Mondial 2026 : le Maroc 7e mondial, mais son football étouffe sous ses contradictions

Le Maroc atteint son meilleur classement FIFA (7e) à l'aube du Mondial 2026, mais derrière les exploits sportifs se cachent des fractures profondes : gouvernance opaque, dépendance aux clubs étrangers, et un écosystème qui peine à capitaliser sur ses talents.

Mondial 2026 : le Maroc 7e mondial, mais son football étouffe sous ses contradictions
Photo de Shai Pal sur Unsplash

Le Maroc entre dans l’histoire du football. Ce mercredi, la FIFA a officialisé ce que tout le monde pressentait : les Lions de l’Atlas pointent à la 7e place mondiale, leur meilleur classement de tous les temps. 1756,94 points, une position devant l’Allemagne, derrière le Brésil. Sur le papier, c’est une consécration. Dans les faits, c’est un miroir tendu à un football marocain qui brille malgré lui — et surtout, malgré ses propres contradictions.

7e mondial, mais à quel prix ?

La performance est indéniable. Le Maroc est la première nation africaine et arabe à atteindre ce rang, devant des géants comme l’Allemagne ou les Pays-Bas. Pourtant, cette ascension interroge. Comment un pays qui n’a jamais remporté de Coupe du Monde, ni même atteint les demi-finales avant 2022, peut-il se hisser si haut ? La réponse tient en deux mots : diaspora et dépendance.

La moitié des joueurs de la sélection évoluent en Europe, dans des clubs qui leur offrent une exposition et une compétitivité que le championnat local ne peut égaler. Achraf Hakimi (PSG), Hakim Ziyech (Galatasaray), Youssef En-Nesyri (Séville) — ces noms portent le Maroc, mais ils sont le produit d’un système qui les a formés ailleurs. Le paradoxe est cruel : le football marocain est devenu une puissance… en exportant ses talents.

Et quand ces talents reviennent au pays, comme lors du Mondial 2022, c’est souvent pour constater que l’écosystème local n’a pas suivi. Les infrastructures ? En retard. La formation ? Inégale. La gouvernance ? Opaque. Le classement FIFA, aussi flatteur soit-il, ne dit rien de ces fractures.


La gouvernance, ce cancer invisible

Derrière les exploits sportifs, la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) reste un mystère. Pas de transparence sur les contrats, pas de consultation des clubs locaux, pas de stratégie claire pour capitaliser sur les succès récents. Le rapport de Simsim – Participation citoyenne sur le projet de loi de finances 2026, cité par Hespress, pointe du doigt un Parlement marocain qui peine à influencer les choix budgétaires de l’État. Le football n’échappe pas à cette logique : les décisions se prennent en petit comité, loin des acteurs du terrain.

Pire, la FRMF semble plus préoccupée par son image que par les fondations du football marocain. Exemple : la Coupe du Monde 2026, coorganisée par le Canada, les États-Unis et le Mexique, est présentée comme une opportunité historique. Pourtant, personne ne pose la question qui fâche : quels bénéfices concrets pour le Maroc ? Les recettes touristiques, comme celles annoncées par l’ONU Tourisme (+24 % en 2026), profiteront-elles aux clubs locaux ? Aux académies de formation ? Aux stades de quartier ?

Rien n’est moins sûr. Le football marocain reste un géant aux pieds d’argile, capable de performances exceptionnelles, mais incapable de les transformer en leviers de développement durable.


Oussama El Azzouzi, symbole d’un système à la dérive

Le cas d’Oussama El Azzouzi est emblématique. Prêté à Auxerre cette saison, le milieu de terrain n’a disputé que quelques matchs, freiné par des blessures à répétition. Son retour à Bologne, son club formateur, sonne comme un aveu d’échec : le championnat français, réputé exigeant, n’a pas su — ou pas voulu — lui offrir les conditions pour s’épanouir.

Pourtant, El Azzouzi n’est pas un cas isolé. Combien de jeunes Marocains partent en Europe avec des rêves plein la tête, pour se retrouver sur le banc, loin des projecteurs ? Combien reviennent au pays sans avoir percé, faute d’un suivi médical et technique à la hauteur ? Le football marocain produit des talents, mais il ne sait pas les accompagner.

La faute à qui ? Aux clubs européens, qui voient les jeunes Africains comme des produits d’appel plutôt que comme des investissements à long terme ? À la FRMF, qui ne négocie pas de partenariats solides avec les grands clubs pour assurer un suivi de ses joueurs ? Aux académies locales, qui forment des athlètes sans leur donner les outils pour survivre dans le football professionnel ?


Le Mondial 2026, miroir grossissant des fractures

La FIFA a dévoilé l’album officiel de la Coupe du Monde 2026, un projet "musical et culturel le plus ambitieux jamais créé pour l’événement". 18 titres, des artistes du monde entier, une célébration de la diversité. Mais derrière cette vitrine clinquante, une question persiste : le Maroc sera-t-il plus qu’un figurant dans cette fête ?

Les Lions de l’Atlas ont les moyens de briller. Leur classement FIFA le prouve. Mais pour aller loin, il leur faudra plus qu’un effectif talentueux. Il leur faudra un système capable de les soutenir, de les former, de les protéger. Un système qui ne se contente pas de célébrer les victoires, mais qui travaille à en créer les conditions.

Aujourd’hui, le Maroc est 7e mondial. Demain, il pourrait être 5e, 3e, voire champion d’Afrique. Mais tant que les fractures — gouvernance, formation, dépendance aux clubs étrangers — ne seront pas comblées, ces exploits resteront des exceptions. Pas une règle.