Maroc 2026 : quand les rats, les promesses et le numérique révèlent l'État absent
Entre invasion de rats à Marrakech, promesses électorales creuses et cyber-risques, le Maroc révèle ses fractures territoriales et sociales. Où est l'État ?
Quand les rats remplacent les services publics
À Marrakech, les habitants d’Abuab Jliz ne parlent plus que de ça : les rats, les scorpions et les cafards ont envahi leurs immeubles. Dans une lettre adressée à la présidente du conseil communal, l’union des copropriétaires décrit une situation devenue insupportable. Les égouts débordent, les rongeurs pullulent, et les reptiles venimeux s’invitent jusque dans les appartements. Le problème ? La proximité d’une décharge sauvage au pied du mont Jliz, où les déchets s’accumulent sans contrôle.
Ce n’est pas un cas isolé. À travers le Royaume, les signalements de ce type se multiplient, révélant une crise de la gouvernance locale. Les communes, souvent sous-financées et mal équipées, peinent à assurer les services de base. À Marrakech, comme ailleurs, les citoyens se tournent vers les médias ou les réseaux sociaux pour alerter – faute de réponse des autorités. L’État, lui, semble absent. Ou du moins, son absence est devenue la norme.
Élections 2026 : le contrat qui sent déjà le vide
À trois mois des législatives, les partis politiques commencent à sortir leurs promesses. Le Mouvement populaire (MP), par la voix de son secrétaire général Mohamed Ouzzine, a choisi une approche originale : rejeter les "promesses chiffrées" au profit d’un "contrat" avec les citoyens. Une façon élégante de dire : "On ne s’engage sur rien, mais on vous parle de responsabilité."
Le discours est rodé. Les partis savent que les Marocains ne croient plus aux engagements électoraux. Entre les promesses non tenues des précédentes élections et la défiance généralisée envers la classe politique, la campagne s’annonce comme un exercice de communication creuse. Ouzzine parle de "responsabilité", mais évite soigneusement de détailler les mesures concrètes. Une stratégie qui en dit long sur l’état de la démocratie marocaine : on gère les attentes, pas les problèmes.
Pourtant, les attentes sont immenses. Avec une inflation persistante, un chômage des jeunes à plus de 30 % et des services publics défaillants, les électeurs attendent des réponses. Mais dans un système où le Palais garde la main sur les grandes orientations, les partis se contentent de jouer les figurants.
La CMR et le mirage de la souveraineté numérique
La Caisse marocaine des retraites (CMR) vient d’annoncer un investissement d’1 million de dirhams pour se protéger contre les cyberattaques. Une goutte d’eau dans un océan de vulnérabilités. Le Maroc, comme beaucoup de pays, est devenu une cible privilégiée des hackers. Les rançongiciels ciblent désormais les sauvegardes des institutions publiques, menaçant des données critiques.
Pourtant, cet investissement soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Pourquoi seulement maintenant ? Les cyberattaques se multiplient depuis des années, et les institutions marocaines ont souvent été en retard sur les mesures de protection. Pourquoi si peu ? Un million de dirhams, c’est dérisoire face aux budgets des cybercriminels. Et surtout, pourquoi l’État ne prend-il pas les devants ?
La réponse est simple : la souveraineté numérique reste un angle mort des politiques publiques. Entre la dépendance aux technologies étrangères et l’absence de stratégie claire, le Maroc navigue à vue. La CMR agit sous la pression, mais sans vision globale. Un État souverain ne se contente pas de colmater les brèches – il anticipe.
Ce qu’il faut retenir
- L’État absent : À Marrakech comme ailleurs, les citoyens se débrouillent seuls face aux problèmes de base. Les rats ne sont pas qu’une nuisance – ils sont le symptôme d’un système défaillant.
- Les élections, un théâtre sans enjeu : Les partis évitent les promesses concrètes, préférant les discours creux. La démocratie marocaine reste prisonnière de ses contradictions.
- La souveraineté numérique, parent pauvre des politiques publiques : La CMR investit (trop peu, trop tard) dans la cybersécurité, mais l’État n’a toujours pas de stratégie globale. Le numérique est un champ de bataille – et le Maroc est en retard.
Le Maroc de 2026 est un pays de contrastes : entre modernité affichée et archaïsme des services publics, entre discours ambitieux et réalités sordides. Les rats de Marrakech, les promesses électorales et les cyber-risques ne sont pas des problèmes isolés. Ils révèlent une même fracture : celle d’un État qui peine à être présent là où on l’attend.