Maroc-France : quand l'économie partagée cache les fractures du partenariat
Le 1er juillet, une journée économique Maroc-France célèbre une "croissance partagée". Derrière les discours, les déséquilibres commerciaux et les tensions fiscales persistent.
Quand la "croissance partagée" sonne creux
Le 1er juillet, Paris accueillera une grand-messe économique Maroc-France sous le thème pompeux de "Un partenariat renforcé pour une croissance partagée". Derrière les sourires protocolaires et les tables rondes bien huilées, une question s’impose : partagée avec qui, et à quel prix ?
Officiellement, l’événement célèbre une relation économique "exemplaire". Dans les faits, les chiffres racontent une autre histoire. En 2025, la France restait le premier fournisseur du Maroc, avec un excédent commercial de près de 3 milliards d’euros en sa faveur. Une asymétrie structurelle que ni les discours ni les accords bilatéraux n’ont réussi à corriger. Pire : les investissements français au Maroc se concentrent dans des secteurs à faible valeur ajoutée – tourisme, immobilier, énergie – tandis que les transferts de technologie et les co-entreprises dans l’industrie restent marginaux. La "croissance partagée" ressemble davantage à une rente pour quelques grands groupes qu’à un véritable écosystème mutuellement bénéfique.
Le Mondial 2026, miroir des inégalités fiscales
Pendant ce temps, à Boston, les Lions de l’Atlas viennent d’offrir au Maroc sa deuxième victoire en Coupe du monde. Un exploit sportif qui s’accompagne d’un détail moins glorieux : la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) échappe à la double imposition américaine sur ses primes FIFA, contrairement à 30 autres fédérations qualifiées. Une aubaine fiscale qui rappelle une réalité cruelle : dans l’économie globalisée, tous les pays ne jouent pas avec les mêmes règles.
Le Maroc, grâce à son réseau de conventions fiscales, peut ainsi économiser plusieurs millions de dollars – une somme qui, ironiquement, dépasse souvent les budgets annuels de certaines fédérations africaines. Pendant que les discours officiels vantent la "solidarité" et le "partage", les mécanismes fiscaux internationaux creusent les écarts. La victoire contre l’Écosse n’est pas seulement sportive : elle est aussi financière. Et cette fois, le Maroc a su en tirer profit.
L’ONU sonne l’alarme, le Maroc regarde ailleurs
Alors que le Royaume célèbre ses succès économiques et sportifs, l’Organisation des Nations Unies publie un rapport alarmant sur l’aggravation de la faim dans le monde. Le Soudan, le Yémen et la Palestine y figurent en tête de liste des "foyers de la faim", mais le Maroc n’est pas épargné par les dynamiques régionales. La dépendance aux importations alimentaires, aggravée par les sécheresses récurrentes, expose le pays à des risques croissants.
Pourtant, dans les discours officiels, la souveraineté alimentaire reste un sujet marginal. Les priorités ? Les grands projets d’infrastructures, les partenariats avec l’Europe, et bien sûr, le Mondial 2026. Pendant ce temps, les petits agriculteurs marocains, ceux qui nourrissent réellement le pays, continuent de lutter contre la spéculation foncière et le manque d’accès à l’eau. La "croissance partagée" avec la France ne les concerne pas. Eux, ils partagent surtout la précarité.
Ce qu’il faut retenir
- Un partenariat déséquilibré : La relation économique Maroc-France reste marquée par des excédents commerciaux en faveur de Paris et une concentration des investissements dans des secteurs peu transformateurs. La "croissance partagée" est un slogan, pas une réalité.
- Le football, vitrine des inégalités : La victoire contre l’Écosse est aussi une victoire fiscale. Le Maroc profite de son statut pour échapper à la double imposition, un privilège que beaucoup d’autres pays ne peuvent pas se permettre.
- L’urgence alimentaire ignorée : Pendant que les élites économiques et sportives célèbrent leurs succès, les crises alimentaires s’aggravent. Le Maroc, dépendant des importations, reste vulnérable – un sujet absent des grands discours.
- L’économie des apparences : Entre les journées économiques à Paris et les victoires en Coupe du monde, le Maroc soigne son image. Mais derrière les projecteurs, les fractures persistent. La question n’est pas de savoir si le pays avance, mais pour qui.