Maroc 2026 : quand le foncier, la pêche et le Mondial révèlent l'économie des ombres

Le Maroc mise sur son foncier et ses ports pour doper l'économie, mais les hausses de prix pendant le Mondial et les records de pêche à Laâyoune révèlent des fractures persistantes.

Maroc 2026 : quand le foncier, la pêche et le Mondial révèlent l'économie des ombres
Photo de Youssef D sur Unsplash

Le foncier, nouvel eldorado de l'État marocain ?

13,7 millions d’hectares. C’est la superficie du patrimoine foncier de l’État marocain en juin 2026, selon Nadia Fettah. Une progression de 1,7 million d’hectares en six mois, fruit d’une opération d’immatriculation massive lancée par la Direction des domaines. Derrière les chiffres, une stratégie claire : transformer la terre en levier d’investissement et de création d’emplois. Mais pour qui ?

La ministre de l’Économie et des Finances a souligné que ce patrimoine devait accompagner les « grands chantiers » royaux. Comprenez : les mégaprojets touristiques, les zones industrielles et les infrastructures sportives liées au Mondial 2026. Pourtant, une question persiste : ces terres immatriculées profiteront-elles aux citoyens ou aux mêmes acteurs économiques qui monopolisent déjà les opportunités ?

Les exemples récents ne rassurent pas. À Casablanca, les prix de l’immobilier ont bondi de 15 % en un an, selon les notaires locaux, alimentés par la spéculation autour des projets liés à la Coupe du monde. Pendant ce temps, les budgets locaux peinent à financer les services de base, comme l’a révélé notre enquête sur les fractures territoriales. Le foncier devient-il un outil de développement ou un nouveau terrain de jeu pour les investisseurs ?


Laâyoune : la pêche côtière en hausse, mais à quel prix ?

À Laâyoune, les débarquements de pêche ont augmenté de 8 % en poids et de 3 % en valeur sur les cinq premiers mois de 2026. Une performance qui semble confirmer la stratégie marocaine de renforcer sa souveraineté maritime. Pourtant, derrière ces chiffres se cachent des réalités moins reluisantes.

Les poissons pélagiques, notamment, ont vu leurs quantités débarquées exploser de 55 %. Une hausse qui s’explique en partie par la surpêche dans les eaux sahariennes, où les quotas sont moins strictement contrôlés qu’au nord. Les pêcheurs artisanaux, eux, dénoncent une concurrence déloyale des chalutiers industriels, souvent liés à des groupes étrangers. « On nous parle de souveraineté alimentaire, mais ce sont les mêmes armateurs qui raflent tout », confie un marin de Dakhla.

Autre paradoxe : la valeur marchande des prises n’a progressé que de 3 %, malgré l’inflation des coûts de production. Une stagnation qui s’explique par la dépendance aux marchés européens, où les prix sont tirés vers le bas par la concurrence espagnole et mauritanienne. Le Maroc exporte des tonnes de poisson, mais à quel prix pour ses pêcheurs ?


Mondial 2026 : quand les cafés marocains surfent sur l’engouement… sans rien changer

Le Mondial 2026 devait être une vitrine pour le Maroc. Mais dans les cafés de Casablanca et Rabat, l’événement est devenu un prétexte pour augmenter les prix. Certains établissements ont majoré leurs tarifs de 30 à 50 % lors des matchs des Lions de l’Atlas, sans aucune amélioration des services.

Les professionnels justifient ces hausses par l’augmentation des coûts – abonnements TV, salaires, électricité. Pourtant, les clients interrogés dénoncent une pratique récurrente : « On paie plus cher pour regarder un match sur un écran qui date de 2010 », résume un habitué d’un café du centre-ville.

Cette polémique révèle une économie informelle qui prospère sur les grands événements, sans jamais se structurer. Le Mondial 2026 génère des recettes, mais pour qui ? Les petits commerçants, déjà étranglés par la hausse des prix, n’en voient pas la couleur. Pendant ce temps, les chaînes de cafés internationales, comme Starbucks, ont annoncé des partenariats avec la Fédération marocaine de football… sans toucher à leurs tarifs.


Le Chili mise sur le Maroc : une diplomatie commerciale qui interroge

Le Chili a choisi Rabat pour lancer une offensive commerciale en Afrique. Objectif : exporter ses cerises et ses kiwis vers le Maroc, puis vers le reste du continent. Une stratégie qui s’inscrit dans la volonté du Royaume de devenir une plateforme logistique pour l’Afrique.

Pourtant, cette diplomatie commerciale cache mal les déséquilibres. Le Maroc importe déjà massivement des fruits européens et sud-américains, alors que ses propres producteurs peinent à écouler leurs récoltes. « On nous dit de moderniser notre agriculture, mais on nous inonde de produits étrangers », s’indigne un agriculteur du Souss.

Le partenariat avec le Chili est symptomatique d’une économie marocaine tiraillée entre ouverture internationale et protection de ses filières locales. Une contradiction que le gouvernement devra résoudre avant que les promesses de création d’emplois ne se transforment en nouvelles fractures sociales.


Ce qu’il faut retenir

  1. Le foncier, un levier à double tranchant : L’État immatricule massivement ses terres, mais les retombées pour les citoyens restent floues. La spéculation immobilière autour du Mondial 2026 en est un exemple criant.
  2. La pêche, entre souveraineté et dépendance : Les records de débarquements à Laâyoune masquent une réalité moins reluisante : surpêche, concurrence déloyale et dépendance aux marchés européens.
  3. Le Mondial 2026, miroir des fractures économiques : Les hausses de prix dans les cafés révèlent une économie informelle qui profite des grands événements sans jamais se moderniser.
  4. Diplomatie commerciale : l’Afrique comme nouvel eldorado ? Le partenariat avec le Chili montre que le Maroc veut jouer les hubs logistiques, mais au risque de fragiliser ses propres producteurs.

L’économie marocaine avance, mais pour qui ? Les chiffres officiels masquent souvent des réalités plus sombres. Entre souveraineté affichée et dépendances persistantes, le Royaume reste à la croisée des chemins.