histoire ne se limite pas aux monuments visibles – et que sa préservation passe parfois par des chemins détournés.


COP biodiversité : l’Arménie, un modèle inattendu de diplomatie verte

La 17e Conférence des Parties (COP) sur la biodiversité s’est close le 31 octobre à Erevan, en Arménie, sur un bilan que les observateurs qualifient d’« exemplaire ». Steven Guilbeault, ancien ministre canadien de l’Environnement et artisan de l’accord de Kunming-Montréal en 2022, a salué le travail de la présidence arménienne, soulignant sa capacité à faire avancer des dossiers complexes malgré un contexte géopolitique tendu.

L’accord de Kunming-Montréal, souvent présenté comme l’équivalent de l’Accord de Paris pour la biodiversité, fixait en 2022 des objectifs ambitieux : protéger 30 % des terres et des mers d’ici à 2030, réduire de moitié les pesticides, ou encore restaurer 30 % des écosystèmes dégradés. Quatre ans plus tard, les progrès restent inégaux. La COP17 d’Erevan a permis de débloquer plusieurs points de friction, notamment sur le financement des pays du Sud et la lutte contre le trafic d’espèces sauvages.

Ce qui distingue cette édition, c’est le rôle joué par l’Arménie. Le pays, souvent perçu comme un acteur secondaire sur la scène internationale, a su mobiliser des coalitions improbables, notamment avec des États d’Asie centrale et du Caucase. « Ils ont évité les grands discours et se sont concentrés sur des solutions concrètes », note Guilbeault, citant en exemple un accord sur la protection des corridors écologiques dans les zones montagneuses.

Pourtant, les défis restent immenses. Les engagements pris à Erevan devront être traduits en actions nationales, et les financements promis par les pays riches tardent à se matérialiser. La France, qui co-présidait les négociations sur les aires marines protégées, a annoncé un doublement de sa contribution au Fonds pour la biodiversité, sans préciser le calendrier. Un geste symbolique, mais qui illustre la difficulté à passer des promesses aux actes.

L’enjeu est désormais de transformer ces avancées en leviers concrets pour les écosystèmes locaux. En France, où la loi « Zéro artificialisation nette » (ZAN) suscite toujours des résistances, les conclusions de la COP17 pourraient servir d’argument aux défenseurs d’une approche plus ambitieuse. Reste à voir si les États sauront dépasser les clivages traditionnels pour faire de la biodiversité une priorité partagée – et non plus un sujet de négociations techniques.


Ce qu’il faut retenir

Trois sujets, trois manières d’aborder les liens entre culture et environnement. D’abord, le récit de Lio rappelle que la création artistique est indissociable des histoires personnelles – et que leur réappropriation peut devenir un acte politique. Ensuite, l’exploration des sous-sols parisiens interroge notre rapport au patrimoine : et si la préservation passait aussi par l’invisible ? Enfin, la COP biodiversité montre que les avancées écologiques dépendent souvent de diplomaties discrètes, loin des projecteurs médiatiques.

À l’heure où les mobilisations sociales occupent le devant de la scène, ces sujets offrent une respiration. Ils rappellent que la culture et l’écologie ne sont pas des domaines réservés aux experts, mais des champs où se jouent, au quotidien, des questions de mémoire, d’espace et de survie. Des enjeux qui, sans faire la une, n’en sont pas moins essentiels.